‹ Le laird de DumbikyChapitre 4 sur 65 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

JERNINGHAM, MAC ALLAN, assis dans un coin.

jerningham , se croyant seul. Les malotrus! de l’argent! Ils veulent de l’argent parce qu’on leur en doit... la belle raison!

( Apercevant l'Ecossais. ) Eh ! eh I quel est celui-là? ( Il va à Mac Allan. ) Mon ami!

MAC At.LAN , l'interrompant. D'abord je ne suis pas votre ami. attendu que je ne vous connais pas et que c'est la première fois que nous nous voyons.

jerningham. Ahl nous sommes fiers.

MAC ai. Lan. Nous sommes Ecossais.

jerningham. C'est cela que je voulais dire... Eh bien! vous avez entendu ce que

LE LAI RD DE DUMBlKï.

j’ai dit à vos camarades; imurquni n 'êtesvous point parti avec eux ?

MAC ALLAN. Avec qui?

jerningham. Avec les gens qui sortent d’ici.

MAC ALLAN. Les gens qui sortent d’ici ne sont pas mes camarades.

jerningham. N’êtes-vous pas un des créanciers de mvlord ?

MAC allan. Oui, si la reconnaissance est considérée comme une dette; sinon, mvlord « ne me doit rien.

jerningham. Ah ça, mais alors, qui êtesvous?

MAC allan. Je suis Mac Allan, laird de Dumbiky du comté de Durham.

jerningham. Que voulez-vous?

MAC allan. Voir mvlord.

jerningham. Dans quelle intention?

MAC ALLAN. Pour obtenir de lui qu’il mette cette requêtcsouslesyeux de sa majesté.

jerningham, avec dédain. Alors vous êtes un solliciteur.

MAC allan. Vous vous trompez, je ne sollicite pas.

jerningham. Que faites-vous donc?

MAC allan. Je réclame jerningham , haussant tel épaules. C’est la même chose.

MAC allan. En Angleterre peut-être; mais pas en Ecosse.

jerningham. Et venant demander un service à mylord, vous vous êtes introduit chez lui avec violence?

MAC allan. Dam, on fait comme on peut; il y a quinze jours que j’essaie d'entrer par toutes les portes, et que par toutes les portes on me repousse.

jerningham. De sorte qu'aujourd'hui ?...

MAC allan. Au moment où j'étais en train de me morfondre, comme hier, comme avanthier, comme les autres jours, j’ai rencontré des gens qui (lisaient : Il faut que nous entrions; et vous? — - Et moi aussi, ai-je répondu, il faut que j’entre. — Alors ils se sont mis à laper; moi j’ai tape comme eux, j'ai cru que c'était l'habitude en Angleterre. Moi, vous comprenez, je n’en sais rien, je suis Ecossais... En tout cas, il parait que c’est le bon moyen.

jerningham. Oui, je vous ai vu à l’œuvre ; vous y alliez de bon cœur, mon maître.

MAC allan. Par esprit national , voilà tout.

jerningham. Il est fâcheux, mon cher ami. qu'un si bel exploit ne doive vous mener à rien.

MAC allan. Il me semble cependant que jusqu'à présent cela ne va pas trop mal.

jerningham. Oui, mais à présent vous allez sortir.

MAC ALLAN. Moi?

JERNINGHAM. Oui, VOUS.

MAC allan. Oh ! non, pas si fou, on a trop de mal à entrer.

Il s'assied.

jerningham. Eh bien ? mais que faitesvous donc?

MAC allan. Vous le voyez, je m’assieds.

jerningham. Voas vous asseyez?

MAC allan. Je suis très-fatigué. Depuis sept heures du matin je suis sur mes jambes.

JERNINGHAM. Et que comptez-vous faire dans ce fauteuil ?

MAC allan. Parbleu ! je compte attendre.

jerningham. Quoi?

MAC allan. Le lever de sa grâce.

JERNINGHAM. Sa grâce lie sur lèvera pas ce malin.

MAC allan. Pourquoi cela?

jerningham. Parce qu'elle a couché dehors.

Mac allan. C.’est bien, elle rentrera.

jerningham. Ali ça, monsieur l’Ecossais. faudra-t-il que je sonne?

MAC allan. Sonnez si vous voulez Qu'estce que cela peut me faire, à moi ?

JERNINGHAM. Je vous préviens que c'est pour appeler les laquais.

MAC allan. Appelez.

jerningham. Et que si vous ne voulez pas sortir de bonne volonté...

MAC allan. Eh bien?

jerningham. Ils vous feront sortir de force.

