LUXE
U y a plus de deux siècles que le marronnier d’Inde habite nos climats, et cependant on ne le voit point encore mêler sa tête fastueuse à celles des arbres de nos forêts. Il aime à embellir les parcs, à parer les châteaux et à ombrager la demeure des rois. On le voit triompher aux Tuileries, où il forme, autour du grand bassin, des massifs d’une beauté incomparable. Au Luxembourg, il étale avec complaisance sa pompe et sa magnificence.
Là de marronniers les hautes avenues S’arrondissent en voûte et nous cachent les nues (1).
Une journée un peu orageuse suffit, au commencement du printemps, pour que ce bel arbre se couvre tout à coup de verdure : croît-il isolé, rien n’est comparable à l’élégance de sa forme pyramidale, à la beauté de son feuillage et à la richesse de ses fleurs, qui le font quelquefois paraître comme un lustre immense tout couvert de girandoles. Ami du faste et de la richesse, il couvre de fleurs les verts gazons qu’il protège,
(X) Castel, les Plantes, poëme.
et prête à la volupté de délicieux ombrages. Mais il ne donne aux pauvres qu’un bois léger et un fruit amer ; quelquefois encore il lui accorde une faible aumône et le réchauffe de ses feuilles desséchées. Les naturalistes, et surtout les médecins, ont prêté à ce fils de l’Inde mille bonnes qualités qu’il ne possède pas. Ainsi ce bel arbre, comme l’homme riche auquel il prodigue son ombrage, trouve des flatteurs, fait malgré lui un peu de bien, et étonne le vulgaire par un luxe inutile.
JîUaô.