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CHAPITRE II

GEOLOGIE

La roche en place est essentiellement siliceuse (micaschistes et gneiss). D’après Orieux (1), elle serait à 11 mètres de profondeur à l’embouchure de rOgnon et à 14 mètres environ sous la chaussée de Bouaye, où elle est recouverte d’une argile bleue. Guichard (2) dit que la profondeur du lac, jusqu’au rocher, varie de 9 mètres à l’E. à 15 mètres à rW., mais elle est portée jusqu’à 20 m. 50, dans certaines parties, par l’Ingénieur Mille, cité par Delebecque (3).

La roche apparaît, ça et là, sur les bords de l’ Ancien rivage où elle marque ordinairement la limite de l’inondation hivernale, entourée de buissons de Salix repens et de débris de roseaux (Phragmües) charriés par les eaux (4). En 1906, la sécheresse exceptionnelle m’a permis de relever des blocs, entourés de 0 m. 25 cent, d’eau à peine, à l’embouchure de l’Ognon près la pointe du Dun, dans le lit même de la rivière.

Un dépôt carbonifère, reposant sur les micaschistes et recouvert au S. W. par les alluvions et les eaux du lac, existe à l’Efféterie, sur la rive occidentale, en Saint-Mars-de-Coutais ; il est situé sur le pro-

(1) Orieux, loc. cit., p. 127.

(2) Guichard, Zoc. cit., p 3.

(3) Delebecque, Zoc. cif .,p. 333.

(4) Ces débris sont connus sous le nom de « bourre de maye » parce qu’ils arrivent, au mois de mai sur les rives ; comme on le verra plus loin, la côte d’étiafie doit être obtenue le 1*' m.ii (Phot. 30).

loiigement du synclinal de Chantonnay, limité par une faille sur son bord S. Les schistes et les grès qui l’accompagnent contiennent des empreintes végétales dont l’étude n’a pas encore été faite, mais qui semblent dénoter le Carbonifère supérieur ou Stéphanien (1). Des tentatives d’exploitation industrielle de ce gisement ont été poursuivies en 1848, puis en 1860 et finalement abandonnées.

De petits bassins tertiaires, de l’âge des Faluns, se voient aux alentouis du lac: aux Etangs, près la Limouzinière, à environ 7 kilomètres du lac ; à la Freudière, commune de la Chevrolière (3 km. du lac), enfin, au lieu dit Pierre-Aiguë, en Saint-Aignan, sur la rive elle-même ; (2) seul, le petit bassin calcaire de la Limouzinière a fourni quelques espèces végétales, de l’époque actuelle, qu’on peut considérer comme calciphiles, au moins dans notre région : Ophrys apifera, Echinospermum Lappula, Lathyrus hirsutiis.

Des dépôts d’argile, sables et graviers s’étendent sur d’assez grands espaces, au dessus de la roche primitive, sur la rive orientale, vers Saint-Aignan, Pont-Saint-Martin, la Chevrolière, Saint-Philbert, et sur la rive occidentale, dans l’intervalle compris entre le Tenu et le lac.

J’appelle tout spécialement l’attention des géologues et des archéologues sur les sables qui bordent l’ancien rivage du Lac, au Moulinvieux près Passay. On vient les enlever là, soit pour la construction, soit pour l’amendement des terres. Les coupes ainsi faites, jusqu’à environ 1 m. 50 de profondeur montrent nettement, au-dessous du tapis végétal actuel, des couches de cailloux roulés, stratifiés, mélangés de fragments de charbon de bois, de briques et de poteries paraissant de l’époque romaine, alternant avec le sable ; le tout reposant sur un lit de terre noire tourbeuse, dans laquelle M. Clément Reid a relevé la présence de graines appartenant à 25 espèces actuellement vivantes au lac (3).

