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contraire qui serait surprenant. Mais on ne saurait.
attendre du martien un traitement tant soit peu constant des vocalismes étrangers, alors qu’il fait si bon marché de son propre vocalisme.
3° Les diphtongues étrangères au français se réduisent
a des voyelles simples : al. einige devient -énézé,«
n° 168 ; al. Aaus donne haudan, qui se prononce à la
française, n° 156. C’est la conséquence naturelle de ce que le martien est un idiome partiellement étranger, .
mais toujours articulé par un organe français. 4° Par la même raison, une voyelle suivie de nasale
—- consonne se nasalise :’al. handeln donne mt. andé-«
lir, qui se prononce avec à nasal et sans consonne ».
9° La possibilité de l'insertion d’une voyelle épenthé-
tique dans un groupe de consonnes ou, inversement,
de la chute d’une voyelle entre consonne et liquide, est mise en lumière par le rapport étymologique, au moins très probable, des deux mots bérimir et primi,
n° 53 et 285. C’est d’ailleurs, dans toutes les langues
du monde, un phénomène phonétique élémentaire et
tn à Sondes ren Miss
bininec fsb
El
ADS des plus communs. Voir encore çà et là les mots crizt, piri, kirimé, pocrimé, kramä, etc.
(43) IT. Les consonnes. — 1° L'échange de sourde et sonore (Æ > q, t > d,p > b, ou réciproquement) est, de tous les procédés de déguisement consonnantique, le plus naturel et praticable : aussi verra-t-on que M'° Smith en use très largement.
8° L’échange entre liquides, entre nasales, et d’explosive à spirante de même ordre(r>{,m>n,b>u, ou réciproquement), est aussi extrèmement aisé : M'° Smith connaît le procédé, mais n’en abuse pas.
3° our la mutation conjecturale f > b, voir le n° 8.
4 En ce qui concerne les sifflantes, il y a lieu d’admettre, outre l'échange de sourde à sonore, — s > #, 3 >s, d'autant plus courant chez M'e Smith qu’elle prononce à la française, c’est-à-dire comme un 2, l’s martien entre deux voyelles, — l’échange de chuintante et sifflante, en d’autres termes le zézaiement qui change $ (— sch al.) en s, ou le phénomène inverse. Les mots martiens qui commencent par + semblent presque tous des produits variés de ces diverses mutations capricieusement croisées et combinées entre elles :
“nos 146-147, 226-227.
9° En dehors de ces quatre variations, qui relèvent d’une phonétique parfaitement normale et dont on trouverait des exemples dans nombre de langues réel-
lement existantes, le martien semble parfois en accuser
une autre, tout à fait argotique celle-là, qui consiste
- à remplacer arbitrairement une consonne par celle qui
la précède où la suit immédiatement dans l’ordre
Von
alphabétique : ainsi, { pour m, dans lé, n° 32, 1°; d pour c, dans dodé, n° 33, 2°, etc. On ne perdra pas de temps à insister sur le caractère à la fois artificiel et ingénu d’un procédé que désavouerait aujourd’hui le plus vulgaire des cryptogrammes.
(14) III. La métathèse. — Le phénomène dit de!
métathèse, surtout consonnantique, se constate, non sans fréquence, dans tous les idiomes Jusqu'à présent étudiés. Dans notre parler de tous les jours, c’est à lui que remontent la plupart de nos lapsus vocaux, de lui
que relèvent cent facéèties qui courent les rues : sesquen
pour sexe, et similaires. En tant qu'opération réflechie, faire l’anagramme d’un mot a toujours passé pour
une façon agréable de le déguiser pour le laisser de-
viner, et nos journaux illustrés publient encore en der-
nière page toute sorte de problèmes en ce genre. On doit donc a priori supposer qu’un procédé aussi cou-
rant est familier à M'e Smith. Pour s'assurer que son
moi subconscient le pratique en eïïet, 1l suffit de cons-
tater qu’il opère des changements métathétiques jusque dans son propre martien : il a commencé par dire Æiné
«petit », FT. 3, 8 novembre 1896; plus d’un an après (28 novembre 1897, F1. 20), il n’a pas oublié son mot, que pourtant il n’a Jamais prononcé dans l'intervalle;
mais il en à fait l’anagramme, et il dit ztké. Je n’ajouterai rien à un fait qui parle de lui-même; mais on
verra que la métathèse est, comme on doit s’y attendre, une des clefs les plus satisfaisantes et les plus sûres du
problème martien; et l’on se reportera dès à présent, «
SET nur SR DT SE UE
si on le veut bien, aux articles chu'é, dimé, lensée (chapitre IV), mantr (chapitre VI), etc., etc.
