SYPHILIS
lence du lait a été nettement établie, on est porté à l'admettre dans la syphilis. Le fait suivant de Woss tranche d'ailleurs la question et je comprends rembarras de Tarnier en le citant. Woss injecta; au moyen d'une seringue de Pravaz, le lait d'une femme atteinte de syphilis, dans le tissu cellulaire sous-cutané de trois prostituées. Les mamelles ne présentaient aucune altération pathologique, et le lait fut obtenu par la pression. L'une des femmes infectées était déjà syphi-litique, le résultat fut négatif; chez la seconde, il n'y eut pas non plus d"infection. Chez la troisième qui n'était pas syphilitique, l'injection fut pratiquée le 27 décembre. Il se forma chez cette dernière, comme chez les autres, un abcès au niveau du point injecté, et, vers le 3 novembre, on constata une éruption papuleuse, au pourtour de l'endroit où l'injection avait été faite, et plus tard, il survint des manifestations générales. La valeur de ce fait positif ne saurait ôtre diminuée par les résultats négatifs des injections pratiquées parProfeta, Padova, Perelli et Pellizzari.
De plus, les résultats négatifs des inoculations de sperme, dans les expériences de Mireur, ne prouveraient rien d'une façon absolue. Ils peuvent tenir au modus faciendi. Le sperme syphilitique a certainement des propriétés virulentes, puisque Ferrari y a retrouvé les microbes caractéristiques de cette diathèse, et que la transmission héréditaire à l'enfant, d'origine paternelle, n'est plus discutée.
En outre, dirai-je avec P. et E. Diday, le virus, pour développer ses effets, n'a-t-il pas besoin, comme la plupart des êtres organisés, de tomber dans un milieu qui soit favorable à son évolution ? Et de quel droit conclurait-on de ce qui se passe, lorsque le germe est placé dans des eonditions si contraires à son rôle et à son évolution physiologique, à
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ce qui se passerait, s'il était placé thms les conditions mêmes où il est destiné à snblr des transformations non seulement normales, mais providentielles ? Affirmer que le ^>ermatozoïde resté inoffensif à la surface d'une muqueuse, ou d'un derme dénudé le sera également pour le fœtus, à la création duquel il va concourir, serait dépasser les bornes d'une saine logique, car il y a là un phénomène vital dont l'explication n'appartient ni à la lancette, ni au microscope.
3® Pour expliquer la non-transmissibilité de la syphilis dans les observations de Tamier et de GuUerier, et d'autres auteurs, il suffit d'appliquer au lait syphilitique, les idées d'Imlach concernant le lait tuberculeux. Quand l'épithélium des voies digestives est sain, il ne peut y avoir infection de l'économie par les bacilles. Le lait tuberculeux et le lait syphilitique perdent en ce cas. leurs propriétés virulentes, peut-être sous l'influence du suc gastrique ? comme tous les autres virus ou venins, comme le curare* Mais, quand l'épithélium est altéré, on comprend l'infection consécutive, telle qu'elle est survenue dans les faits de Melchior Robert et de Gerasi.
M"^^ G..., nourrice mère, allaitait une enfant magnifique. Jamais elle n'avait eu de maladies vénériennes. Son mari, infecté depuis peu, eut la fantaisie de cohabiter avec elle pendant qu'elle nourrissait. Gette dame fit appeler Robert un mois et demi après environ pour lui montrer des taches très confluentes sur le corps de son enfant. Elle aussi, avait des mêmes stigmates sur tout le torse et se plaignait de violents maux de tête. M. G... était déjà venu consulter Melchior Robert, pour des accidents secondaires. N'étant pas très sûr delà nature des symptômes que présentaient la nourrice et l'enfant, ce médecin attendit avant d'ordonner un
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traitement. La céphalalgie, Talopëcie, et l'impétigo da cair ehevelu se manifestèrent bientôt chez la femme. Chez l'enfant survinrent des insonmies avec plears et cris continuels pendant la nuit. Il y avait en communication de syphilis de la mère à Tenfant. Mais par quelle voie ? Les mamelons étaient on ne peut plus sains. La bouche de la mère ne portait aucune trace d'accidents secondaires. Du côté de l'enfant, on ne trouvait ni plaie, ni cicatrice, ni pléiade engorgée. Le seul phénomène était une roséole généralisée. Robert se borna à traiter la nourrice, et la roséole de l'enfant guérit en même temps. Plus tard cependant, apparurent plusieurs pustules sar différentes parties du corps et à ranus, qui cédèrent de nouveau au traitement subi par la mère.