Déjà Dubuisson (4), il y a près de 80 ans, a signalé à Monceau, sur la même rive, une argile sablonneuse recouvrant en plusieurs endroits de la tourbe. Ces sables du Moulin-Vieux, avec strates horizontales de cailloux roulés mélangés de débris de poteries, en place, situés sur ce rivage bas, exposé aux vents dominants où se tro^uvait jadis l’église paroissiale, transportée à la Chevrolière probablement à la suite d’ouragans ayant entraîné sa destruction (5), ces sables, disons-nous, semblent bien d’origine lacustre. Ils appartiennent à l’ère moderne ou quaternaire (Phot. 33).

• (1) Edouard Bureau, loc. cît., p. 292.

(2) « Il est possible que les sédiments miocènes aient été remaniés, en ce point, dans le diluvium, par les phénomènes de la période quartenaire ». — Vasseur loc., cit., p. 365.

(3) Batrachium 2 sp.; Ranunciilus Flammula ; R. cf. Sardous ; Sisymbriumsp.; Viola sp.; Rubus fruticosus ; Potentilla sp.; Myriophyllum sp.; Hydrocotyle vidgaris ; Apium graveolens ; Solanum nigrum ; Lycopus européens ; Labiatæ (Galeopsis?) Chenopodium sp.; Polygonum Persicaria ? Ahsma Plantago ; Potamogeton 3 sp.; Heleocharis sp.; Scirpus sp.; Carex sp.

(4) Dubuisson. — Catal. coll. minéralogique du Muséum de Nantes, MellinetJ830, p. 272.

(5) Léon Maître. — loc. cit. I. p. 74.

GÉOGRAPHIE LACUSTRE

J’ai pu relever des excavations de même nature que celles du Moulinvieux aux Jahardières et à Launay près Saint-Aignan et, sur la rive occidentale, à la Pohérie et aux Sablonnières près Saint-Mars. Elles ont été créées, comme celles-ci, par les prélèvements de sable qu’on y a faits, pour l’amendement des terres, mais sans que la tourbe ait été mise ici à découvert, si tant est qu’elle y existe. Ce sont des sables rouges, pour la plupart, qui n’ont peut-être pas la même origine que ceux du Moulin-Vieux, Ceux des Jahardières forment sans doute 'le prolongement du petit bassin de faluns de Pierre- Aiguës signalé plus haut. Leur flore actuelle ne diffère pas de celle de tous les sables de cette rive orientale.

Dans le Marais du Jars, près du Canal de Saint-Aignan, le sable, très fin, recouvre une argile grise, qu’on trouve aussi à la ‘Grève de Passay.

C’est en vain que j’ai cherché à découvrir des vestiges de dunes sur cette rive occidentale, sur laquelle, cependant, le plan de 1786 en signale à la pointe de la Honchère. La déposition du seigneur de la Chevrolière, lors de l’enquête de 1712, semble confirmer cette indication : les terres étant, dit-il, « bordées d’élévations de sable » (1). Il est probable que l’extension de la culture, aujourd’hui très-intense dans les sables du Crène, de Saint-Aignan, etc. (vignes, asperges, potagers) a fait disparaître ces dunes, dont la présence, sur un rivage sablonneux à l’opposite des vents de mer, paraît tout indiquée.

Autour du village du Crène les sables très fins devaient, avant l’établissement des cultures, être facilement soulevés par les vents de l’Ouest : un vieux villageois nous a dit avoir connu là des dunes et les rares Equisetum arvense, Pteris aquilina, qui ont subsisté semblent bien être les témoins de cette végétation primitive.

Des alluvions, d’une épaisseur considérable, recouvrent aujourd’hui la cuvette rocheuse. Déjà, en 1575, l’Ingénieur Craponne écrivait que la profondeur des vases, en quelques parties du lac, était «une espèce d’abyme « (2). Lorsqu’on construisit la chaussée de Bouaye, le terrain fangeux et sans consistance s’enfonçait toujours sous le poids des remblais (3). Mais sous l’argile, on trouve encore des couches de sable d’un à deux mètres d’épaisseur et par des profondeurs de 5 à 9 mètres.

