LE LANÇAGE
et de crainte. Plein de jeunesse et de force, lorsqu’il élève sa tète altière, et qu’il étend ses bras immenses, il paraît comme un protecteur, comme un roi. Dépouillé de verdure, immobile, frappé de la foudre, il ressemble au vieillard qui a vécu dans les siècles passés, et qui ne prend plus part aux agitations de la vie. Les vents impétueux luttent quelquefois contre ce fier athlète : d’abord il murmure, mais bientôt un bruit sourd, profond, mélancolique sort de ses robustes rameaux. On écoute, et on croit entendre une voix confuse et mystérieuse, qui explique les vieilles superstitions du monde.
En Angleterre, on a vu un seul chêne couvrir de son ombre plus de quatre mille soldats. Dans le même pays, auprès de Shrewsbury, le chêne royal, encore tout verdoyant, rappelle les malheurs de Charles II, fugitif au milieu de son royaume. Ce prince trouva un
abri, un sauveur, mais son père n’en trouva point.
Horrible souvenir qui rappelle, hélas ! que l’Angleterre n’a pas été seule altérée du sang des rois.... Eh ! pourtant, on montre encore, à la porte de Paris, dans le bois de Vincennes, la place occupée, jadis, par le chêne sous lequel saint Louis, semblable à un tendre père, venait s’asseoir pour rendre la justice à son peuple.
DES PLEURS