M. D... confia son enfant à une nourrice jeune et fraîche, qui perdait ses cheveux et qui avait des boutons aux bras et aux mains. Cependant le mamelon, examiné avec soin par M. D... n'offrait aucune lésion. Deux mois plus tard, cette nourrice fut renvoyée, et quinze ou vingt jours après, l'enfant portait à Tanus six plaques muqueuses. Il y avait en outre des taches sur le corps, mais aucune ulcération ou cicatrice à la bouche, et pas d'engorgement ganglionnaire aux aines ou au cou (Melchior Robert).
11 est évident que l'infection avait dû se produire sur un point des voies digestives. Faut-il nier cette infection, parce que, parmi les symptômes constatés, il en manque certains des plus ordinaires et presque indispensables, observés à la suite d'infection par les téguments ou les différents organes externes îBS&n ne prouve que, dans le premier cas, l'évolution pathologique ne soit pas modifiée, ne revête pas des formes frustes ou incomplètes. L'absence de certains symptômes, n'enlève rien à la valeur de la présence des autres. Et il n'y
a point de maladie qui se manifeste avec un cortège de syaorptdmes toujours identique.
Quant à l'état des seins, il est certain que, si antérieurement ces organes avaient été le siège de chancres, on s'en fût aperçu pendant l'évolution ou après leur guérison. Des lésions comme celles-ci ne disparaissent pas sans trace au bout d'un laps de temps aussi court que quatre semaines. Alfred Fournier dit, en effet, expressément à propos de ces variétés de chancres : « En sa qualité de chancre cutané, le chancre mammaire, laisse communément à sa suite une tache d'iin rouge sombre, laquelle se convertit après un certain temps en une macule bronzée ou brunâtre, puis s'efface complètement, absolument sans stigmate ultérieur. Vainement en chercheriez- vous trace quelques seiùaines plus tard ; aucune cicatrice ne lui survit en général, réserves faites toutefois pour les cas rares où il revêt la forme ulcéreuse, comme aussi pour les cas (ceux-ci tout à fait exceptionnels) où il subit le processus phagédénique. Mais ce qui survit longtemps au chancre mammaire, dans la presque totalité des cas, c*est d'une part son induration, c*est d* autre part Vadénopathie. L'induration presque toujours persiste après la cicatrisation pendant un laps de temps proportionnel au développement qu'a présenté le néoplasme, quelques semaines en moyenne, parfois môme plusieurs mois. » En admettant que, dans la seconde observation, les parents n'eussent jamais observé, suivant la coutume, la nourrice pendant l'allaitement, quel motif avait la mère, dans la première observation, de cacher son affection et de répondre négativement aux questions indubitablement posées par le médecin appelé plus tard pour la soigner ainsi que son enfant.
Les objections de Gallois à ces observations ne me parais-
sent pas plus sérieases. Dans la pi-emière, frappé de ce q iccidents secondaires se sont présentas simaltanémcnl Il mère et la fille, il en conclut que la syphilis a été co niquée aux deux par le père par des baitera ou autres Hien ne prouve que la syphilis acquise du nourrisson, donné la vitalité du premier fige, n'ait pas évolué plus dément que chet sa mère ; et, si la diathùse n'a pas débu les voies digestives, comment se fait~il que Robert miDotienz examen du baby ^&tm^r absence de toute -^ cicatrice et pléiade engorgée t en un mot, de toute loeale d'un accident primitif, exorde obligé d'une inf par le père î
Dans la seconde observation de Robert, Gallois adm( la contagion par la nourrice, «nais par vn de ces coi forcés avec son nourrisson. Cette hypothèse ne repo aucun fondement, car Robert a eu soin de notor ici c l'absence d'accidents primitifs.
Pour montrer la valeur indiscutable de ces observa remarquons que Rollet, après avoir nié les propriétés ( gieuses du lait des syphilitiques, avoue franchement, i dei exemples analogues se produisaient en grand no\ iln'hésiterait pas à les expliquer comme Melchior fîi
Or.ces exemples analogues existent. Pour sa part, Gei arecneillitrois ; Je ne citerai que le suivant :
Une dame ne pouvant allaiter elle-même son enfai était sain et bien conformé le conÛa, enmai 1894, à une rice. C'était une jeune primipare très bien portante, â; dii-neuf ans. En mars de l'année suivante, Gerasi fut ; à examiner le cocher de cette dame. II portait un cl induré delà fosse naviculaire. Il assura que, depuis sept il Rvaitcommerceavecla nourrice. Presqaeàlamémeéj
INPL.UBNCE8 PATHOLOOIQUBS
ifutapp6lé, chez la ilamemém«, parce que l'enfant était le. Il lui trouva, en ^et, une roséole de couleur cuivrée pléiades cervicale, axillaire, in^^lnale et diarrhée abon- . Pas une plaque muqueuse. La nourrice avait dea mille granulations à l'utérus et un néoplasme papuleux i ce vaginal. Deux ulcérations calleuses aux petites lèvres; quea muqueuses, ni rhagades, ni érosions d'aucune sorte aamelons, sur lesquels n'existait aucune cicatrice. Elle des douleurs 08téo<vp«s, les amygdales gonflées un peu
D^Gerasi, convaincu que le virus avait été commoniqné ! lait à l'en&nt, conseilla de continuer l'allaitement, suite, la nourrice alla visitw une de ses parentes i ■ati. Celle-ci, se trouvant naïade, confia son en&nt e nourrissait à cette même nourrice. Au bout d'un mois ni, l'enfant fut atteint de forte laryngite qui fut inutiletraitée par les moyens ordinairM- Le D*" Gerasi, alors é, reconnut la nature de cette laryngite : plaques mn- «s sur les piliers antérieurs du voile du palais et sur les dales, plaques qui s'étendaient pnilnblement an larynx, 'enbat était aphone. Il visita de nouveau la nourrice lui trouva ni d la bouche, ni »ur lé mamelon, ni jwr au, de manifeatationg typhililiqitet.