Ces dépôts de fonds, composés des restes des organismes aquatiques additionnés de leurs excréments constituent une boue de putréfaction nommée Sapropel.

La roche sapropelifère du D^ H. Potonié (4) renferme les sédiments,

(1) Archives Départementales. — IV.

(2) » ibid. . — III.

(3) Rapport de VIngénieur Jégou et Journal Lloyd (1864).

(4) D" H. Potonié, loc. cit., p. 24.

soit argileux, soit sableux contenant du sapropel. Le sapropel conserve jusque dans ses moindres détails la structure des organismes. Fraîche, cette vase est d’un aspect boueux et, au toucher, fort élastique ; séchée, elle se durcit extrêmement, se craquèle et présente des cassures conchoïdales quand elle est ancienne (1).

Des poudingues, déjà signalés dans le fond du lac en 1575, par l’Ingénieur Craponne, se rencontrent assez fréquemment autour de la cuvette et j’en ai vu moi-même des amas retirés des eaux, à Passay, la Limouzinière, Saint-Aignan ; ils sont connus sous le nom de « renards ». En l’absence de fossiles, l’âge de ces dépôts demeure hypothétique.

Des tourbières étendues devaient exister jadis au pourtour du lac, ainsi qu’en témoignent encore de rares lambeaux qu’on voit à peine au Crène près de l’Etier, sur la rive orientale, et sur la rive occidentale, aux Blanchères et à la Franchère près Saint-Mars. Ces tourbières ont été graduellement converties en vastes pacages à Saint- Lumine et même en champs de cultures aux Blanchères, à l’aide de drainages ; aussi toutes les plantes du Myricetum proprement dit sontelles devenues rares au Lac.

Les Allemands ont, depuis longtemps, distingué la tourbière plate (Flachmoore) et la tourbière bombée (Hochmoore). C’est surtout de cette dernière que nous entretient la littérature géologique. Mais, d’après G. Schmitz, ce n’est qu’une phase qui suit le plus souvent l’établissement de la tourbière plate. Celle-ci n’exige pas les mêmes conditions que celle-là pour s’établir. La tourbière plate est formée par la flore des marécages. C’est la Phragmitaie et plus spécialement les Grands Carex qui ont, comme les Sphagnum,\di faculté de croître par le sommet qüi la forment. Elle est souvent boisée, et souvent des eaux, des rivières, des fleuves même y apportent aux végétaux une nourriture sansxesse renouvelée.

Tout autres sont les conditions nécessaires à la formation de la tourbière bombée, dont la végétation est constituée surtout par des Muscinées spéciales : les Sphagnum. Il faut, pour que celle-ci s’établisse, qu’il y ait, au-dessous de la zone végétative, une couche isolante empêchant les plantes de trouver une nourriture minérale suffisante. Une tourbière bombée, non seulement peut se passer de nourriture, mais encore elle n’en supporte pas. Poussière et fumées hydrocarburées des automobiles détruisent la petite tourbière bombée de Grunewald(2).

La tourbière bombée est d’un âge postérieur à celui de la tourbière plate.' Ses débris occupent en effet, au lac, une zone éloignée de la cuvette, sur le Haut rivage et même, les mieux caractérisés, sont aujourd’hui relégués sur l’Ancien rivage {les Blanchères).

* (1) G. Schmitz, loc. cif.,p. 12.

^(2) G. -Schmitz, Zoc. ciL, p. 24.

GÉOGRAPHIE LACUSTRE 13

« Dès que les marécages de la tourbière plate comptent assez d’an- « nées pour que l’accumulation de la tourbe ne permette plus aux « eaux terrestres de pénétrer celle-ci, les conditions de la vie changent « radicalement pour les végétaux. Ne trouvant plus l’abondante « nourriture qui leur est nécessaire, les végétaux avides (Aulnes) « disparaissent pour faire place à une végétation plus sobre...; il n’y « a pas de grands arbres dans la tourbière bombée (1). Il faut, pour qu’elle s’établisse, avant tout : un sol dépourvu de principes nourriciers eï aussi une eau limpide.

