BOUTS DE SEINS. — BIBERONS
L’allaitement naturel et artificiel nécessite l’usage de divers instruments sur lesquels il importe de dire un mot.
Bouts de sein. — Quand le mamelon de la nourrice est mal formé, trop petit ou trop saillant, lorsqu’il
(1) Cette préparation, mélangée à un féculent, farine d’avoine ou autre, donne la farine lactée suisse, très en vogue aujourd’hui.
est crévassé ou excorié, il faut le protéger contre la pression des lèvres et des gencives de l’enfant ; on a alors recours à un petit instrument formé d’une sorte de chapeau en buis, en ivoire, en caoutchouc ou en verre, terminé par un mamelon artificiel de composition diverse. Autrefois le plus employé était celui de M. Breton. Celui de Martin de Lyon est en caoutchouc ou en verre terminé par un mamelon artificiel de composition diverse. Celui de Darbo en liège et celui de Charrière en ivoire. Enfin aujourd’hui ils sont tellement multipliés qu’il serait trop long de les énumérer tous.
Le bout de sein parisien se compose d’un chapeau en porcelaine ou en ivoire auquel est adapté un tube en caoutchouc qui lui-même est terminé par le mamelon. Cet appareil nécessite de la part de l’enfant une succion plus forte qu’avec les bouts de seins anciens, et cependant ceux-ci exigent déjà des efî'orts d’aspiration plus grands que quand le mamelon est à nu : aussi avec un enfant chétif il serait imprudent et même impossible de se servir de cet appareil, qui, du reste, ne présente d’utilité réelle qu’en voyage, lorsque la mère veut donner à boire à son enfant sans se donner en spectacle à ses voisins, le tube dépassant la robe qui n’a pas besoin d’être ouverte.
Lorsqu’un enfant ne veut pas se servir du bout de sein par répugnance, on le décide souvent parmi artifice signalé par M. Beaugrand ; on remplit de lait chaud et sucré le petit gobelet du bout de sein et on l’applique ainsi sur le mamelon.
CBÈCUE.
L’enfant tette et attire avec facilité le lait qui remplit le gobelet. Le vide se produit ainsi, et le lait maternel vient remplacer l’autre.
Lorsque l’enfant est né avant terme ou bien quand c’est un défaut de constitution qui l’empêche de teter, il importe cependant plus que jamais de donner au nourrisson le lait de la mère. Pour cela on peut avoir recours au bout de sein tire-lait, qui se compose d’un chapeau auquel est adapté un réservoir terminé par un tube en caoutchouc que la nourrice peut porter à la bouche. En aspirant, le lait remplit le réservoir, et on le donne à l’enfant à la température du corps. Cet appareil peut également servir à la mère lorsqu’elle a trop de lait pour l’enfant, ou bien au moment du sevrage, ou bien lorsque l’enfant vient malheureusement à mourir. Nous verrons plus loin, en parlant de biberons, quelle importance il faut attacher à la composition des bouts de sein.
Ces derniers instruments ne sont pas d’invention moderne. M. Beaugrand, dans le Dictionnaire encyclopédique de Dechambre, en fait l’historique.
Il est à la fois assez court et assez intéressantpour être reproduite!! entier : a Deneux, dans un très-savant rapport, a montréque l’emploi de ce moyen remontait au moins au treizième siècle [Mém. sur les bouts de sein ou mamelons artificiels. Paris, 1833).
