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A) DIGESTION DES MATIERES PROTÉIQUES

La précipitation des différentes albumines par la chaleur, la rupture du complexe phosphocaséinate de calcium font du lait desséché reconstitué, une matière extrêmement modifiable, par les sucs digestifs. Dans une étude comparée sur la digestion tripsique du lait sec et du lait naturel, AVIRAGNET, BLocH, MICHEL et DORLENCOURT s'expriment ainsi :

« Le lait desséché réalisant les conditions de surchauflage intense et rapide considérée par STASSANO et TALARICO comme augmentant au plus haut degré la digestibilité des matières protéiques, il nous a paru interessant de comparer la manière dont se comportent au cours d’une digestion trypsique le lait desséché et le lait eru ».

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On sait que la digestion trypsique est précédée dans l'estomac d'une coagulation en masse sous l'influence de la présure. Ces auteurs ont établi que le lait de vache se prenait en masse compacte homogene, tandis que le lait sec formait un coagulum làche, spongieux, d'aspect réticulaire.

Ces caractéres expliquent l'action plus rapide et plus compléte de la typsine gráce à une grande surface d'attaque. En outre, le morcellement du coagulum se fait trés facilement et n'exige pas de l'estomac un péristaltisme trés violent.

En somme, le lait sec se comporte vis-à-vis de la présure comme le lait de femme et le lait d'ánesse.

Là, encore, il faut opposer la poudre sur cylindre à la poudre par brouillard, celle-ci serait moins facilement digestible que la poudre sur cylindre, à cause de l’action trés modérée de la chaleur dans la poudre par brouillard sur les éléments constitutifs du lait et en particulier sur la caséine.

Etude bactériologique du lait sec ?

Le lait sec n'est pas un produit absolument stérile.

Les expériences d’ HOFMANN en 1906, de CARRE et MARTEL en 1910, montrent que si le lait sec présente une flore banale, il est, par contre, exempt de toute flore pathogéne.

En effet, des inoculations aux cobayes, de poudres faites avec des laits contenant des B. K. sont toujours restées négatives, il en est de méme en ce qui concerne le streptocoque, le staphylocoque.

Mais une distinction fondamentale s'impose au point de vue bactériologique entre les poudres produites sur cylindre et par brouillard.

En effet, les hautes températures employées sur les cylindres entraînent une ébullition violente qui détruit la flore pathogéne, tandis que le procédé par brouillard vu les températures employées, et surtout la rapidité de l'opération, risquerait de conserver des germes, si on ne pasteurisait pas préalablement le lait. |

D'où il résulte que l'emploi des cylindres supprime une opération préalable : la pasteurisation.

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Mais si la teneur bactérienne de la poudre est très réduite au sortir de la machine, elle peut étre contaminée au cours de différentes manipulations qu'elle subit par la suite, ramassage, tamisage, conditionnement. On peut admettre que, les variétés sporulées de microbes, peuvent se trouver immédiatement aprés la fabrication, les variétés non sporulées sont le fait d’une contamination secondaire.

Les chiffres que donnent SUPPLÉE et ASBROUNGH, montrent bien la progression de la teneur microbienne au fur et à mesure que s'avancent les manipulations.

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gramme) EE M aod ae 563 DORA press CAMISA os cM ое 1.614 99 Apres emballagoxr es n m 3.271

Le perfectionnement et la propreté des opérations manuelles peut diminuer ces chiffres de 50 %.

Par ailleurs, la faible teneur en eau des poudres s'oppose au développement des espéces bactériennes, leur nombre diminuera méme au bout de quelque temps.

D'aprés PORCHER, « on peut estimer que toute teneur microbienne supérieure à 1.000 bactéries par gramme, reléve d'une contamination aprés que la poudre a été détachée des cylindres ». |

Cette aseptie relative, rend compte des aptitudes du lait sec à se conserver longtemps, la suppression des ferments lactiques lors du passage sur cylindres, retarde beaucoup la fermentation lactique.

En conclusion on peut dire que la teneur bactérienne du lait sec est plus faible que celle des laïts de commerce, des laits de marchés, du lait pasteurisé, et méme à certains laits sterilises. En effet la pasteurisation est souvent défectueuse, la stérilisation peut étre imparfaite. D'ailleurs quand un lait est réellement stérilisé, la suppression compléte des diastases et des vitamines en fait un produit beaucoup moins recommandable que le lait sec qui, malgré sa flore banale, peut être considéré comme un produit quasi-stérile.

