CHÈVREFEUILLE DES JARDINS
Liens d'amour.
La faiblesse plaît à la force, et souvent elle lui prête ses grâces. J’ai quelquefois vu un jeune chèvrefeuille attacher amoureusement ses tiges souples et délicates
PRINTEMPS
au tronc noueux d’un vieux chêne ; on eût dit que ce faible arbrisseau voulait, en s’élançant dans les airs, surpasser en hauteur le roi des forêts; mais bientôt, comme si ses efforts eussent été inutiles, on le voyait retomber avec grâce et environner le front de son ami de doux festons et de guirlandes parfumées. Ainsi l’amour se plaît quelquefois à unir une timide bergère à un superbe guerrier. Malheureuse Desdémona ! c’est l’admiration que t’inspirent le courage et la force, c’est aussi le sentiment de ta faiblesse qui attachent ton cœur au terrible Othello ; mais la jalousie vient te frapper sur le sein même de celui qui devrait te protéger. Voluptueuse Cléopâtre, tu subjuguas le fier Antoine, et le sort n’épargna ni tes charmes ni la grandeur de ton soutien. Renversés du même coup, on vous vit tomber et mourir ensemble. Et toi, humble et douce la Vallière, l’amour du plus grand roi put seul subjuguer ton faible cœur et l’arracher à la vertu. Pauvre liane, le vent de l’inconstance te priva bientôt de ce cher appui, mais tu ne rampas jamais sur la terre; ton noble cœur, élevant ses affections vers le ciel, alla porter son tendre hommage à celui seul qui est digne d’un immortel amour.