CHAPITRE VII
LES APHASIES MOTRICES
Sous ce titre d’aphasies motrices nous rangeons, non seulement celle qu’on peut appeler l’aphasie motrice proprement dite, la forme la plus anciennement et la mieux connue de toutes les variétés d’aphasie, l’impossibilité de traduire le langage en parole articulée, mais encore l’agraphie, oii impossibilité de traduire le langage par l’écriture, et aussi l’amimie, ou impossibilité de traduire le langage par la physionomie et par les gestes.
11 me paraît impossible tout à la fois de ne pas rapprocher de l’aphasie motrice les autres types d’altération motrice, qu’ils portent sur le langage écrit ou sur le langage mimique. D’autre part, l’importance du langage articulé dans 1 exercice de la parole, donne incontestablement le premier rang à cette perturbation du langage et ne permet pas de la confondre avec celles qui suivent.
Les aphasies motrices sont provoquées par une altération des centres de coordination motrice verbale (centres rouges du schéma).
I. Aphémie od aphasie motrice proprement dite. — Lésion de M. — L’expression d’aphasie motrice a été adoptée par Charcot, et consacrée couramment depuis lors, à la perte de la seule parole articulée : c’est la variété à laquelle Broca proposait de réserver le nom à"aphémie, que j’adopte pour elle; la logoplégie, de M. Magnan; Vaphasie ataxique, de Kussmaul. Pour éviter toute confusion, Charcot la spécifiait en ajoutant à son nom la qualification suivante : type Bouillaud-Broca. Nous préférons, on le comprend, d’après le plan de cette étude, conserver à cette variété, de beaucoup la plus fréquente, le nom d'aphasie proprement dite, et, s’il fallait la caractériser davantage, nous l’appellerions volontiers l’aphasie aphémique.
Le siège anatomique des lésions capables de provoquer l’aphasie aphémique, ou aphasie motrice proprement dite, est aujourd’hui bien connu; c’est celui qui a été découvert le premier, parmi tous ceux qui sont susceptibles de déterminer de l’aphasie : il occupe le pied de la
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troisième circonvolution frontale, au niveau et au-dessus de la scissure de Sylvius (voy. fig. x, M). C’est la lésion que Gall avait vaguement indiquée en plaçant l’organe de la parole dans les lobes frontaux, que précisèrent ensuite Bouillaud et Dax, et que Broca a nettement attribuée à la troisième circonvolution frontale gauche. Je ne relèverai pas les nombreuses discussions qui ont eu lieu à ce sujet et les faits plus ou moins exceptionnels qu’on a invoqués contre cette loi; on les trouvera résumés dans la thèse de Bernard. M. Brissaud a trouvé que cette localisation pouvait être reportée soit en arrière du sillon prérolandique, soit dans le cap. Il semble d’ailleurs que ces lésions varient de siège, plus dans leur partie superficielle que dans leur profondeur.
Pour ce qui est de notre schéma, l’aphémie s’explique nettement si l’on suppose une lésion du centre M, le centre des coordinations motrices de l’articulation verbale.
Supposons, en effet, ce centre M aboli ou assez altéré pour cesser ses fonctions; il est facile de se rendre compte, en lisant le schéma, des fonctions qui se trouvent abolies par cela même, et de celles
qui sont encore possibles, dans l’exécution des divers modes du langage.
Fonctions abolies :
OAM. Traduction de l’idée par la parole (ordre psych.) ; « l aAM. Parole entendue et parlée ;
S < vVM. Écriture lue et parlée ;
« ( tKM. Mimique perçue et parlée.
( aAOAM. Parole entendue, comprise et parlée; vVOVM. Écriture lue, id.
tKOKM. Mimique perçue, id.
Toutes les fonctions qui impliquent pour être effectuées la participation du centre M sont ainsi abolies, selon le degré de la lésion dont le centre a été frappé. Les autres sont conservées.
Fonctions conservées :
Traduction de l'idée sonore par le geste;
Id. id. par l’écriture ;
Id. motrice par la mimique ;
Id. id. par le graphique ;
Id. visuelle par l’écriture;
Id. id. par la mimique.
Parole entendue et comprise ;
Écriture lue et comprise ;
Mimique comprise.