LES APHA.SIES SENSORIELLES
être remplacée par l’image visuelle de ce mot ou même par son image motrice. C’est même là la substitution qui s’effectue le plus facilement, l’inverse s’observant beaucoup plus rarement. C est ainsi qu’on s’explique qu’un malade soit incapable de prononcer un mot s’il n’a ce mot écrit devant les yeux.
Fonctions conservées :
H /0\’M. Traduction de l’idée visuelle par la parole; i'toKM. Id. motrice id.-
i]OVE. Id. visuelle par l’écriture ;
“ )OKE. Id. motrice , id.
ffi / OVG. Id. visuelle par le geste ;
i[oKG. Id. motrice id.
I vYM. Écriture lue et parlée; vYG. Id. et mimée ;
vVE. Id. et transcrite;
tKM. Mimique perçue et parlée; tKG. Id. et mimée;
tKE. Id. et transcrite.
I vVOVE. Écriture lue, comprise et transcrite; vVOVG. Id. id. et mimée;
vVOVM. Id. id. et parlée;
tKOKM. Mimique perçue, comprise et parlée; tKüKG. Id. id. et mimée;
tÉOKE. Id. id. et transcrite.
On voit que les modes d’expression subsistent encore assez nombreux; mais les combinaisons fonctionnelles le plus' souvent usitées étant celles
106 LE LANGAGE, LA PAROLE ET LES APHASIES, qui sont supprimées, les malades ont de grands efforts à faire pour suppléer à celles qui ledr manquent. Ils y réussissent en employant des associations fonctionnelles dont ils n’ont pas accoutumé de se servir. Aussi voit-on qu’on est obligé de leur répéter plusieurs-fois la même question, pour les amener à une réponse sensée.
Ainsi, le plus souvent, cet effort n’est possible qu’à la longue et quand l’insistance de la question a suffisamment provoqué chez le malade ce que l’attention et l’effort spontanés sont incapables de produire. Les observations rapportées par Wernicke, par Mlle Skwortzoff, par Seppilli, par MM. d’Heilly et Chantemesse en font foi. Dans l’observation de M. Giraudeau, la malade, à laquelle on demande son nom répond d’abord : « Que me dites-vous? » Puis : « Je ne vous comprends pas. » Et, la question étant répétée avec instance, elle donne enfin son nom exactement.
Ces malades sont capables de lire et d’écrire sans difficulté, capables encore de comprendre et d’exécuter les gestes de la mimique ordinaire; mais, il leur faut un véritable travail pour parler, et se passer des images auditives dont l’usage est le plus fréquent et le plus commun, et pour em-
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prunier les images visuelles et les images motrices, et, par leur intermédiaire, actionner leur centre verbal.
En un mot, comme l’a dit Kussmaul, dans la surdité verbale, les idées ne correspondent plus à leurs images vocales, si bien, qu’au lieu de mots conformes an sens, surgissent des mots de sens différents ou contraires, parfois même étranges et incompréhensibles. Notre schéma permet de se rendre facilement compte de ces diverses modalités que présentent la surdité verbale et les aphasies sensorielles.
Y a-t-il des surdités verbales partielles, comme il y a des aphasies motrices partielles? — Le fait paraît probable sinon démontré.' Plusieurs des observations qu’on cite à ce sujet, se rapportent plutôt à la suppléance des images sensorielles, et s’expliquent mieux ainsi que par une conservation partielle du centre de collection sensorielle altéré. Ce fait est possible cependant. Chez quelques uns, polyglottes avant leur maladie, ne ■ persistent plus que les images auditives d une seule langue.
Faut-il rattacher à ces faits le suivant, cité par Frankel? On demande au patient : « Qu’est-ce
qu’une fourchette ? » Il répond qu’il ne comprend pas cequ’onlui demande; mais si on lui montre la fourchette en la nommant, il la reconnaît, semble aussi en reconnaître le nom et la nomme luimême. — Or ce fait me paraît plutôt rentrer, comme ceux que je disais tout à l’heure,, dans les cas où l’image visuelle vient suppléer l’image auditive; il ne témoigne pas nécessairement de la régénération d’une image auditive imparfaite.
Il est cependant des surdités verbales spéciales qu’il ne faut pas méconnaître : celles des notes, par exemple. Dans plusieurs observations, il est noté que la surdité musicale coexistait avec la surdité des mots (obs. de Cantalamessa, par exemple). Dans une observation de Wernic-ke, avec la surdité verbale est notée la conservation de la perception des sons musicaux. Bernard se demande s’il n’y a pas des malades dont la surdité verbale serait limitée à leurs propres paroles ? mais il est difficile de répondre sans réserves à cette question.
Wernicke a dit que la surdité verbale est, de toutes les aphasies, celle qui guérit le plus facile; ment (Bernard) ; peut-être est-ce une de celles qui se montrent le plus souvent sous la dépendance
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des états névrosiques, et, par conséquent, ont une marche plus mobile et plus irrégulière. En tout cas, c’est à l’altération nerveuse qui cause l’aphasie et non à la modalité de ce syndrome, qu’il faut recourir pour établir le pronostic.
Je tiens à rapporter ici un cas de surdité verbale pure, ou tout au moins le résumé de l’observation que le docteur Sérieux a donnée sous ce titre, dans la Revue de médecine (août 1895). Ce fait, publié tout récemment, s’il n’a pas été, pendant toute la durée de la maladie du sujet, un exemple de pure surdité verbale, l’a été cependant à une certaine période de son évolution, et c’est à ce titre qu’il mérite de figurer ici comme un type, rare sans doute, mais d’autant plus ■ précieux pour l’étude que nous poursuivons.
Observation IV.
Surdité verbale pure, d'abord partielle, puis complète. Absence de cécité verbale, d’aphasie motrice et d’agraphie. — Désirée B..., veuve R..., âgée de cinquante et un ans, entre à l’asile de Vaucluse le H mars 1891;... a exercé le métier
110 LE LANGAGE, LA PAROLE ET LES APHASIES, de piqueuse de bottines, puis de couturière ; n’est pas gauchère.
Dès 1887, la fille de B... a remarqué que celle-ci avait de la difficulté à comprendre les paroles, bien qu’elle perçût les bruits; elle faisait répéter les mots, sans arriver parfois à en saisir le sens. Ces troubles allèrent en s’aggravant, et, en 1890, B... paraissait entendre le bruit des paroles, écoutait, mais ne comprenait pas....
Dès son entrée. B... se lamente avec volubilité, ne répond pas aux questions qu’on lui pose, continuant toujours son récit; on peut s’assurer toutefois que la mémoire et l’intelligence de la malade sont assez bien conservées, pour permettre une appréciation exacte des troubles du langage.
La compréhension du langage parlé est sinon complètement abolie, du moins très gravement compromise. Si l’on ne pose à B... que des questions banales — (Bonjour. — Comment allezvous? — Tirez la langue) — réponses et actes sont parfois corrects. B... comprend, en effet, certains mots usuels et réussit alors à deviner la question d’après un seul mot. Mais si l’on pousse plus loin l’examen, on constate que B... ne comprend