MAJESTÉ
U est le roi des fleurs dont la rose est la reine (1).
Du milieu d’une touffe de longues feuilles, qui, en se développant, se renversent et se pressent les unes sur les autres, comme pour former un trône circulai,,, de verdure, on voit s’élancer une tige élégante et superbe, qui se termine par une grappe de longs boutons d’un vert doux et luisant. Le temps insensiblement gonfle et blanchit les boutons de cette belle grappe, et vers le milieu de juin, ils s’inclinent et se déploient en six petales d’une blancheur étincelante. Leur réunion forme ces vases admirables, où la nature s’est plu à renfermer des étamines d’or, qui versent des flots de parfums. Ces belles fleurs, à demi inclinées autour de leur haute tige, semblent demander et obtenir les
(1) Boi^jolin,
hommages de toute la nature ; mais le lis, malgré ses charmes, a besoin d’une cour pour paraître dans tout son éclat. Seul, il semble froid et comme délaissé ; environné de mille autres fleurs, il les efface toutes ; c’est un roi; sa grâce, c’est la majesté.
On ne trouve nulle part chez nous le lis primitif : il nous vient de la Syrie; jadis il para les autels du Dieu d’Israël, et couronna le front de Salomon; mais il règne dans nos jardins depuis un temps immémorial. Charlemagne voulait qu’il partageât, avec la rose, la gloire de parfumer ses jardins, et, s’il faut en croire les antiques récits de nos aïeux, le vaillant Clovis reçut un Iis céleste le jour où la victoire et la foi lui furent données. Louis VII vit dans les fleurs du lis le triple symbole de sa beauté, de son nom, et de sa puissance : il les plaça sur son écu, sur son sceau, et sur sa monnaie. Philippe-Auguste en sema son étendard. Saint Louis portait une bague représentant, en émail et en relief, une guirlande de lis et de marguerites, et sur le chaton de l’anneau était gravé un crucifix avec ces mots : Hors cet annel, pourrions-nous trouver amour? parce qu’en effet, cet anneau offrait, à ce monarque pieux, l’emblème de tout ce qu’il avait de plus cher, la religion, la France et son épouse. Ce fut aussi une idée religieuse qui engagea Charles V à fixer à trois le nombre de ses fleurs de lis ; depuis son règne, ce nombre