XXXI. GLOIRE
Si vous regardez votre ombre portée sur l’eau profonde , sur l’eau bleue , vous constatez que, comme dans le cas du spectre du Brocken, votre ombre est isolée sur l’ombre de votre bateau, et que vous ne distinguez pas l’ombre de vos compagnons de promenade, à moins qu’ils ne soient très rapprochés de vous et ne viennent à vous toucher; le cône d’ombre est trop peu apparent sur les eaux presque pures du lac pour devenir visible autrement que lorsque le rayon visuel l’enfile presque absolument. Votre ombre est alors entourée d’une
gloire , auréole de rayons alternativement brillants et sombres qui viennent converger au centre de votre tête; lorsque vos compagnons de promenade sont assez près de vous pour que vous puissiez voir leur ombre portée sur l’eau, vous constatez que leur tète n’est point entourée de cette gloire qui vous est propre. La gloire n’est du reste pas visible si l’eau est trop louche, s’il ne fait pas de vagues, si le bateau qui vous porte est en marche rapide, ou si le soleil est trop bas sur l’horizon. Les rayons de cette gloire sont causés par l’illumination inégale des poussières en suspension dans l’eau; les poussières sont tantôt plus, tantôt moins éclairées par le soleil, suivant que les plans d’illumination sont situés sous les fragments de cylindre convexes et par conséquent convergents, ou concaves et par conséquent divergents, formés par la surface des vagues. Ces différences d’éclairage ne deviennent perceptibles que lorsque le rayon visuel enfile le plan d’illumination, et cela ne peut avoir lieu que pour les plans passant par le soleil et l’axe visuel, ou, ce qui revient au même, par le centre de l’ombre de notre tête.