S 1°. — PHONÉTIQUE
(11) Il est presque superflu de faire observer que la phonétique est une des parties les moins intéressantes de l'organisme martien. Sauf la statistique des voyelles, déjà dressée par M. Flournoy (p. 225), et celle des consonnes, qui ne nous apprendrait sans doute rien de nouveau en dehors de la rareté de l’fconstatée au n°8, il est presque impossible d’en extraire aucune donnée positive. De lois phonétiques, en effet, il ne saurait être question 1c1: les lois phonétiques supposent un langage vivant, évoluant pendant des années et des siècles dans la bouche des hommes groupés en communauté, les enfants s’efforçcant de reproduire l’habitus buccal de leurs parents, n'y parvenant que de façon imparfaite, et imposant ainsi à la parole apprise des : altérations insensibles dont la somme finit par constituer la variation phonétique. Mais M'e Smith est « Genevoise, elle est notre contemporaine: qu’elle parle français, allemand, hongrois ou-martien, son habitus buccal est toujours celui de Me Smith: si donc, elle « change, par exemple, un d en f, un fen b, ce n’est pas « qu'elle y soit contrainte par aucune nécessité anatomique ou physiologique; c’est par un effort de sa volonté, — ce mot entendu comme il doit l’être pour exclure toute idée de simulation consciente, — et qui
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dit volonté dit nécessairement, au moins dans l’état présent de nos connaissances psychologiques, arbitraire et caprice. On a déjà comparé son martien à un jargon enfantin ou à un argot professionnel. La seconde comparaison est la plus juste : l'enfant qui jargonne ne songe qu'à déformer les mots au hasard, car il ne s’inquiète pas d'être compris n1 même de se comprendre, il ne répétera jamais ce qu'il a dit une fois; dans l’argot, 1} faut que les déformations soient reconnaissables à une oreille initiée, et qu'un même mot, dès lors, n affecte pas trop de formes différentes ; mais, de part et d'autre, les altérations sont arbitraires, et ce serait perdre son temps que de chercher, par exemple, des concordances phonétiques fixes de l’argot français au français. Tout au plus sera-t-il permis d’y signaler des tendances confuses, souvent traversées etentravées par des tendances inverses, et c’est aussi dans cette mesure discrète qu’on soumettra à un examen phoné-
tique le martien de M'° Smith.
(42) I. Les voyelles. — 1° La substitution vocalique est le moyen évidemment le plus aisé qui s'offre à l'esprit pour déguiser un mot quelconque : aussi estelle à peu près indéfinie en martien, comme dans tout jargon enfantin. Toutefois élle obéit en général à un principe fort bien mis en relief par M. Flournoy, celui de la transposition du grave à l’aigu : ainsi lo passe volontiers à l’a, l’a à l’e, l'e à l’£, et l’u, en tant que son mixte, reste de préférence intact. On s’en
assurera par l’examen du vocabulaire. Peut-être même
les cas où se produit la mutation inverse (mt. 24mt
Rte à tira
pour mg. némt, n° 198) doivent-ils s'expliquer par des influences étrangères à la phonétique: mais ce serait outrer les choses et lasser la patience du lecteur, que de se livrer à l’investigation de pareilles minuties.
8° Le caractère fuyant du vocalisme martien est d’ailleurs pleinement démontré par les hésitations du sujet même qui le crée : ses finales sont parfois incertaines ; on relève farviné et tarvint «langage » (FI. 12. et 15), povint et pouiné « arriver » (F1. 11 et 27): Rien de plus concevable; encore une fois, c’est le,