A. Proust» De l'aphasie. (Arch. gén. de méd
3 e groupe de M. Proust constituent l'aphasie telle que nous la concevons actuellement ; quant à l'alalie méca-= nique, qui comprend les troubles de la parole par lésion des appareils périphériques , elle en est exclue, nous l'avons dit; de même l'alogie, puisque les désordres de la parole par* défaut d'intelligence n'entrent pas dans la définition de l'aphasie.
Avant d'énumérer la classification nouvelle que les progrès réalisés dans ces dernières années ont conduit à substituer aux anciennes, nous devons présenter quelques remarques relativement aux relations des troubles de l'intelligence et de l'aphasie. Bien qu'on soit généralement d'accord pour admettre que l'aphasie ne mérite son nom qu'autant qu'elle ne dépend pas de la démence ou de l'idiotie, on a beaucoup discuté sur la question de savoir si les aphasiques ont oui ou non conservé l'intelligence. Ces discussions , auxquelles Trousseau avait pris sa part , nous semblent avoir été entretenues par un malentendu. Que la plupart des aphasiques aient l'intelligence affaiblie, cela ne fait pas doute , et cet affaiblissement s'explique suffisamment par les lésions cérébrales quelquefois multiples , souvent diffuses, qui existent chez eux. Un aphasique est dément comme il est hémiplégique , sans que la démence dépende de l'aphasie plus que l'hémiplégie. Il s'agit là de troubles parallèles non subordonnés les uns aux autres *. Ce qui a de l'intérêt au point de vue psychologique , c'est de savoir dans quelle mesure les désordres du langage viennent, en tant que désordres du langage, gêner le libre jeu de l'intelligence, et de déterminer, autant que faire se peut, la part qui, à ce point de vue, revient h chacune des variétés de l'aphasie.
1. Voir à cet égard: Sazie, Des troubles intellectuels dans l'aphasie. Th. Paris, 1879.
Pour résoudre cette question, actuellement difficilement soluble, hâtons-nous de le dire, il n'est qu'un procédé : c'est de choisir les cas simples dans lesquels chaque forme d'aphasie s'isole nettement des autres , et se présente , autant que possible , sans complications d'aucune sorte. L'analyse psychologique peut alors donner des renseignements qu'il serait inutile et même dangereux de demander aux cas complexes.
Nous avons, croyons-nous , bien limité le champ de l'aphasie. Nous pouvons maintenant y pénétrer et esquisser le tableau des subdivisions qu'il comporte.
Ces subdivisions se sont imposées comme la conséquence nécessaire des analyses cliniques devenues, depuis vingt ans, de jour en jour plus minutieuses et plus précises.
Après les travaux de Bouillaud » et surtout de Broca », le mot aphasie entra dans la littérature médicale avec une signification restreinte. Les troubles du langage articulé avaient été seuls bien décrits, et ils l'avaient été avec une exactitude et une précision telles que pendant longtemps ils devaient seuls attirer l'attention. Sans doute on constatait bien, chemin faisant, que ces troubles ne constituaient pas à eux seuls tous les désordres du langage ; Trousseau dans ses cliniques , J. Falret dans ses diverses publications 8 , d'autres encore, en observateurs sagaces et consciencieux, relevaient dans la symptomatologie de l'aphasie des particularités curieuses , des troubles variés de l'écriture ou de la lecture par exemple ; mais tous ces symptômes
i. Bouillaud, Traité de l'encéphalite, 1825, et Bull. Acad. de médecine, 1865.
2. Broca, Bull. Soc. anat., 1861 et 1863 ; Bull. Soc. d'anthropologie, 18G3 et 1865.
3. J. Falret, Arch. de méd. f 1864, et art. Aphasie in Dictionn* encyc. des sciences médicales*
étaient tenus pour des annexes du trouble de la paroîe articulée décrit par Bouillaud et Broca. Il ne venait à l'esprit de personne que la faculté du langage fût une faculté complexe, qu'elle eût des fonctions et surtout des organes cérébraux d'exécution multiples.
Marcé, en 1856, avait bien soutenu que l'agraphie et l'aphasie motrice n'étaient pas nécessairement liées l'une à l'autre et qu'elles pourraient peut-être correspondre à des localisations différentes ; mais son travail avait passé presque inaperçu.
A partir de 1874, la question changea de face. Les travaux de Wernicke * sur l'aphasie sensorielle, ceux de Kussmaul 2 sur la cécité verbale, de Kahler et de Pick *, d'autres encore, vinrent bouleverser ou plutôt dissocier l'aphasie. Il fut dès lors admis en Allemagne, comme une vérité démontrée, qu'il n'y avait pas une seule mais plusieurs aphasies et qu'à chacune d'elles correspondait un centre cérébral spécial.
Cette doctrine révolutionnaire ne pénétra pas en France sans rencontrer des résistances. Des critiques de grand talent comme MM. Dreyfus-Brisac 4 , A. Mathieu c , soumirent à une sévère analyse des observations qui n'étaient pas toujours sans défauts.
Mais bientôt des faits nouveaux étaient recueillis chez nous : M. Magnan 6 et ses élèves, puis M. Legrand du Saulle 7 , prenaient sous leur patronage les idées nou-
1. Wernicke, Die aphasische Sytnptomen complex. Breslau, 1874.