nourrice dit qu'elle avait fait quelques jours seulement aitement, qu'elle avait abandonné faute de resBources. ' Cerasi diagnostiqua chez cet enfant encore la syphilis mise par le lait. Il te guérit par un traitement mer-
Les grands arguments mis à l'eneontre de la virnlenoe it sypliilitique sont en somme au nombre de deux : pies d'immunité d'enfants allaitéf par des nourrices
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syphilitiques, et surtout résultats négatifs des inoculations pratiquées. Pour tirer une conclusion logique du premier argument, il fiiudrait : 1® prouver que la réceptivité individaelle pour la syphilis est la même chez tous les sujets; 2® montrer qu'il n'existe point d'observations d'enfants atteints de syphilis dont l'origine reste inexplicable, si l'on n'admet pas la virulence du lait des nourrices syphilitiques.
Pour un certain nombre de cas, on peut remarquer avec Diday, que, l'enfiint, ayant sucé le lait de sa nourrice, seulement à partir du jour où elle a été soumise à un traitement spécifique, ce lait n*a pu porter bien longtemps la contagion ; en revanche, il lui en a porté plusieurs mois le remède. Les nombreuses expériences pratiquées avec le vaccin syphilitique démontrent que, dans une série d'inoculations effectuées avec le même vaccin, la majorité des sujets peut demeurer indemne, et quelques-uns seulement peuvent être infectés. Pourquoi le lait serait-il plus virulent que le vaccin?
Le second argument a perdu aujourd'hui de sa valeur. Pour que les résultats négatifs eussent quelque signification précise, il faudrait que le procédé opératoire eût toujours été le méme^ et la composition du lait injecté toujours identique. On n'ignore pas qu'il n'en a point été ainsi. La virulence du lait ne saurait d'ailleurs, être comparable à celle des produits sécrétés par le chancre induré et la plaque muqueuse, foyers de multiplication des microbes pathogènes, ou à celle du sang, centre de réception de ces mêmes microbes.
La glande mammaire, comme le placenta, constitue en somme une barrière qui peut faiblir sur certains points, mais demeure néanmoins une entrave au passage d'un grand nombre de microorganismes par le lait* De plus, la quantité
" faîW" de ce liquide introduite dans les inoculatioDS, peut fSsante à déterminer une infection qu'occasionnerait itité bien supérieure de lait, introduite par l'allaile- 18 le tube digestif. Les microorganismes transportés Lt et introduits sous les téguments sains peuvent trouver là un milieu ainsi favorable à leur mullî- , que dans certains tubes digestifs déjà malades. BU effet, que les microorganismes changent souvent et de propriétés suivant leurs milieux de cultures, ses, dira-t-on, que tout cela. On ne saurait le nier, mcore des hypothèses, mais assez vraisemblables, I sont très logiques. Je ne désespère point de les jour justifiées par des données expérimentales, ite à trouver le motif de la rareté des cas de transie de la syphilis par le lait, en face de la fréquenc le la transmissibilité de la tuberculose par cetiqnide. ; disposé à trouver cette explication dans la diffécomposition chimique du lait dans les deux cas. tuberculose, la proportion des divers éléments est ; le lait provoque forcément des troubles digestifs, insi des voies faciles pour l'infection bacillaire. Dans .is, avant les accidents secondaires et l'altération de générale, le lait, conseil' ant sa composition normale, le point de désordre dans le conduit digestif de l'eapithëlium restant sain, l'absorption du lait virulent t pas avant sa transformation par le suc gastrique. 3umé, en me basant sur les mâmes faits rapportés lois, Tarnier et Mireur, mais en les int«^rélant ment, j'admetB la possibilité de la virulence du lait que dans certaines conditions que la science déterilus tard.