‹ Le langage des fleurs (volume 2)Chapitre 66 sur 192 · DEUIL · texte numérisé non relu

DEUIL

Dans tous les lieux où ces arbres frappent nos regards, leur aspect lugubre pénètre d’idées mélancoliques. Leur longues pyramides élevées vers le ciel gémissent agitées par les vents. La clarté du soleil ne saurait pénétrer leur sombre épaisseur, et, lorsque ses derniers rayons viennent à projeter leur ombre sur la terre, on dirait un noir fantôme.

Au milieu de nos bosquets fleuris, le cyprès s’élève parfois comme ces images de la mort que les Romains montraient à leurs convives au milieu même des transports de leur folle joie.

Les anciens avaient consacré le cyprès aux Parqifes, aux Furies et à Pluton : ils le plaçaient auprès des tombeaux. Les peuples de l'Orient ont conservé le même usage. Chez eux, les champs de la mort ne sont pas nus et dévastés : couverts d’ombres et de fleurs, ce sont des lieux de fête, ce sont des promenades publiques qui rapprochent sans cess« les amis qui vivent de ceux qui les ont précédés. On sait quel respect les Orientaux ont pour le tombeau des ancêtres. Souvent, aux environs de Constantinople, on voit une famille d’Armêniens se presser dans l’enceinte d’un monument funèbre. Les vieillards y méditent, les enfants s’y livrent à la joie,

AUTOMNE

et, quelquefois, de jeunes amants viennent se jurer un constant amour en présence des amis qui leur restent et de ceux qu’ils ont perdus. Plus loin, on voit aussi l’orphelin solitaire assis auprès du cyprès qui couvre ses parents ; à la vue de leurs tombeaux, il se croit encore protégé par eux. La chaste veuve, prosternée sur la pierre qui couvre son époux, prie, cherche dans cette image même de la mort l’espérance qui la console; mais la triste mère qui a perdu ses enfants pleure et ne veut pas être consolée 1 .

Et toi, triste cyprès,

Fidèle ami des morts, protecteur de leur cendre,

Ta tige, chère au cœur mélancolique et tendre,

Laisse la joie au myrte et la gloire au laurier.

Tu n’es point l’arbre heureux de l’amant, du guerrier.

Je le sais: mais ton deuil compatit à nos peines.

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