‹ Le Langage intʹerieur et les diverses formes de l'aphasieChapitre 49 sur 68 · Bourdin, Soc. méd.psychol n · texte numérisé non relu

Bourdin, Soc. méd.psychol n

l'aphasie motrick I2:t

J'ai indiqué plus haut que l'aphasie, lorsqu'elle n'est pas absolue, peut être modifiée momentanément sous certaines influences susceptibles de surexciter pour un temps la mémoire motrice. Les faits relatés par Gairdner, H. Jackson , Trousseau et bien d'autres ont établi , par exemple, que, sous l'empire de la colère ou d'une vive émotion, certains aphasiques retrouvent des mots qu'ils sont, dans les conditions normales, incapables de prononcer. Une particularité plus curieuse est celle qu'a relatée M. Brown-Sequard *. Un médecin aphasique, à l'état de veille, recouvrait la parole en rêvant; n'eston pas en droit de voir là un fait d'hypermnésie motrice relative, analogue à ceux bien connus que le rêve détermine dans la sphère des autres mémoires verbales ou sensorielles ?

Les faits dont il me reste à parler ne sont pas moins intéressants. L'aphasique, qui est incapable d'évoquer spontanément les images verbales motrices, peut arriver à le faire lorsque le centre où résident ces images est actionné par un autre centre sensitif. Le centre auditif tient à cet égard la première place. Beaucoup d'aphasiques répètent des mots prononcés devant eux alors qu'ils sont parfaitement incapables, lorsqu'ils sont abandonnés à eux-mêmes, de retrouver les images motrices de ces mots. La plupart des faits d'écholalie s'expliquent de la sorte. Il suffit même parfois, comme Tamburini et Marchi 2 l'ont relevé , de dire à l'oreille du malade un mot ayant avec le mot cherché une simple analogie de consonnance, pour qu'aussitôt ce dernier soit retrouvé. Il est bien évident, dans les faits de cet ordre, que le centre des représentations motrices est momentanément réveillé par la sensation auditive.

1. Ce fait est cité par M. Ribot, Mal. de ta mémoire, p. 218.

2. Tamburini et Marchi, Rivisla sperimentale di frenatria, p. 282.

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Peut-être pourrait-on expliquer par une action analogue du centre auditif sur le centre d'articulation , la faculté, singulière que possèdent quelques aphasiques de prononcer en les chantant des mots qu'ils ne peuvent dire sur le ton de la conversation. Les faits de ce genre ne sont pas rares, et j'en pourrais citer ici bon nombre: j'en rapporterai un seul , dû à M. Grasset *. Il s'agit d'un officier qui n'avait pour tout vocabulaire que le mot pardi et la lettre b ; il était notamment incapable de prononcer les mots enfant expatrie. Cependant il chantait avec exactitude, en articulaut les paroles, le premier couplet de la Marseillaise.

Il ne faut pas confondre avec les cas de l'espèce précédente ceux plus communs dans lesquels il y a conservation de la faculté de fredonner les airs ou de les chanter, comme le malade de Béhier faisait de la Marseillaise et de la Parisienne, c'est-à-dire sans articuler les paroles et en modulant simplement les airs à l'aide d'un monosyllabe répété indéfiniment: tan, tan, tan, par exemple. Cette faculté dénote la persistance des images auditives de son et des représentations motrices correspondantes. Mais elle n'implique nullement l'intervention au moins directe des représentations motrices de mots.

J'indiquerai incidemment, à ce propos , que certains faits pathologiques démontrent la réalité et l'indépendance d'images motrices des mouvements du larynx et du thorax affectés à la production des sons musicaux. Il y a, en effet, une aphasie motrice pour la musique comme il y a une aphasie motrice pour les mots. Une observation de A. Kast 2 établit la chose avec netteté.

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