‹ Le langage des fleursChapitre 4 sur 81 · PREMIÈRE ÉMOTION D’AMOUR · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ÉMOTION D’AMOUR

On a consacré le lilas aux premières émotions (l’amour, parce que rien n’a plus de charmes que les premières émotions que son aspect nous cause au retour du printemps. En effet, la fraîcheur de sa verdure, la flexibilité de ses rameaux, l’abondance de ses Heurs, leur beauté si courte, si passagère, leur couleur si tendre et si variée, tout en lui rappelle ces émotions célestes qui embellissent la beauté, et prêtent à l’adolescence une grâce divine.

L’AIbane n’a jamais pu fondre, sur la palette que lui avait confiée l’amour, des couleurs assez douces, assez fraîches, assez suaves, pour rendre le velouté, la délicatesse et la douceur des teintes légères qui colorent le front de la première jeunesse. Van Spaendonck luimême laisse tomber son pinceau devant une grappe de lilas. La nature semble avoir pris plaisir à faire de chacune dé ces grappes un massif, dont toutes les parties étonnent par leur délicatesse et leur variété. La dégradation de la couleur, depuis le bouton purpurin jusqu’à la fleur qui se décolore, est le moindre attrait de ces groupes charmants, autour desquels la lumière se joue

et se décompose en mille nuances, qui, toutes venant à se fondre dans la même teinte, forment cette heureuse harmonie qui désespère le peintre et confond l’observateur. Quel travail immense la nature a entrepris pour produire ce faible arbuste, qui ne semble fait que pour le plaisir des sens ! Quelle réunion de parfum, de fraîcheur, de grâce, de délicatesse, de détails et d’ensemble ! Ah ! sans doute, dès l’origine des choses, la Providence l’avait destiné à être le lien qui unirait un jour l’Europe à l’Asie. Le lilas, que le voyageur Busbeck nous apporta de la Perse, croît maintenant sur les montagnes de la Suisse et dans les forêts de l’Allemagne.

Le rossignol, au retour de ses voyages, en voyant ses thyrses abandonnés, mariés aux rameaux de l’épine qu il chérit, croit avoir à célébrer deux printemps.

A nos coteaux, à nos vergers Il raconte ses aventures ;

Des villes, des champs étrangers Il fait de brillantes peintures,

Et prédit leurs courses futures Aux petits oiseaux passagers.

Il peint leurs troupes vagabondes S’en allant, au milieu des airs.

Chercher des rives plus fécondes; Décrit le passage des mers,

Et les prés fleuris des deux mondes ; Et de l’hymne heureux du retour Faisant retentir les bocages,

Mêle encor les chants de l’amour Aux doux récits de ses voyages (1).

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