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CHAPITRE IV

L’ordre psychique est supérieur à l’ordre réflexe. L’ordre réflexe comprend toutes les manifestations de l’activité nerveuse qui ne mettent en jeu qu’un trajet centripète, une cellule centrale et un trajet centrifuge; plusieurs cellules centrales peuvent répondre à l’excitation centripète, sans que l’acte cesse d’être réflexe. Mais il est dit psychique, quand les cellules de centres nerveux supérieurs, notamment quand les cellules de l’écorce cérébrale sont mises en jeu indirectement par l’excitation portée sur d’autres points, et, prennent part à la mise en activité des éléments nerveux directement excités à la périphérie.

La parole psychique, c’est la parole comprise en tant que signe, en tant que symbole, et proférée avec la volonté de signifier quelque chose. Ce n’est plus un acte automatique, ignoré de la con-

52 LE LANGAGE, LA PAROLE ET LES APHASIES, science, ou, du moins, un acte auquel elle ne participe pas; au contraire, quels que soient les éléments psychiques dont elle suppose l’intervention, tels que : attention, jugement, etc., c’est un acte personnel qui implique la volonté d’exprimer quelque chose qui soit compris.

Le centre de cette élaboration psychique est figuré en 0 dans mon schéma, par un cercle qui comprend des centres de mémoires distinctes, pour les sensations auditives, visuelles et motrices, et aussi des centres d’imagination. La pathologie a amplement démontré quelle est l’importance de ces centres mnémoniques pour l’exercice de la parole psychique. La mémoire a, dans ces cas, le double rôle de conserver le souvenir des collections sensorielles spéciales de vision, d’audition, de kinesthésie, nécessaires à la perception des symboles, et aussi le souvenir des coordinations motrices que commande l’expression par le geste, par la parole ou par l’écriture. Nous aurons à y j-evenir, pour en préciser le mécanisme. Le docteur Bitot a fait, dans les Archives de neurologie (1885), une étude spéciale du siège et de la direction des irradiations capsulaires chargées de transmettre la parohî à travers les foyers cérébraux.

Ceci posé, l’étude du schéma nous donne les résultats suivants :

aA-0 représente le trajet de la parole comprise, allant de l’oreille au centre auditif verbal et de ce centre auditif verbal au centre psychique.

OAM est le trajet de la parole intelligente spontanée. Une idée venue de n’importe quelle source, le sujet veut l’exprimer; il la détermine dans son centre psychique, la formule dans son centre des collections auditives verbales, et la produit au dehors par le centre des coordinations motrices verbales.

aAOAM représente le trajet de la parole entendue, comprise et suivie de réponse orale, trajet allant de l’oreille au centre des collections auditives verbales, de là au centre psychique et de là se rendant au centre des coordinations motrices verbales, soit qu’il repasse, soit qu’il ne repasse pas par le centre A. — C’est pour marquer cette indécision qu’un trajet pointillé, allant du centre O au centre M, a été ajouté au trajet OAM.

aAOAG représente la parole entendue, comprise, et suivie de réponse mimée : c’est l’opération qu’exécutent les muets qui ne sont pas sourds.

aAOAE, c’est le ti’ajet qui correspond à la parole entendue, comprise et traduite par l’écriture ; c’est l'opération de la dictée comprise.

■ Les mêmes actes s’exécutent avec les deux autres classes de centres :

vVO, c’est la lecture comprise; la sensation visuelle graphique transformée en collection visuelle verbale et transmise au centre psychique.

OVE est le trajet de l’écriture consciente et spontanée, quelle que soit la source où le sensorium ait pris le sujet de son écriture, souvenir ou imagination, ou sensations périphériques.

vVOYE, c’est l’écriture transmise par la vue au centre des collections visuelles verbales, et de là au centre psychique, pour être reproduite par l’écriture : c’est la copie comprise.

vYOYM, c’est l’écriture lue des yeux, perçue par le centre des collections visuelles verbales, puis par le sensorium, pour être traduite par la parole articulée. La lecture d’un texte, si simple qu’elle paraisse, n’entraîne rien moins que celte série d’opérations successives.

