‹ Le Langage intʹerieur et les diverses formes de l'aphasieChapitre 53 sur 68 · DE L'EFFACEMENT DES IMAGES MOTRICES GRAPHIQUES · texte numérisé non relu

DE L'EFFACEMENT DES IMAGES MOTRICES GRAPHIQUES

L'agraphie.

Nous avons précédemment cherché à établir que les mouvements combinés, au moyen desquels nous traçons les caractères et écrivons les mots, ne peuvent s'accomplir qu'à la faveur d'une mémoire spéciale, la mémoire motrice graphique. Cette mémoire, comme toutes les autres, est un composé d'images ou de représentations : les images des divers mouvements que nous avons progressivement appris à réaliser dans les actes d'écriture variés que nous avons exécutés. Ces images nous sont moins facilement révélées par la conscience que les images auditives, visuelles ou motrices d'articulation ; aussi l'observation interne serait-elle tout à fait insuffisante pour nous permettre d'apprécier les caractères et le degré d'indépendance des représentations de cet ordre. Mais les faits pathologiques, lorsqu'on a soin de les choisir, viennent montrer au contraire, d'une façon péremptoire, l'autonomie réelle de la mémoire motrice graphique. Le trouble assez curieux que l'on désigne aujourd'hui sous le nom A'agraphie résulte, en effet, de la perte partielle ou totale de celte iné\ï\OYXfc\Y^^\fcâ&

est Y aphasie de la main, a dit M. Charcot. Or, comme l'agraphie, contrairement à ce qu'on avait pu penser autrefois, se manifeste quelquefois à l'état de parfait isolement, au môme titre que l'aphasie ataxique, la surdité verbale, la cécité verbale, on ne peut se refusera admettre que la fonction dont elle constitue l'abolition jouisse d'une réelle indépendance.

Il y a peu d'années, on se bornait, dans les descriptions relatives à l'aphasie, à parler de l'agraphie, d'une façon incidente , comme d'une complication fréquente des troubles de la parole, mais sans grande portée. On se cou tentait de répéter avec Gairdner, Trousseau, Jackson, qu'en général « les aphasiques écrivent au moins aussi mal qu'ils parlent », que ceux « qui ne peuvent pas parler du tout sont également incapables d'écrire ». Ogle ', en 1867, créa le mot agraphie; la terminologie devint ainsi plus précise, mais la nosographie bénéficia peu de cette précision. Les opinions qui régnaient alors sur l'aphasie et ses formes , celles que partageaient la plupart des auteurs sur ce qu'on appelait alors l'amnésie verbale , orientaient les esprits dans une direction tout autre que celle des mémoires partielles. Marcé * avait cependant, dès 1856, posé les termes principaux du problème de l'agraphie, avec une justesse de vue remarquable, dans un travail trop oublié, intitulé : « Mémoire sur quelques observations de physiologie pathologique, tendant à démontrer l'existence d'un principe coordinateur de l'écriture et ses rapports avec le principe coordinateur de la parole. » Il affirmait nettement l'indépendance des troubles de l'écriture : « Du milieu, disait-il, des variétés deslésions si nombreuses qu'onpeut rencon-

i. W. Ogle, Aphasie and agraphie, Saint - Georges hosp. reports, 1867, t. n.

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