Essai de Sémantique, Paris, Hachette
Sois
mentale ce que je m'étais efforcé de démontrer à grand renfort d'arguments et d'analyses logiques! : que le langage est l’œuvre spontanée d’un sujet absolument inconscient des procédés qu’il emploie à cet effet. |
Pour le psychologue, par répercussion : si l’homme -n’invente rien, s’il ne fait que se souvenir, le langage de Mie Smith doit être un composé analysable de ses divers souvenirs auditifs ou livresques, chacun d’eux relié au sens qu’elle leur attribue par le fil plus où moins ténu, plus ou moins embrouillé, plus ou moins perceptible, d'une association d'idées, tantôt directe, tantôt contournée et bizarre, telle qu’on en observe chez tous les hommes et sur soi-même dans la rêverié et le rêve. IL serait possible, en effet, de concevoir qu’un homme s’ingéniât à composer de la manière là plus arbitraire un langage artificiel, qu’il appelât, par exemple, mèche «une table » et sûr «un encrier », par l’unique raison qu’il n’y a aucune raison de les nomme® ainsi; mais, outre qu’alors il aurait bien de la peine à se souvenir de son vocabulaire, à retrouver dans sa mémoire les mots qu'aucun lien ne rattacherait à leur sens conventionnel, le seul travail de création d’une telle langue exigerait de sa part un effort extraordinai rement violent et pénible; car, à chaque idée qu'il voudrait exprimer, une association quelconque d'idées, soit avec le nom même de l’objet à nommer dans telle ou telle langue de lui connue, soit avec celui d'objets similaires ou voisins, soit avec la forme, les qualités accessoires ou l'emploi de cet objet, etc., etc., offrirait