CHAPITRE VIH
LES APHASIES SENSORIELLES
Nous venons de passer en revue les aphasies motrices, qui résultent d’une lésion des centres de coordination motrice verbale; nous avons à parler maintenant des aphasies dont la cause est dans une altération de ce que j’ai appelé les centres de collection. sensorielle verbale (centres bleus du schéma).
Nous avons vu ce que sont ces centres dans l’exercice de la fonction verbale, et comment certaines formes de sensations sonores, visuelles ou motrices communes, sont réunies par des centres de collection, qui en perçoivent non seulement les caractères physiques communs, mais encore la valeur verbale particulière, le symbolisme, avons-nous dit.
Ces centres peuvent être altérés, et leur altération, et surtout leur destruction déterminent
des altérations du langage qu’on a désignées sous le nom ; de surdité verbale, s’il s’agit du centre auditif; de cécité verbale, s’il s'agit du centre > visuel; à'akinésie verbale, s'il s’agit du centre
r de sensibilité motrice.
Les aphasies sensorielles ont sans doute plus
- d’importance que les aphasies motrices. Elles
^ portent en tout cas une atteinte plus grave aux
fonctions du langage, en ce qu’elles privent le sujet, de la possibilité de comprendre le langage v\\ h/A d’autrui, bien qu’elles lui laissent, dans une ^. ^Acertaine mesure, la faculté de s’exprimer ou de 'r: 2 traduire les idées que son esprit peut concevoir. Et comme, le plus souvent, les centres de coorîl>' ^dination motrice verbale sont plus ou moins inte- «5^ ressés en même temps que les centres sensoriels, on comprend quelle est la gravité de ces modes
' d’aphasie. .
r Wernicke qui, d’après M. Ballet, deen-
F- vit le premier les aphasies sensorielles. Les
noms de Kussmaul, de M. Magnan, de Legrand ï' - du Saulle et surtout de Charcot, doivent hgurer
dans ce court historique. C’est surtout dans les
- travaux récents de Kussmaul, Bernard et Ballet que ces formes sensorielles de l’aphasie ont
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été séparées nettement des formes motrices, et que leurs caractères ont été physiologiquement interprétés comme il convient. Wiglesworth a rapporté récemment ( 1886 ) un cas de cécité ' et de surdité verbales combinées, vrai type d’apbasie sensorielle.
I. Surdité verbale. — Lésion de A. On rencontre des sujets qui, le plus souvent, à la suite d’une attaque ' apoplectiforme suivie d’hémiplégie droite, restent dans l’impossibilité de comprendre ce qu’on leur dit. Ils entendent bien qu’on leur parle; le bruit de la parole de même que tous les autres bruits sont perçus par eux, mais à titre de bruit ou de son seulement, sans qu’ils puissent se rendre compte de la valeur verbale de ce qu’ils entendent.
Beaucoup entendent bien qu’on leur parle, mais sans rien comprendre de ce qu’on leur dit. Une observation superficielle les a souvent fait prendre pour des sourds, ou pour des aliénés. Rostan cependant avait entrevu qu’il s’agissait là d’une surdité particulière, et Lordat, observant le fait sur lui-même, n’eri avait pas beaucoup mieux déffasé la nature. Baillarger, puis de Trœltsch
102 LE LANGAGE, Li PAROLE ET LES APHASIES, et Schmidt en ont ndarqué la singnlarité; mais Wernicke en a reconnu les caraclères et la valeur. Depuis lors, le mémoire de Seppilli a affirmé davantage ces caractères, bien observés d’ailleurs dans le fait rapporté par M. Giraudeau.
. Chez ces malades, en effet, l’organe de l’ouïe est intact; plusieurs peuvent lire et comprendre les questions qu’on leur adresse par écrit, ou dont on leur exprime le sens par gestes. Comme l’a dit Kussmaul, le malade affecté de surdité verbale est dans la situation où se trouverait une personne transportée au milieu d’un peuple parlant une langue inconnue d’elle-même. 11 y a quelque chose cependant qui cloche danç cette comparaison; car une personne dans ces conditions entend bien que les gens qui l’entpurent parlent et disent des mots dont elle ne comprend pas le sens, tandis que le sujet atteint d’aphasie sensorielle verbale, ou plus spécialement de surdité verbale, semble ne pas se douter ordinairement que ce qu’elle entend ait un sens symbolique et une signification.
11 est probable que le ton et la physionomie de celui qui les interroge suffisent à faire comprendre à ces malheureux que c’est bien un