‹ Le Langage intʹerieur et les diverses formes de l'aphasieChapitre 29 sur 68 · VISUELLES ET MOTRICES · texte numérisé non relu

VISUELLES ET MOTRICES

Les Indifférents ou Mixtes.

Nous nous sommes attaché jusqu'à présent à indiquer les caractères des représentations verbales auditives, visuelles et motrices. Nous avons pour cela procédé suivant la méthode usitée dans les sciences naturelles , et si heureusement mise à profit par la clinique : nous avons choisi des types, c'est-à-dire des sujets chez lesquels Tune ou l'autre catégorie de représentations se manifestait avec une vivacité exceptionnelle. Nous croyons avoir prouvé qu'il y a, au point de vue du langage intérieur, des visuels, des auditifs et des moteurs, ces derniers se subdivisant eux-mêmes en moteurs d articulation et moteurs graphiques.

Il nous reste maintenant à décrire un dernier type , celui qu'avec M. Charcot on peut appeler le type indifférent. Ce type est le plus vulgaire. Il est réalisé chez les gens qui utilisent, pour le langage intérieur, les images des trois catégories, sans qu'il y ait prédominance mar-

quée de Tune d'elles sur les autres. Les individus qui relèvent de ce groupe ne sont plus principalement ou auditifs, ou visuels, ou moteurs, ils sont à la fois moteurs , visuels et auditifs. C'est à eux que s'appliquent ces mots de M. Taine * : « A l'état normal nous pensons tout bas par des mots mentalement entendus, ou lus, ou prononcés, et ce qui est en nous c'est l'image de tels sons, de telles lettres, ou de telles sensations musculaires et tactiles du gosier, de la langue et des lèvres. » Avant d'aller plus loin, comparons un peu les ressources des personnes du type indifférent, à celles des personnes des autres types. Une prédominance accusée de telle ou telle catégorie d'images semble assurer à l'intelligence une prééminence dans telle ou telle direction. Le génie pictural ou musical suppose une vivacité particulière des représentations visuelles ou des auditives. En revanche, un équilibre régulier entre les diverses formes de la mémoire verbale est peut-être la garantie la plus certaine contre un trouble profond delà faculté du langage intérieur. Si l'on jouit d'une mémoire visuelle très développée, exclusive des mémoires auditives ou motrices, on pourra tirer un heureux parti de cette faculté; mais que par accident on vienne à la perdre, on sera dans la situation d'un rentier qui, ayant commis la faute de placer toute sa fortune sur la même maison de banque, serait ruiné le jour où cette maison ferait faillite. Il ne s'agit pas là, du reste, on le verra, d'une hypothèse gratuite. Dans le cas au contraire où le cerveau se sera habitué à utiliser les diverses formes de représentations verbales, si l'une de ces formes s'efface par suite d'une lésion , les autres formes de représentations la suppléeront dans une certaine mesure. On saisira plus loin toute l'importance de cette donnée.

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