‹ Le langage martien; étude analytique de la genèse d'une langue dans un cas de glossolalie somnambuliqueChapitre 20 sur 58 · LES MATÉRIAUX · texte numérisé non relu

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(5) I. Le français. — Nous savons par M. Flournoy, nous constatons aisément par nous-mêmes que le roman martien est le produit d’une imagination tout enfantine. Admettons, pour tixer les idées, que l’auteur de ces puérils récits et du langage qui les accompagne soit un subconscient de MI!® Smith arrêté dans son développement mental à l'âge de douze ans. A cet àge, Mie Smith savait parfaitement le français et ne savait œuère que cette langue : aussi est-ce le français, — on s’en assurera au premier coup d'œil, — qui lui a fourui, avec sa syntaxe tout entière et la plupart des éléments de son indigente grammaire, la grande majorité des mots de son vocabulaire : bien entendu, non point tels quels ; altérés dans leur forme et détournés dans leur sens, en cent façons capricieuses, par ce moi subliminal que domine et remplit à ce moment l'unique pensée de ne point parler français ni aucun autre langage de lui

connu; mais reconnaissables pourtant, parce que, ce:

moi étant humain après tout, ces déformations s’effectuent fatalement suivant les règles d'une certaine logique humaine, et qu'il est dès lors possible à notre esprit de relever les voies par lesquelles le sien a passé; voir le chapitre IV, n° 39-148. C'est donc sur le français avant tout que devront porter nos investigations, et nous ne recourrons à d'autres langues que lorsque,

interrogé à fond et parcouru dans toute son étendue, il «

nous aura obstinément refusé une solution.

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PART NL

(6) II. L'allemand.— M1! Smith sait peu l'allemand, et au surplus sa personnalité consciente n'a point du tout le goût des langues. Toutefois elle a appris l’allemand pendant trois ans : trois ans, c’est beaucoup dans une vie de trente, et, si peu d’ardeur qu’elle ait mis à cette étude, il est impossible qu'il ne lui en soit rien resté. Manquant de sens linguistique, elle ne s’en est. pas assimilé le moins du monde le mécanisme grammatical; mais, douée d’une excellente mémoire, elle en à retenu des mots, dont elle a pu enrichir son lexique martien.

Malheureusement, l’on ne nous dit pas à quel âge elle à pris ces leçons d'allemand. Il n’est pas probable que ce soit avant l’âge de douze ans ; toutefois elle a pu les commencer vers cette époque, ce qui expliquerait encore mieux l’imperfection de ses connaissances. Mais mettons les choses au pis; supposons que Mi Smith n'ait pas su un mot d'allemand avant l’âge de seize ans : s’ensuit-il nécessairement que son subconscient de douze ans (n° 5), qui compose le roman martien et par hypothèse ne sait pas l'allemand, soit absolument au dépourvu de toute ressource à puiser dans cette langue? Je ne le crois pas.

Je n'ai garde de m'immiscer dans une quêstion dont la solution n'appartient qu'aux psychologues. Mais enfin, a priori, le moi qui crée le martien et 13 moi qui sait l'allemand ont beau être de date différ 'nte : au moment actuel, qui est en définitive celui del apparition du martien, ils se trouvent réunis en une même personne, et n’y sont point séparés, selon toute vrai-

mit

semblance, par une cloison étanche; on conçoit tout au moins la possibilité entre eux d’une communication osmotique, discrète, difficile peut-être, mais enfin

réalisable dans certaines conditions ; et cette conside-

ration suffit à légitimer en principe quelques battues à travers le vocabulaire allemand, à la recherche de telles origines martiennes dont le français persisterait à ne pas rendre compte. |

Que dire après cela, si a posteriori cette recherche

se révèle fructueuse? Or, il est certain qu’on relève

entre les deux vocabulaires trop de coïncidences pour les attribuer au pur hasard : sans parler de modé « mère » et gudé « bons », qui peuvent aussi bien être anglais qu’allemands, mais sont sûrement l’un ou l’autre, des mots tels que imd& « ciel »,, haudan « maisons », ce « beau », sont témoins à triompher de tous les scepticismes; et d’autres, pour être moins transparents, ne sont guère moins probants; voir tout le chapitre V, n° 149-172. L'allemand a sûrement fourni quelques fils de trame au tissu étrange dont le français forme la chaire.