C’était d’abord une simple cupule de gland ou un instrument de même façon dont on se servait dans une seule intention ; celle de tirer au dehors le mamelon trop court (Lanfranc). Plus tard, au seizième
siècle, Duni (Thaddeo) emploie, d’après les conseils d’une sage-femme, de petits calices de cire creux pour agrandir le mamelon et prévenir les gerçures (c^e Mul. morh. Argentorati, 1585, p. 183). On trouve dans A. Paré la figure de-petits chapeaux de plomb percés de trous pour l’écoulement facile du lait et de la sanie dans le cas d’ulcération, le plomb étant bon pour guérir les plaies (OSuv., 1. XXIV; de la Génération^ c. xxix). Scullet (AnnomenO, tab. XV) donne la figure d’un chapeau d’argent de même forme que celui de Paré, mais destiné cette fois à permettre la succion de l’enfant sans douleur pour la nourrice, dans le cas d’exulcérations du bout de sein. Vers 1712 un accoucheur peu connu, et cependant bon praticien, Armand, proposait une heureuse innovation, c’était de recouvrir la forme du petit chapeau, en bois ou en métal, d’un étui fait d’une tetine de vache et qui devait en dépasser l’extrémité (06s. swr la Prat. «/es accowc/i., Paris, 1714). Oubliée pendant de longues années, la tetine de vache, retrouvée au commencement de ce siècle par un médecin anglais, était de nouveau proposée, et toujours pour recouvrir un dé creux en bois ou en métal que l’on désignait sous le nom de galactophore » (Degranges, Journ. gén. de méd., t. XXIV, p. 426).
A cet article nous n’ajouterons plus qu’un mot, c’est qu'il importe de laver souvent le mamelon et de le plonger dans du lait tiède avant de s’en servir.
Biberons. — Les premiers instruments employés pour l’allaitement artificiel sont la cuiller, le gobelet,
CRÈCUE.
le pelit pot (sorte de burette), à l’aide desquels l’enl'antboit sans succion. Cette manière de donner à boire présente plusieurs inconvénients. Le lait arrivant en trop grande quantité à la fois peut occasionner des accidents soit pendant la déglutition, soit pendant la digestion. D’un autre côté l’enfant perd l’habitude d’aspirer le liquide par succion, comme le font tous les mammifères, refuse de prendre le sein lorsqu’il est soumis à l’allaitement mixte, ou bien lorsque, l’état de l’enfant exigeant la suppression de l’allaitement artificiel, on est obligé de lui donner le sein d’une nourrice.
C’est pour obvier à cet inconvénient que les biberons ont été inventés. Le plus simple est le biberon parisien (vulgairement saéo/), qui consiste en un simple verre aplati en limande, terminé parun embout en forme d’olive et qui fait corps avec le récipient. L’air peut rentrer dans l’appareil par une ouverture latérale, fermée par un bouchon qu’on ôte lorsqu’on donne à boire. Dans tous les autres appareils l’embout et le récipient sont deux pièces distinctes, le premier entrant dans le goulot de la fiole et servant d’obturateur.
Le biberon de madame Breton, l’appareil Darbo et le biberon Thiers sont à peu près oubliés, aussi nous n’en parlerons pas.
Celui de M. Mathieu présente un perfectionnement que nous devons signaler. « Pour régler et graduer l’afflux du lait, l’inventeur a percé trois trous, à des hauteurs différentes, sur la partie inférieure de
rembout, qui est formé par un tube plongeant trèscourt, entouré d’un pas de vis.
« Sur ce tube se visse à volonté un chapeau en forme de dé à coudre, qui, suivant qu’il recouvre un ou deux des trous inférieurs (n°2), laisse arriver plus ou moins de liquide dans la bouche de l’enfant. »
(E. Beaugrand,Z>fc^. encycl. deDechambre,t. IX, p. 23 1 .)
Dans ces derniers temps les biberons se sont multipliés à l’infini. Le biberon Mather’s fut d’abord en vogue; il se compose d’une carafe fermée par un bouchon de porcelaine traversé par un tube en caoutchouc ; une extrémité de ce tube plonge dans le liquide par l’intermédiaire d’un tube en verre, l’autre porte la tétine.
Après le biberon Mather’s vint le biberon Robert qui ajouta à cet appareil une petite soupape pour permettre à l’air de rentrer.
Enfin, dans ces derniers temps, voulant toujours perfectionner, MM. Montchovaut et Gharton ont installé de véritables pompes qui permettent au lait de monter par simple pression sans redescendre. Ces derniers instruments, qui paraissent avoir atteint le dernier terme de la perfection, présentent au contraire de graves inconvénients.
1® La succion estremplacée parla pression, quin’est pas naturelle à l’enfant, en sorte que l’enfant désapprend à teter dans l’allaitement mixte et refuse de prendre le sein lorsque l’allaitement artificiel devient dangereux pour sa santé.