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Toutes ces constatations bactériologiques permettent d'avancer que le lait en poudre de par sa pauvreté microbienne, son aptitude de conservation, son volume réduit et surtout la préparation extemporanée du lait reconstitué, constitue une solution du probléme de l'alimentation des grands centres; on verra ainsi disparaitre les erreurs d’hygiene dues à l'ignorance, à la négligence, à la malpropreté. On en connait les effets nocifs en été surtout au moment des fortes chaleurs.

Dans les milieux les moins favorisés, il deviendra possible, gráce au lait sec, de ne plus alimenter les enfants d'un lait qui était le vecteur des infections digestives les plus graves.

Historique

C'est le Dr GAUTHIER, de Lyon, qui le premier eut l’idée d’introduire le lait sec dans l’alimentation des nourrissons. Son exemple fut bientót suivi en Belgique, dans les établissements subventionnés par le baron de Peers.

Voici comment s’exprimait en 1906, le Dr GAUTHIER, sur les résultats qu'il avait obtenus :

« Les méres sont enchantées du nouveau produit, la préparation de l'aliment est aussi simple que possible — nous leur livrons la poudre dans de petites boites en fer-blanc qui contiennent la dose pour la journée. Elles puisent toutes les 2 ou 3 heures la quantité prescrite, la mélangeant avec l'eau bouillante nécessaire et l'aliment est prét. Pas de nettoyage rigoureux, pas de casse de bouteilles, pas d'altérations du lait pendant les chaleurs comme avec les petits

flacons de lait stérilisé ».

Quelque temps après, le Dr Bonamour, à la suite de 10 allaitements exclusifs à la poudre, s'exprime en ces termes :

« Je crois, sans étre affirmatif, eu égard au trop petit nombre d'observations comparatives qu'on peut conclure des constatations précédentes, que pour une consultation de nourrissons organisée par une Société d' Assistance, et s'adressant aux femmes indigentes pourvues souvent de nombreux enfants, telle que celle organisée par la Société Protectrice de l'Enfance, les considérations pratiques basées

sur la simplification des manipulations que le lait desséché comporte et sur la commodité de son emploi, joints à sa facile digestibilité, à sa stérilité parfaite, ainsi qu'aux résultats chimiques obtenus, me semblent, dans ce cas particulier, faire pencher la balance en sa faveur, tout me porte donc à en continuer l’emploi et à le donner aujourd’hui presque systématiquement aux enfants, aux lieu et place d’un lait quelconque, pris chez n'importe quel laitier >.

En 1908, le Dr MILLARD commença, à Leceister, l'emploi du lait sec, mais fait important, il n’en préconisa l’usage que lorsque les enfants élevés au lait de vache ne profitaient pas, il ne tarda pas à voir que la haute digestibilite permit la guérison d'enfants qui vomissaient le lait de vache.

Enfin, en 1912, AVIRAGNET, BLOCH, MICHEL et DORLEN- COURT publient dans le Bulletin de la Societe de Pediatrie, une revue générale sur le lait sec dans l’alimentation des nourrissons.

Voici l’exposé de notre expérimentation faite à la nourricerie BILLARD, à l'Hospice des Enfants-Assistés dans le service du Pr LEREBOULLET et sous la direction du Dr P. Barze, chef de clinique.

Cette expérimentation a porté sur 17 nourrissons, mais 5 ont reçu une alimentation trop courte et non suivie, qui ne permet pas de tirer de conclusion. 12 nourrissons seulement ont été alimentés exclusivement par le lait sec et de façon suivie; nous avons employé une poudre demi-grasse, toujours la même.

Nous avons employé les doses préconisées par le fabricant, nous verrons d’ailleurs comment l’expérience nous à amenés à modifier la ration alimentaire.

Nous grouperons nos observations d’après les troubles présentés par les nourrissons.

Nourrissons normaux ou subnormaux

OBSERVATION N° 1. — Claude Boul, né le 10 août 1931, est entré à la nourricerie BILLARD, le 1% janvier 1932. A ce moment, 1l pèse 6 kil. 900 et mesure 65 cm. 5.