Enfin vYOYG est la lecture d’un texte reproduite par la mimique consciente.

Le centre K, celui des collections sensorielles

kinesthétiques verbales, autrement dit des sensations de mouvement verbal, doit être le lieu de semblables élaborations :

IKO représente la mimique perçue à la périphérie transmise au centre des collections kinestbétiques verbales, et de là au sensorium qui la comprend.

OKG, c’est la mimique consciente exprimant au dehors une formule qu’elle a puisée dans son ccffitre psychique, de quelque lieu qu’elle vienne d’ailleurs, mémoire, imagination, etc.

tKOKCr est la formule du langage des gestes, perçus à la périphérie, réqnis en collection sensorielle verbale, transmis de là au centre psychique et de nouveau reproduits en mimique.

tKOKM, c’est le langage .mimique perçu et compris et traduit par la parole.

tKOKE représente le langage mimique perçu et compris et traduit par l’écriture.

Comme on le voit, ces divers modes d’expression comportent tous trois une série d’opérations qui se répètent et se correspondent, qui peuvent aussi s’emprunter divers éléments ; mais chaque opération comprend une chaîne continue dont le premier terme est un signe, le second la transforma-

tion de ce signe en sensation verbale; puis, avec ou sans appréciation psychique de la sensation, une détermination motrice du côté des appareils d’expression.

De même qu’il y a trois classes de centres de collection sensorielle, il y a trois centres de coordination motrice qui leur correspondent.

Toutefois, il est plus que probable que ce ne sont pas là les seuls centres qui soient susceptibles de se former dans l’écorce cérébrale, par l’exercice du langage. Il est même certain que, dans beaucoup de sujets, il se crée des centres secondaires pour d'autres modes d’expression ou de perception verbale. Le chant, par exemple, paraît avoir ses centres distincts chez le chanteur; le dessin chez le dessinateur, et ainsi de suite. Ce qui paraît le prouver, c’est qu’il y a des gens qui, ayant perdu la parole, ont conservé cependant la faculté de chanter ce qu’ils ne peuvent dire. Tout le monde a entendu des bègues chanter et cesser de bégayer en chantant. Knoblauch, tout récemment encore, étudiait, au moyen du schéma e Lichtheim, le cas de sujets qui, ayant perdu la parole, conservaient cependant la faculté de prononcer les paroles en chantant.

La cullure des arts,' l’étude des sciences spéciales, développent dans l’écorce du cerveau des centres fonctionnels, qui s’adaptent pour la perception et pour l’expression, et donnent à ceux qui les cultivent une puissance tout exceptionnelle dans ces deux modes de l’activité nerveuse, et qui peuvent aussi disparaître isolément, chez certains sujets, à la suite de perturbations, comme celles dont l’aphasie est le type principal. On a décrit, sous le nom (Tamusie, la perle de toute aptitude musicale, laquelle peut se rencontrer chez des artistes qui l’avaient puissamment développée. Knoblauch et II. Oppenheim et, chez nous, le docteur Blocq ont particulièrement étudié, dans ces derniers temps, les troubles des facultés musicales consécutifs aux lésions cérébrales.

En résumé, l’exercice du langage psychique, qu’il soit mimique, graphique ou parlé, comporte les actes suivants :

1 0AM. Traduction de l’idée par la parole articulée;

aAO. Parole entendue et comprise;

aAOAM. Parole entendue, comprise, et réponse parlée ; aAOAE. Id. id. id. écrite;

aAOAG. Id. id. id. mimée.

i OVE. Traduction de l’idée par l'écriture; vVO. Écriture lue et comprise ; vYOYE. Écriture lue, comprise, et réponse écrite ; vYOYM. Id. id. id. parlée;

yYOYG, Id. id. id. mimée.

I OKG. Traduction de l’idée par la mimique ; l tKG. Mimique perçue et comprise;

< IKOKG. Mimique compi’ise et réponse mimée ;

I tKOKM. Id. id. parlée;

\ tKOKE. Id. id. écrite.

Telles sont les données les plus simples en lesquelles peut se résumer l’exercice du langage psychique.

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