‹ Le langage des fleursChapitre 53 sur 81 · TRISTESSE, MÉLANCOLIE · texte numérisé non relu

TRISTESSE, MÉLANCOLIE

L’hiver s’avance : les arbres ont perdu leur verdure après s’être dépouillés de leurs fruits; le soleil, en se retirant, verse sur les feuillages des couleurs sombres ou mélancoliques ; le peuplier se couvre d’un or pâle et décoloré, tandis que l’acacia reploie ses légères folioles, que les rayons du soleil ne réveilleront plus : cependant le bouleau laisse flotter sa longue chevelure, déjà privée d’ornement, et le sapin, qui doit conserver sa verte pyramide, la balance fièrement dans les airs. On voit le chêne immobile; il résiste à l’effort du vent, qui ne saurait dépouiller sa tête altière ; mais le roi des forêts cédera au printemps ses feuilles rougies par 1 hiver. On

dirait tous ces arbres émus de passion? différentes : l’un s’incline profondément, comme s’il voulait rendre hommage à celui que la tempête ne saurait ébranler; l’autre semble vouloir embrasser le compagnon, l’appui de sa faiblesse, et, tandis qu’ils confondent, qu’ils mêlent leurs rameaux, un troisième s’agite en tous sens, comme s’il était environné d’ennemis : le respect, l’amitié, la haine , la colère, passent tour à tour de l’un à l’autre. Ainsi, battus de tous les vents, et comme agités de toutes les passions, ils font entendre de longs gémissements ; on dirait les murmures confus d’un peuple en alarmes : il n'y a point de voix dominante, ce sont des bruits sourds, profonds, monotones, qui jettent l’âme dans une vague rêverie : souvent on voit tomber sur la terre, déjà privée de sa verdure, des nuages de feuilles mortes; elles couvrent le sol d’un mobile vêtement. On aime à contempler l’orage qui les chasse, les disperse, les agite, et qui tourmente ces tristes débris d’un printemps qui ne reviendra plus.

Nos prés ont perdu leur fraîcheur :

A peine une fleur isolée Penche-t-elle un front sans couleur Bans la solitaire vallée;

Une obscure et triste vapeur Voile nos rives désolées;

Et sur les forêts ébranlées Les vents soufflent avec fureur.

Ah! dans les forêts sans ombrage,

Sorbier.

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