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L'aspect général est satisfaisant, l'examen somatique ne révèle rien d'anormal, le pharynx est normal la langue est un peu saburrale; le ventre est souple de volume normal, l'appareil respiratoire est normal, le foie et la rate ne présentent rien de particulier. L'enfant présente de temps à autre des selles fétides, glaireuses, sans diarrhée franche.

La cuti-réaction est négative, mais l'enfant fait une succession de bronchites et de foyers broncho-pneumoniques qui entrainent une chute de poids de 600 grammes.

Le 28 janvier 1932, l'enfant ne pése plus que 6 kil. 300. A cette date on décide de l'alimenter au lait sec, l'enfant le prend volontiers, mais pendant 5 jours la courbe de poids reste stationnaire.

Au bout de ce temps, l'enfant augmente de poids, et en 5 jours, il prend 350 grammes, soit 40 grammes par jour. Les selles deviennent un peu päles, la tendance à la diarrhée est remplacée par la constipation, les selles cessent d'étre glaireuses, mais elles restent malodorantes. A ce moment l'enfant présente une nouvelle broncho-pneumonie qui entraine une nouvelle chute de poids. L'enfant guérit de ce nouveau foyer broncho-pneumonique, on le réalimente au lait sec, en y adjoignant une bouillie quotidienne, et du 13 au 25 février, le poids repasse de 6 kil. 350 à 77 kilos, soit une augmentation journaliére de 54 grammes (650 grammes en 12 jours).

Nourrissons hypotrophiques et prématurés

OBSERVATION N° 2. — Michel Вег..., né le 1° octobre 1931, entré le 6 octobre 1931.

A son entrée, il présente un ictére physiologique et un pied bot conginétal bilatéral. Il pése à ce moment 2 kil. 800; il est done hypotrophique. L'examen somatique révéle un appareil respiratoire normal, un pharynx normal. Mais la rate est grosse, le foie légérement hypertrophié, un B. W. est pratiqué et reste négatif, la cuti-réaction est également

négative.

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L’enfant ne présente pas de coryza, pas de pemphygus, pas de manifestation cutanéo-muqueuse. Quoiqu'il en soit, il est tout à fait vraisemblable qu'il s’agit d'un hérédo syphilitique. La croissance est lente et très défectueuse, du 6 octobre au 27 janvier, le nourrisson ne prend que 1 kil. 300, soit une moyenne de 11 grammes par jour, à noter que cette croissance à été extrêmement irrégulière, des chutes de poids s'étant produites sans cause valable. Le 27 janvier, on le met au lait sec jusqu'au 12 mars 1932. Pendant ces 45 jours, la courbe pondérale s’est très peu améliorée; en effet le poids passe de 4 kil. 200 à 4 kil. 700, soit une moyenne de 11 grammes par Jour.

OBSERVATION N° 3. — Madeleine Ber..., née le 25 juin 1931, rentre à la nourricerie Billard le 25 août 1931; elle naît à 7 mois de gestation et pèse 2 kil. 100; à son entrée, elle pèse 2 kil. 250 à 2 mois. On est en présence d’une prematurée, en outre le nourrisson est d’une débilité extrême, présentant un livedo étendu, des erythèmes du siège, de la pyodermite à répétition.

L'examen ne révèle pas d'autre anomalie et en particulier pas de signes d’hérédo spécificité, la Cuti et le B. W. restent négatifs. On institue sans résultats appréciables le traitement insulinique, thyroïdien, arsenical (sulfarnesol).

On essaie la méthode de M. LELORIER, sans aucun succès ; le poids reste stationnaire à 2 kil. 800 à 4 mois 1/2. C’est alors qu'on met l'enfant au lait sec. Le 27 février 1932, jusqu'à 4 mois seulement, date à laquelle l'enfant est envoyé au centre d'élevage d'Antony. Quoiqu'il en soit, il passe de 3 kil. 050 à 3 kil. 250, soit une augmentation de 200 grammes en 6 jours, ce qui fait 33 grammes par jour. Les selles sont belles, un peu fermes, blanchátres.

OBSERVATION N? 4. — Bernard Ber..., né le 16 décembre 1931, entre le 31 janvier 1932 à la nourricerie Billard; il pèse 3 kil. 300, mesurant 51 em. à un mois et demi, donc prématuré.