2® La tétine, au lieu d’être percée à son extrémité.
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l’esl sur ses côtés sous forme de piqûres de sangsues, en sorte que l’enfant pressant avec ses lèvres ferme souvent ces orifices et fait ainsi de vains efforts pour avoir du lait.
Avec les autres biberons l’enfant est obligé d’élever le lait par succion à une certaine hauteur, mais, lorsqu’ils sont bien conditionnés, il n’est pas besoin d’un effort considérable, surtout si, au lieu d’une ouverture, la tétine portait à son centre plusieurs petits trous permettant au lait d’arriver sous la forme d’une pluie fine venant se mêler à la sécrétion salivaire.
3° Lorsque les orifices s’ouvrent, le lait arrive avec trop d’abondance et peut produire les accidents que nous avons signalés en parlant de l’allaitement à l’aide du verre et du petit pot.
Par suite de difformités ou de maladies, l’enfant quelquefois ne peut faire monter le lait de l’appareil ni par pression ni par succion; dans ce cas il est avantageux de se servir du biberon aérogène à pompe de Joannard. Le lait est en quelque sorte injecté dans la bouche de l’enfant ù l’aide d’une pelote en caoutchouc adaptée à l’un des orifices du biberon. La seule pression de cette boule, combinée avec le jeu d’une soupape disposée à l’extrémité du tube plongeur, suffit pour faire arriver le lait à la bouche du nourrisson.
Dans certains cas exceptionnels, l’injection du lait peut se faire par les narines et l’on pourvoit ainsi à l’alimentation de l’enfant alors que tout paraissait désespéré.
Il nous reste encore à dire un mot sur les différentes parties qui composent un biberon.
L’embout est recouvert par la tétine ou mamelon artificiel. Cette partie de l’appareil étant destinée à entrer dans la bouche de l’enfant doit être celle sur laquelle se portera surtout l’attention.
Dans les campagnes il arrive souvent qu’on se sert d’un linge replié sur lui-même et qu’on introduit dans une fiole, ou bien on remplace ce tampon par une éponge, mais aujourd’hui on se sertpluscommunément de mamelons en tétine de vache, en liège, en ivoire ramolli, en caoutchouc. Les bouts en bois ou en verre, même entourés de linge, sont trop durs; ils irritent alors les gencives et produisent sur elles des indurations. Lorsqu’on se sert d’éponges ou de tissus, le lait arrive abondamment et imprègne les tampons qui prennent bien vite une odeur désagréable.
Les bouts de liège se brisent facilement, ceux d’ivoire ramolli seraient excellents, s’ils ne présentaient les mêmes inconvénients que les précédents.
Les bouts en gomme et en caoutchouc se ramollissent très-vite (I), en sorte que leurs parois se collent, mais ils présentent plusieurs inconvénients plus graves, signalés par M. Beaugrand. a Le caoutchouc vulcanisé renferme souvent des substances métalliques telles que le zinc et même le plomb, dont la présence a été signalée en Allemagne par des observateurs dis-
(1) On peut dans ce cas introduire une petite éponge dans l’embout pour rcmpêcher de s'aplatir.
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lingués qui ont trouvé des caoutchoucs renfermant jusqu’à 50 p. ICO d’un mélange d’oxyde de zinc ; d’autres contenaient 18 p. ICO de carbonate de plomb et 28 de craie.
« Un fait signalé dans un journal anglais [Brit.med. Journ., 1863, t. I, pag. 30) montre que ce plomb n’est pas sans action. Un enfant de six mois, nourri au biberon, dépérissait en présentant tous les caractères des coliques de plomb. Cet état durait depuis deux mois sans qu’on en eût soupçonné la cause, quand on s’aperçut que la monture, formée d’un alliage plombifère, était en partie corrodée.
« La cause du mal étant connue, le biberon fut mis de cûlé, et l’enfant guérit rapidement. »
D’autres chimistes ont signalé dans ces caoutchoucs vulcanisés la présence de l’arsenic : aussi termineronsnous la question des biberons en conseillant de se servir toujours d’instruments montés en gomme noire naturelle.