Stricker, le Langage et la musique. Félix Alcan
l'articulation et l'écriture mentales 49
tends chez tous ceux qui jouissent de la parole articulée); mais tantôt elles sont effacées, dominées par les images verbales visuelles ou auditives, tantôt elles sont prépondérantes. Nous allons les examiner dans le cas où elles affectent ce dernier caractère.
Il est en effet des sujets qui, dans les conditions habituelles de la pensée, sont pas ou peu auditifs, pas ou peu visuels, qui sont au contraire exclusivement ou presque exclusivement moteurs. De ces sujets on pourrait dire qu'ils ne voient ni n'entendent leur pensée, mais qu'ils la parlent. Platon semble les avoir ou observés ou pressentis, lorsqu'il dit, dans le Sophiste : « La pensée est une parole dans l'âme , une parole de l'âme à elle-même et sans qu'il soit proféré de son '. » Montaigne pourrait être à bon droit classé parmi les moteurs , si l'on en juge par le passage suivant des Essais : « Ce que nous parlons, il faut que nous le parlions premièrement à nous et que nous le fassions sonner au dedans de nos oreilles, avant que de l'envoyer aux étrangères. » Maine de Biran de même considérait le * langage intérieur comme une sorte d'écho musculaire 2 . M. Bain, en Angleterre, se rattache à la même doctrine, parce que lui aussi paraît être un moteur. Le langage intérieur, d'après cet auteur, s'accompagne toujours de l'image du mouvement laryngo-buccal ; il constituerait comme une sorte de parole interrompue. « La pensée, dit-il, est une parole ou un acte contenu. » Mais l'écrivain qui a mis en relief avec le plus de soin le rôle des représentations verbales motrices, est M. Stricker 3 . M. Stricker, nous l'avons dit plus haut, est un pur moteur. Nous allons nous convaincre du fait en l'écou-
1. Cette citation sert d'épigraphe au mémoire de M. Baillarger, sur les hallucinations, mémoire communiqué à l'Académie de médecine.