L'APHASIE MOTRICE
L'aphasie motrice étant constituée et supposée dégagée de toute complication qui ne soit pas sous sa dépendance directe et immédiate , par exemple de tout affaiblissement intellectuel ou trouble du langage tenant à une lésion autre que celle dont elle dépend elle-même, est-elle susceptible d'influencer les autres modalités du langage ou l'intelligence ?
A cette question on ne peut faire une réponse qui s'applique à tous les cas. Il est vraisemblable qu'un moteur, comme M. Stricker, chez qui la plupart des représentations verbales servant à la pensée, sont motrices, et chez lequel les autres représentations verbales (auditives ou visuelles) ne paraissent éveiller nettement l'idée qu'après s'être au préalable associées à l'image motrice du mot, il est vraisemblable, dis-je, qu'un pareil « moteur » serait profondément affecté dans ses opérations intellectuelles, par une aphasie du type Bouillaud-Broca. Mais il n'est pas douteux non plus que, chez un auditif ou un visuel, l'aphasie motrice constituerait une infirmité sans grand retentissement x sur les autres fonctions cérébrales. D'après Ferrier *, l'aphasie de Broca entraînerait souvent à sa suite une difficulté de la lecture. « Chez la plupart des individus, dit cet éminent physiologiste, on peut observer une tendance, durant la lecture, h traduire les signes écrits dans leurs articulatipns équivalentes. Moins l'individu a reçu d'éducation, moins il lit, et plus cette tendance est manifeste ; et quelques personnes ne peuvent lire en comprenant ce qu'elles lisent, sans refaire réellement toutes les opérations articulatoires que représentent les caractères écrits. » On conçoit très bien que, chez les individus auxquels Ferrier fait allusion, l'aphasie motrice puisse être l'occasion d'une certaine gêne de la lecture