Trois jours aprés son entrée, le 3 février 1932, on l'alimente

au lait sec. La courbe pondérale pendant les huit premiers jours ne parait pas influencée mais, fait important, l'état de santé de l'enfant paraît meilleur: Pappétit est bon, les selles régulières ayant bon aspect, c'est alors qu'on a l'idée d’augmenter les doses d’un tiers. À ce moment la croissance est rapide et importante; 650 grammes en 20 jours, soit 32 grammes par Jour.

OBSERVATION N° 5. — Georges Reg., né le 28 août 1931, entre à la nourricerie Billard, le 8 janvier 1932, à 4 mois 1/2, mesurant 63 cm., et pesant 5 kil. 200; il s’agit donc d'un enfant hypotrophique, il présente en outre de la diarrhée, des selles fétides, liquides et grumeleuses, son poids reste stationnaire, on le met au lait sec le 10 février. En 10 jours, le poids passe de 5 kil. 900 à 6 kil. 200, soit 30 grammes par jour. L'importance de l'augmentation est donc relativement banale, c’est alors que nous augmentons la ration d’un tiers, la courbe reprend et atteint 6 kil. 500 le 2 mars. Au point de vue pondéral, le résultat n’est pas extrêmement brillant, nous avons l'impression que les doses sont restées longtemps insuffisantes. En revanche les troubles digestifs ont été rapidement améliorés.

Observations d'enfants présentant des troubles digestifs à prédominance de vomissements

OBSERVATIONS N? 6. — Gildo Rou..., né le 22 janvier 1931, entre le 13 février 1932, pesant 6 kil. 500, mesurant 66 cm. 5 pour gale infectée depuis quelques jours avec fiévre, troubles digestifs, adénopathies multiples, météorisme abdomunal, la rate est grosse, mauvais état général, erythemes polymorphes. La croissance est trés incorrecte, l'enfant est mis au lait sec du 28 février au 12 mars 1932. Le poids reste sensiblement le méme, mais les troubles digestifs, en particulier les vomissements, s'améliorent beaucoup. L'enfant qui vomissait une tétée sur trois, ne vomit plus qu'une fois

BUNT

le premier jour où Pon a institué le lait sec; le deuxième jour Penfant présenta une seule régurgitation, le troisieme jour, il n’y eut aucun vomissement.

OBSERVATIONS N° 7. — Simonne Meyer, née le 10 octobre 1931, entre le 13 janvier 1932, mesurant 54 cm et poe 4 kil. 580 pour hypotrophie, l'examen somatique reste négatif, les appareils respiratoires, cardiaques, digestifs paraissent normaux. La cuti-réaction et le B. W. restent négatifs. Mais le 22 janvier 1932, l'enfant présente des signes de gastroentérite aigué avec quelques selles diarrhéiques, et surtout des vomissements fréquents (2 vomissements sur 3 tétées), l'enfant se remet vite mais ne reprend pas de poids et reste vomisseur. On le met au lait sec à partir du 22 février jusqu'au 18 mars; le poids passe de 5 kil. 200 à 5 kil. 700, soit une augmentation de 20 grammes par jour.

S'il est vrai que la courbe de poids n'a pas été notablement influencée, il faut remarquer que les vomissements ont été trés favorablement influencés; aprés cessation du lait sec, la courbe de poids est restée stationnaire pendant quelques jours pour fléchir assez rapidement par la suite.

OBSERVATION N? 8. — Claude Led..., né le 20 novembre 1931, entre le 18 janvier 1932, il pèse à 2 mois, 4 kil. 100 et mesure 56 cm.; il est donc légérement hypotrophique.

On pratique une réaction de B. W. et une cuti-réaction qui reste négative. En outre l'enfant présente des vomissements, il vomit une tétée sur deux environ. Aprés un traitement de quelques jours, concentration des repas, antispasmodiques, on met l'enfant au lait sec le 27 janvier; on observe d'abord les doses indiquées sur la boite et comme l'augmentation de poids semble peu influencée, 575 grammes en 27 jours, soit 21 grammes par jour, on décide d'augmenter les doses d'un tiers; il faut avouer que la courbe de poids fut peu influencée par cette maniére de faire, mais quoi qu'il en soit, l'action antivomitive du lait sec fut des plus nettes. Les selles devinrent blanches, un peu malodorantes.

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