Mais lorsque ces conditions viennent à changer, la tourbière bombée revient à la tourbière plate.

Un exemple frappant de cette régression, produite par le drainage artificiel, nous est offert au Crène (2) ; à Saint-Lumine, la conversion de la tourbière redevenue plate, en prairies tourbeuses, et aux Blanchères, en cultures, montrent une évolution végétale encore plus avancée vers un climax mésophytique.

« La tourbe peut prendre naissance toutes les fois que la décompo- « sition de végétaux quelconques aura lieu à l’abri de l’air, ainsi « le marais tourbeux de Lochbroon, dans le Rosshire, est attribué « à la destruction d’une forêt par un ouragan survenu dans le xviie « siècle (3).

La présence d’arbres faisant jusqu’à 10 mètres de long, ensevelis dans la tourbe jusqu’à un mètre de profondeur, indique bien la même origine pour les tourbières du Lac de Grand-Lieu.

Les riverains retirent continuellement du lac, ces bois ensevelis sous l’eau et sous la vase, parfois même des troncs d’arbres très gros. Le sous-sol des marais tourbeux de Saint-Lumine en est garni. J’y ai constaté moi-même la présence d’un de ces arbres, les racines à l’ouest. Il avait 3 m. 80 de long et 1 mètre de cironférence ; soumis à l’examen du très regretté Professeur Fliche, de Nancy, des fragments de cet arbre ont été reconnus, par lui, comme appartenant à un Chêne à feuilles caduques, presque certainement au Qiiercus pedunculata qui est l’espèce la plus répandue aujourd’hui autour du lac.

C’est donc bien une forêt de ces arbres qui a été ensevelie sous les eaux, soit par un affaissement du sol, comme le croit fermement Orieux, soit par toute autre cause, et la date de ce cataclysme ne peut guère, par suite, remonter au delà du Pleistocène.

Il se produit aux premières crues d’hiver, au sein du lac et surtout dans les marais de Saint-Lumine, ce que les habitants appellent des Levis ; voici en quoi ils consistent :

Le Groupe des Hélophytes, ou plantes des marais, des vases, est

(1) H. POTONNIÉ, loc. cit., p. 24.

(2) Voir 3' Partie, p.

(3) H. de Lapparent, Traité de Géologie^ 3' éd°" (1893), p. 342.

constitué, comme nous le verrons plus loin, par de grands roseaux, ou rouches, doués d’un système souterrain très puissant, rhizomes qui leur permettent de ramper dans la vase. Lorsque surviennent les grandes eaux de l’hiver, cette vase molle, facile à se déliter est entraînée et il ne reste plus qu’un réseau de racines entremêlées, qui constitue un tapis plus ou moins flottant, suivant que les rhizomes sont plus ou moins « ancrés ». Parfois, tout le pourtour du « Levis » tient au fond et le centre seul est plus ou moins flottant ; parfois aussi ces levis deviennent complètement libres et forment des ilôts, qui naviguent au gré des vents et finissent par aborder au rivage, ou par s’échouer sur les hauts fonds. Ces levis ont parfois une grande étendue, 40 mètres de tour et beaucoup plus. Dans certaines années les gens du pays y débarquent très facilement pour chasser les étourneaux. On y voit souvent des saules de 2 mètres et plus qui sont soulevés comme le reste ; les plantes les plus réfractaires à ce soulèvement seraient, d’après M. l’abbé Bioret, les «Moutines » (Carex stricto) et les Joncs lacustres (Scirpus lacustris) qui ne se lèveraient jamais, restant toujours « ancrés ».

Lors du retrait des eaux, surtout à partir de fin mai, le Levis reprend le niveau ordinaire et ne se distingue, en aucune façon, des marais environnants. Cette végétation est étudiée dans notre Troisième Partie.

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