MAC ALLAN, se levant. Par saint André, monsieur, n’avez-vous point parlé de me mettre à la porte?

jerningham. Et quand j’aurais (varié de cela, qn'auriez-votis à dire?

MAC allan. J'aurais à dire que si mon oncle David .Mac Mahon de Susquebaugh avait été aussi impertinent, lorsque, dans la nuit du 16 septembre 1651, sa majesté Charles II et sa grâce mylord duc de Buckingham vinrent lui demander un asile, sa majesté aurait bien pn avoir la tête tranchée comme le roi son père, et sa grâce être pendue comme lord Monrnse. ( Se rasseyant. , Voilà ce que j’aurais à dire.

jerningham, d part. Ah! diable! ceci c’est autre chose. ( Haut. ) D'après ce que vous dites, monsieur, il paraîtrait qu'un membre de votre famille a rendu autrefois un service à mylord.

MAC ai.lan. Ah ! mon Dieu, il lui a sauvé la vie, voilà tout. .Mais à cette époque-là la vie était comptée pour si peu de chose, qu’il n'y aurait rien d'étonnant à ce que mvlord eût oublié cette dette-là avec les autres.

JERNINGHAM, d part. C’est probable. Mais si par hasard mvlord avait de la mémoire, il

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m'en voudrait peut-être d'avoir maltraité ce garçon. ( Haut.) Er.outez-moi.

MAC ALLAN. J’écOUte.

jerningham. Entendez-vous raison quelquefois?

MAC allan. Oui, quand on me parle poliment.

jerningham. Je pèserai chaque parole.

MAC allan. Et pas de faux poids, hein?

jerningham. Vous n'ignorez pas que mylord est un des plus grauds seigneurs du royaume ?

MAC AU.AN. Je sais cela.

jerningham. Vous savez encore qu'on n'entre pas de force chez un simple particulier, à plus haute raison chez le favori du roi.

MAC Al.LAN. Je n'entrerais pas de force chez un paysan qui me prierait poliment de rester dehors. Mais je vous ai raconté comment les choses s'étaient passées.

jerningham. Aussi je vous excuse. Maintenant voulez-vous vous en rapporter à ma parole?

MAC allan. C’est selon ce que vous me promettrez. -

jerningham. Je vous promets de parler aujourd’hui k mylord, et que demain mylord ■ vous recevra.

MAC allan. Sur voire honneur?

jerningham. Sur mon honneur.

MAC allan. Très-bien. Maintenant faites attention que si demain je n’entre pas, ce n’est plus à mylord, mais à vous, que je m’en prends.

jerningham. Vous ferez comme vous l'entendrez. Avez-vous un mémoire ?

Mac allan. J’en ai deux. L'n dans chaque poche. Voyez. (Litant.) "Lelîsep- » tentbre 1651. jour de la bataille de Wor- - rester, mon oncle David Mac Mahon de » Susquebaugb passa toute la nuit enfoncé « jusqu'au cou dans un marais. Le lé sep- « tetnbre 1651, lendemain de la bataille de j> Worcester. mon oncle David Mac Mahon * de Susquebaugb passa la journée toute en » tière caché dans les branchesd'un arbre... “ Le 15 septembre... »

jerningham. Mais l'affaire importante, l'hospitalité donnée au roi et k sa grâce...

Mac allan. Elle est k sa date. ■< Le 16 sep- » tentbre 1651, surlendemain de la bataille » de Worcester, mon oncle David Mac Mahon j de Susquebaugb donna l'hospitalité.. . > jerningham. Silence.

MAC allan. Qu’v a-t-il ?

jerningham. Monseigneur qui sort de

son lit Et vite, vite.

Mac allan. Quoi vite?

jerningham. Il pourrait trouver mauvais qu'un étranger fût ici sans que je l'eusse averti de sa présence.

mac allan. C'est juste. Mais vous l'avertirez, c'est convenu.

jerningham. Aujourd'hui même.

mac allan. Alors , demain. ..

jerningham. Demain vous pourrez vous présenter k l'hfttel , votre nom sera donné.

mac allan. I)itcs-lui que pour cette hospitalité donnée au roi et au duc, le séquestre a été mis par Cromwell sur les biens de mon oncle David, et que ce séquestre n’est pas encore levé.

jerningham. C’est bien. C'est bien... on le lèvera. {Mac Allan veut sortir par le fond.) Non, non, pas par ici... vous pourriez rencontrer mylord. Traversez cette chambre, la porte k gauche, le corridor k droite, puis tout au bout l'escalier dérobé... Allez, allez. . . {A part. ) Il était temps.

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