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CHAPITRE IX

LES APHASIES PSYCHIQUES

(Lésion de 0).

Nous avons étudié successivement la parole réflexe et la parole psychique; puis les aphasies dues à une lésion des centres réflexes de coordination motrice et de collection sensorielle; il nous reste à étudier les aphasies dues à une altération des centres psychiques.

C’est, avons-nous dit déjà, l’élaboration des centres psychiques qui permet d attribuer au langage son caractère symbolique; c’est aussi cette élaboration qui permet de comprendre la parole, en tant que signe, et de la proférer avec la volonté de signifier quelque chose. Ceci implique un travail psychique de représentation, dans lequel l’analyse découvre plusieurs actes élémentaires, trahissant l’existence de plusieurs

i aptitudes distinctes : l’aptitude à se représenter le

' signe dont les éléments centripètes sont réunis

;■ dans les centres de collection sensorielle, et

l’aptitude à se représenter l’acte moteur dont I - les éléments cenlriluges sont réunis dans les

f centres de coordination motrice. C’est le rôle de

l’imagination.

, Or l’imagination serait purement actuelle, si ,

: ' elle était réduite à apprécier les collections senso-

j^.;, rielles et les coordinations motrices au moment

où elles s’effectuent, et si elle n’en gardait pas la trace quelque part, dans un des nombreux départements de l’écorce cérébrale. Pour comprendre la valeur du signe verbal, et pour imprimer au signe verbal la valeur qui lui appartient, il est indispensable que la mémoire conserve la trace de ces représentations sensorielles et motrices f ' que l’imagination crée pour ainsi dire, en pré-

sence de la sensation et du mouvement verbaux. l : Tel est, en effet, le substratum anatomique de la

mémoire verbale.

C’est le lieu de ces fonctions supérieures de it. l’aminalité qui est figuré en O dans mon schéma,

I et dans lequel on trouve trois centres mnémo-

t niques, c, x, d, qui sont les centres de la mé-

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moire verbale, auditive, visuelle et motrice, et aussi trois centres de l’imagination, cO, arO, dO, distincts en tant qu’ils répondent aux images verbales, auditives, visuelles et motrices, mars s’unissant en O en raison de l’unité du sujet.

La part que la mémoire prend à l’exercice de la parole et du langage en général a été reconnue, sinon exagérée, par tous les auteurs qui se sont récemment occupés de l’apbasie. Au risque de faire cette part trop large, comme nous le dirons plus loin, on a décrit comme des amnésies plusieurs des formes que nous venons de passer en revue. Il n’en est pas moins exact qu’il y a des amnésies verbales; les observations sont assez nombreuses dans lesquelles les malades ont perdu le souvenir de la valeur symbolique des signes, aussi bien pour les comprendre que pour exprimer ce qu’ils veulent dire. Chacun des trois modes auditif, visuel ou kinesthétique, de la perception et de l’expression, posséderait ainsi sa mémoire spéciale; ce qui en ferait six variétés . il y aurait la mémoire auditive verbale et la mémoire motrice verbale; la mémoire visuelle verbale et la mémoire graphique; la mémoire kinesthétique verbale et la mémoire mimique. Et

158 LE LANGAGE, LA PAROLE ET LES APHASIES, chacune de ces mémoires pourrait, à un moment donné, faire défaut isolément, ce qui constituerait autant de variétés d’amnésie, dont je n’ai pas besoin de reprendre le détail, et dont chacune correspondrait à un des six centres du schéma.

M. Ballet est un de ceux qui, à l’exemple de Charcot, ont donné le plus d’extension à cette manière de voir, dans l’interprétation des diverses aphasies. 11 a considéré comme des amnésies la plupart, sinon toutes les formes que je viens de décrire. C’est un abus, qui n’empêche qu’il y ait des exemples d’aphasie par perte de la mémoire.

Ce qui est évident, c’est que, dans la plupart des cas d’aphasie, le malade cesse de pouvoir se servir de ces centres législateurs de la parole. Nous avons vu par quel mécanisme se produit alors chaque variété d’aphasie; or l’étude analytique de ce mécanisme ne nous a révélé qu’une chose, c’est la défaillance d’un centre de coordination motrice, ou celle d’un centre de collection sensorielle. Mais rien ne nous permet d’avancer que cette défaillance soit une perte de mémoire, une amnésie partielle. Nous voyons des sujets qui cessent de pouvoir grouper en un signe

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verbal les sensations auditives, visuelles ou motrices qu’ils continuent de percevoir; nous en voyons d’autrés qui cessent de pouvoir grouper en coordination motrice une expression de leur pensée, tout en gardant la liberté de leurs mouvements; il y a donc là des phénomènes d’impuissance à collecter certaines sensations, ou à coordonner certains mouvements ; mais j avoue qu il m’est impossible d’aller plus loin, et, qu attribuer cette impuissance à une défaillance de la mémoire me paraît être absolument hypothétique. L’invention de mémoires spéciales à chacun de ces actes élémentaires me paraît multiplier les hypothèses sans nécessité et même sans profit pour la compréhension des faits. En un mot, je ne vois nul avantage à faire de toutes les aphasies des amnésies; et j’y vois un grand inconvénient, qui est de méconnaître ou de confondre avec toutes les autres une certaine catégorie de troubles de la parole, lesquels peuvent être légitimement rapportés à une défaillance de la mémoire proprement dite.