(7) HI. Le magyar. — M. Smith père était Hongrois «

d'origine. Il s’est expatrié de bonne heure, et sa fille na Jamais eu occasion de connaitre sa patrie, ni à plus

forte raison d’en parler la langue. En fait, elle estime «

n'en pas savoir le premier mot, et nous ne demandons pas mieux que de l'en croire sur parole, en tant du moins qu'il n’est question que de son moi conscient. Mais ce que nul ne croira, c'est qu'il ne soit jamais arrivé à M. Smith de se rappeler devant son enfant la

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langue de sa propre enfance, de lui adresser en magyar

un mot de tendresse ou une exclamation d'appel, de

lui nommer en magyar un objet familier, la feuille

u'ils cueillent, l’oiseau qui s’envole à leur approche 4 $)

l'écriture qu’elle trace sous ses yeux ! Je suis Alsacien,

et jusqu’en 1870 j'ai entendu parler, parlé à l’occasion

le patois de Colmar; d'autre part, mes filles n'ont

Jamais vu l'Alsace et ne connaissent en fait d'allemand que celui qu'on enseigne dans nos lycées. Cependant

il m'arrive souvent de prononcer devant elles, même

de leur adresser un mot, une phrase colmarienne, à

laquelle je sais d'avance qu’elles ne comprendront rien : alors, habituellement, je la leur traduis en fran-

çais, ou Je la décalque en allemand classique, en leur

faisant observer les concordances phonétiques. Comme au surplus ce sont là des curtosa isolés, il est bien clair qu'autant en emporte le vent: si l’on demandait à l'une d'elles comment se dit en colmarien tel mot que je lui ai appris une fois, elle répondrait de fort bonne foi qu’elle n’en sait rien, et elle aurait raison;

mais peut-être, si elle était hynoptisable et qu'on la

Soumif à l'expérience, le mot inconnu d’elle émerge-

rait-il de ses profondeurs subliminales.

Il n’est pas douteux que tel soit le cas de Mi Smith : lempreinte est inconsciente, mais en général très

mette et d’une remarquable pureté ; car les mots

Magyars sont sensiblement moins déformés en martien,

‘que les mots allemands, moins bien connus de Me Smith, et les mots français, qu’elle s'applique na- | ASSOU à déguiser, tandis que le magyar ne lui

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parait pas requérir cette précaution. Il suflira de citer ici {mi « voici», nämt (beaucoup », ousti (bateau », et de renvoyer le lecteur au chapitre VI, n°5 173-230, . en lui faisant observer que les mots qu’il y rencontrera sont précisément, ou des interjections, ou des noms d'objets concrets, familiers, usuels, ou- des expressions de tendresse enfantine, tous cas rentrant dans la définition donnée plus haut de ce qu’elle pouvait avoir entendu de magyar à l’àzc de douze ans. À

Remarquons enfin que, par cette raison même, l'objection de principe que nous avons dû résoudre quant à l’allemand ne se pose point quant au magyar : c'est bien vers l’âge de douze ans que M'° Smith a possédé tout ce que son subconscient à pu glaner et accumuler en fait de magyar, et 1l n'est même pas pro: bable qu’elle y ait rien ajouté depuis lors. "2

(8) IV. Le sanscrit. -— Cette objection, si nous n'avions désormais le droit de n’en plus tenir compte, s’élèverait au contraire avec une nouvelle force contre l'intervention du sanscrit dans l'élaboration du mar tien. Sans doute, nous ignorons, nous ignorerons tous jours à quel âge Me Smith a feuilleté par hasard le ou les livres inconnus où elle a puisé les éléments d’un roman pseudo-oriental, une donnée chronologique sur l’histoire de l'Inde, quelques mots sanscrits et une notion fort confuse de l'alphabet dêvanägari; mais, comme le roman de Sivrouka et Simandini est une histoire amoureuse et fort passionnée, le subconscient, qui la compose ou la répète, en tout cas la mime mer veilleusement, ne peut être qu’un moi adulte. On verra

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pourtant qu'il voisine, mais très peu et comme à la dérobée, avec le moi enfantin qui se promène à travers les paysages de Mars.

. Ce qui importe pour l'instant, c’est de préciser, s’il se peut, ce que Mie Smith sait au juste de sanserit : Je ne veux point dire, de discuter et expliquer en détail son vocabulaire, ce n’est pas la tâche que je me suis assignée, et cet opuscule prendrait des proportions indécentes si Je ne me bornais au martien; mais tout uniment de délimiter l'influence occulte que le rêve hindou a pu exercer sur l’évolution du rêve interplanétaire.

Il est entendu que Mie Smith ne sait pas le sansrit : des 40 mots sanscritoides recueillis de sa bouche, 15 à peine donnent un sens à l’analyse. On pourra en accroître le nombre : expliquer le nom propre Simandini par sk. simantint « jeune femme sur qui l’on à accompli la cérémonie du simantalarma, tracé la raie du sommet de la tête, épouse enceinte »; chercher dans atiéyà le simple mot adhyäya «chapitre », légèrement altéré parce que l'effort de prononcer l’A a changé le d en é et que l’a a été prononcé comme dans le fr. # paya (on remarquera que ce mot figure en tête de bien des divisions d'ouvrages hindous, et souvent associé à Pinvocation à Ganêça ou Ganapati, FI. p. 293, par laquelle ils débutent); couper en deux le bizarre {vandastroum, et y reconnaitre sk. doandua « couple », terme grammatical qui figure en bonne place dans quantité d'ouvrages, etc. Peut-être arriverait-on par là à savoir quelque jour où M} Smith a pris son sanscrit,

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