‹ Le langage des fleursChapitre 5 sur 81 · ÉTOURDERIE · texte numérisé non relu

ÉTOURDERIE

Emblème de l’étourderie, l’amandier répond le premier à l’appel du printemps. Rien n’est plus frais ni plus aimable que ce bel arbre, lorsqu’il paraît dans les premiers jours de mars, couvert de fleurs, au milieu de nos bosquets encore dépouillés. Les gelees tardives détruisent souvent les germes trop précoces de ses fruits; mais par un effet assez singulier, loin de faner ses fleurs, elles semblent leur donner un nouvel éclat. J’ai vu une avenue d’amandiers, toute blanche la veille, frappée du froid pendant la nuit, paraître couleur de rose le lendemain matin, et garder plus d’un mois cette nouvelle parure, qui ne tomba que lorsque l’arbre fut entièrement vert.

La Fable donne à l’amandier une touchante origine. Elle raconte que Démophon, fils de Thésée et de Phèdre, fut jeté par une tempête, en revenant du siège de Troie, sur les côtes de Thrace, où régnait alors la belle Phyllis. Cette jeune reine accueillit le prince, s’éprit d’amour pour lui, et en fit son époux. Rappelé à Athènes par la mort de son père, Démophon promit à Phyllis de revenir dans un mois, et il fixa le moment de

son retour. La tendre Phyllis compta toutes les minutes de 1 absence; enfin le jour tant désiré arriva, Phyllis courut neuf fois au rivage; mais, ayant perdu tout espoir, elle y tomba morte de douleur, et fut changée en amandier. Cependant Démophon revint trois mois apres ; désolé, il fit un sacrifice sur les bords de la mer pour apaiser les mânes de son amante. Elle parut sensible à son repentir et à son retour, car l’amandier qui la pressait sous son écorce fleurit tout à coup ; elle prouva par ce dernier effort que la mort elle-même n’avait pu la changer.

|Jeromcl)c.

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