Une autre considération tendrait encore à le prouver : les troubles de soi-disant mémoires partielles s’observent souvent chez des sujets qui

140 LE LANGAGE, LA PAROLE ET LES APHASIES ne présentent aucune autre perturbation de la mémoire. Or, malgré l’indépendance que les localisations fonctionnelles permettent d’attribuer aux mémoires partielles, il n’en est pas moins vrai qu’on conçoit difficilement que la suppression de l’une d’entre elles ne réagissè pas sur les autres. i

Enfin, quand nous voyons la moelle perdre, dans un de ses segments, les aptitudes des réflexes qui lui appartiennent, disons-nous qu’il y a une amnésie des centres médullaires correspondants? Non. Et cependant ce ne sérail pas moins justifié d’appeler une amnésie ce Irouble médpllaire, que de faire une amnésie de l’aphasie sensorielle ou motrice.

Les centres sensoriels et moteurs ont leurs fonctions propres, que je crois avoir nettement déterminées; il faut chercher ailleurs, ou à côté, les centres psychiques de la mémoire et de l’imaginalion.

La difficulté vient de ce que le siège anatomique des aphasies par amnésie véritable n’a pas été, que je sache, déterminé par l’observation anatomo-pathologique..J’ai cependant cru pouvoir l'indiquer dans mon schéma : le centre de la

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mémoire audilive verbale est représenté en c; celui de la mémoire visuelle verbale en d-, celui de la mémoire kinesthétique verbale est en æ. La lésion de ces centres doit déterminer l’amnesie qui correspond à sa fonction, et, par suite, l’apbasie amnésique, visuelle auditive ou kinesthétique, ou, si l’on veut, Vasémie.

Je ne me dissimule pas ce qu’il y a d’hypothétique à classer ainsi les diverses formes de 1 aphasie; du moins doit-on me rendre cette justice, que mon interprétation ne fait intervenir l’hypothèse qu’avec une réserve plus sévère, qu’elle la relègue dans un domaine plus restreint, si je puis ainsi dire, ne la produisant que pour combler les lacunes d’un ensemble dont les faits principaux sont irréfutablement démontrés.

Si les données anatomiques nous font ici défaut, si la physiologie elle-même perd un peu pied sur ce terrain, la clinique cependant nous permet d’avancer encore; elle nous autorise, en effet, à séparer nettement deux sortes de souvenir, ou plutôt de fonctions psychiques souvent confondues, autrement dit, de séparer le souvenir de l’imagination, en matière de langage.

M. Blocq, dans un récent mémoire, s’est efforcé

aussi très justement de séparer la mémoire motrice des mots du centre de coordination motrice; et il en donne, comme preuve, les cas dans lesquels le centre moteur continue à fonctionner d’une façon réflexe, alors qu’il est devenu incapable de répondre à ses autres excitants ordinaires, l’audition et la lecture.

Tous ces faits d’une délicate observation trouvent dans mon schéma une très simple interprétation. Ils se confirment donc mutuellement.

Wilbrand, dans une observation récente, sépare aussi le centre de mémoire optique du centre de perception optique.

Nous pouvons encore, à l’appui de notre thèse, citer lés faits suivants : Le docteur Sigaud a publié, dans le Progrès médical (1887), une note sur un cas d’amnésie verbale visuelle, compliquée de ptosis et de nystagmus, mais dans lequel on n’observait ni surdité verbale, ni cécité verbale, ni aphasie motrice, ni agraphie. Ce cas n’est-il pas, à lui seul, une démonstration de ce que je viens de dire, sur la nécessité de séparer l’amnésie verbale des aphasies sensorielles ou motrices’ Gonzalès etVerga,Lœwenfeld, concluent dans le même sens (1889).

LES APHASIES PSYCHIQUES.

Un petit mémoire du docteur Goix, ayant pour titre : De la distinclion de l’amnésie verbale et de l’aphasie sensorielle'^, en fournit la preuve. L’auteur y rapporte le cas, aussi curieux que finement observé, d’une malade chez laquelle il put établir nettement cette distinclion.

Observation A’I

(Extrait du Journal des sciences médicales de Lille).

Accès d’amnésie verbale {aphasie psychique) chez une hystérique. — Jeune fille de vingt-quatre ans, intelligente, sachant bien lire, écrire, parler le français. Elle présente des accidents nerveux sous forme d’accès de durée variable et à retours irréguliers, pendant lesquels elle devient tout à coup absolument incapable de comprendre ce qui est écrit ou imprimé. Cependant elle continue à pouvoir lire correctement à haute voix; c est-àdire qu’elle peut traduire l’écriture en paroles, mais elle ne sait plus quels objets ou quelles choses désignent les mots qu’elle a lus. On lui montre du doigt certain passage d’un journal;

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