UNION
IKne faille brteèe,
rupture.
L’usage de briser une paille, pour exprimer que tous les serments sont rompus, remonte aux premiers temps de la monarchie 5 on peut même dire qu’il a une origine presque royale.
Les vieux chroniqueurs racontent qu’en 922, Charles le Simple, se voyant abandonné des principaux seigneurs de sa cour, eut l’imprudence de convoquer l’assemblée du Champ de mai, à Soissons. Il y cherchait des amis, il n’y trouva que des factieux dont sa faiblesse accroissait l’audace. Les uns lui reprochent son indolence, ses prodigalités et sa confiance aveugle dans son ministre Haganon ; les autres s’élèvent contre le déshonneur de ses concessions à Rollon, chef des Normands. Environné de leur foule séditieuse, il prie, il promet, il croit leur échapper par de nouvelles faiblesses, mais en vain. Dès qu’ils le voient sans courage, leur audace n’a plus de bornes : ils osent déclarer qu’il
UES PLEURS
a cessé d’être leur roi. A ces mots, qu’ils prononcent avec toutes les marques de la violence, et qu’ils accompagnent de menaces, ils s’avancent au pied du trône, brisent des pailles qu’ils tiennent dans leurs mains, les jettent brusquement à terre, et se retirent après avoir exprimé, par cette action, qu’ils rompaient avec lui.
Cet exemple est le plus ancien de ce genre qui nous soit parvenu ; mais il prouve que, depuis longtemps, cette manière de rompre un serment devait être en usage, puisque les grands vassaux ne crurent pas nécessaire d’ajouter à leur action une seule parole qui pût servir à l’expliquer : ils étaient donc sûrs d’être entendus, et ils le furent.
Il y a loin de cette scène terrible à la scène si comique du Dépit amoureux de Molière. Cependant l’une est l’origine de l’autre : elles prennent au moins leur source dans le même usage populaire ; il n’y a que la différence du temps. Ce qui servait jadis à détrôner un roi, à bouleverser une nation, ne peut plus servir aujourd’hui qu’à désoler un cœur.
Heureux les amants dont les ruptures se terminent comme les révolutions du bon vieux temps !
Lorsque nos campagnes commencent à se dépouiller de leur plus brillante verdure, quand nos parterres sont sur le point de disparaître sous le linceul glacé que, de sa culminante demeure, leur tisse l'implacable aquilon, que de grâces ne rendons-nous pas à cette bienveillante nature, pour nous avoir réservé, au déclin de la période florale, le superbe chrysanthème ! Cette fleur, parée de tous les trésors du coloris, ramassés avec peine aux pâles rayons des derniers beaux jours, sur la palette de son aimable déesse, ne semble-t elle pas, de la rampe du Caucase à celle des Cordilières, en opposant un vain effort à l'irruption des autans, s’écrier à tous les cœurs :
L’hiver accourt, hâtez-vous d’être heureux !
Adieu donc aux folâtres ébats de l’insouciante enfance, sur la prairie émaillée ! adieu aux danses légères de la jeunesse pétulante, sur la molle fougère! adieu aux tendres pensées du timide amant, sur les bords fleuris du ruisseau ombragé ! adieu enfin aux senti-
mentales promenades de l’heureuse mère, dans les fertiles guérets! le chrysanthème vient de déployer ses corolles.
Adieu ! tristes jouets du retour des hivers.
Arbres que je chéris, sous leurs cruels outrages, Vous allez donc perdre ces doux ombrages, Qui tant de fois m’ont inspiré des vers !
Sur vos fronts attristés la mort paraît empreinte.
Vous excitiez l’amour, la volupté,
Les transports ingénus de la vive gaîté :
Vous n’allez plus inspirer que la crainte.
Mais un flatteur espoir sous l’horreur des glaçons, Vous rit et vous anime:
Le printemps reviendra couronner votre cime,
Et rajeunir jusqu’aux simples buissons.
Tel est donc votre sort, arbres trop fortunés !
De la vie au trépas, du trépas à la vie Par d’éternelles lois sans cesse ramenés,
Si vous êtes six mois à languir condamnés,
Six autres mois votre éclat fait envie.
Et nous, déplorables humains,
Comment ne pas gémir sur nos tristes destins ?
L’une par l’autre à jamais entraînées,
Se perdent sans retour nos rapides années.
Ainsi qu’on voit les eaux de cent fleuves divers, S’engloutir et se perdre au vaste sein des mers ; Chaque instant nous ravit une parcelle d’âme,
Une étincelle d’un flambeau Dont ne saurait se ranimer la flamme, Lorsqu’il s’est exhalé dans la nuit du tombeau. Mais loin de rapprocher une image funeste,
S’il se peut, trompons-nous sur l’affreux avenir ; Du tableau du bonheur employons ce qui reste,
Et puisqu’il est si court, hâtons-nous d’en jouir.
Le genre des chrysanthèmes justifie l’étymologie de
loi LE LANGAGE DES FLEUBS.
son nom : c’est la richesse, c’est l’éclat jetés à profusion sur ces capitules privilégiés. Nombreux en espèces, aucune d’elles ne fait faute à l’admiration, mais la Chine nous dota de celle qui paraît réunir le plus de suffrages. Elle était, à ce que l’on assure, d’un jaune d’or à son introduction dans nos jardins , introduction qui date de près d’un siècle ; la culture l’a fait dévier de sa couleur primitive et l’a pourvue de robes de toutes les nuances, depuis le blanc le plus pur jusqu’au pourpre le plus intense ; depuis le jaune le plus éclatant jusqu’au brun fuligineux. Il ne manquait, à tant de coquetterie, qu’un suave parfum, et alors la coquetterie de cette belle fleur eût été sans bornes... La nature y a obvié en ne parfumant que ses feuilles.