(15) IV. Aphérèse, syncope, apocope. — C'est aussi un procédé de démarquage très usité que de retrancher à un mot la tête ou la queue ou le milieu, et l’on doit supposer que Mie Smith a parfois eu sous les yeux un logogriphe, peut-être même s’est amusée à en déchiffrer. Au surplus, dans la rapidité de la prononciation, certaines syllabes faiblement accentuées tombent d’ellesmêmes, sans que la volonté y intervienne. Que l'on compare maintenant : mt. chand-éné « délicieux », au fr. en-chant-eur, n° 60; mt. Æéné « petit », au mg. … kicsiny,n° 191; mt. mervé « superbes », au fr. merveilleux, n° 101. Il n’en faut pas davantage, j'imagine, pour établir que l’aphérèse, la syncope intérieure et l’apocope font partie du bagage phonétique de la créatrice du martien, et pour légitimer l'introduction de ces procédés si simples dans la recherche de certaines étymologies moins transparentes.
(16) V. Allitération et assonance. — Toutes les langues primitives et tous les Jargons enfantins usent larcement de l’allitération et de l’assonance : survivance du temps lointain où la parole et le chant ne faisaient qu'un, satisfaction vague d’un instinct esthétique qui est la marque d'outil imprimée par l’homme à toutes ses productions, moyen mnémonique aussi efficace qu'aisé, tout concourt à faire de la répétition des sons initiaux ou finaux la base de la mélopée accompagnatrice du langage humain. À plus forte raison, s'il
Ro res
s’agit de l’œuvre d’un subconscient qui volontiers rimaille, ne füt-ce qu’en vers de mirliton, et à quiil arrive de parler même en prose rimée, sans s’en apercevoir qu'après coup (F1. p. 53-54). Les exemples que J'ai relevés de ces phénomènes me paraissent sûrs, et je crois même qu'il ne serait pas malaisé de les multiplier.sans invraisemblance. 1
Allitération vocalique : durant un an et demi de notations martiennes, on n’a pas recueilli un seul mot commençant par w; tout à coup, le 28 novembre 1897, un 4 initial fait son apparition, et voici, Coup sur coup, en une seule ligne, trois mots commençant par 4, F1. 20; on les retrouvera en temps et lieu. Allitération consonnantique : on relève des successions de mots telles que mélé modé FI. 4, povint poénézé F1. 11, criai caprt ..…carimt FI. 20, qui ne sauraient toutes être fortuites ‘. Il est même fort possible que la forme étrange de certains « petits mots » (cf. le chapitre IT) ait été, pour la première fois qu’ils ont été prononcés, # déterminée par une allitération sensible ou latente : « ainsi, Ché (Cton », qui est inexplicable à ma connais-. sance, viendrait (F1. 3) de la consonnance ché chiré. «ton fils », que MI Smith n’a pas prononcée ce jourlà, mais qui est apparue dix jours plus tard (F1. 4), ou bien d’une assonance plus générale encore, cf: n° 32, 29.
Il ne faudrait pas exagérer la portée de ce précieux principe. [l m'avait d’abord lancé sur de fausses pistes : J'ai cherché dans heaucoup d’initiales martiennes des
1. Voir aussi, au n° 288, ce qui est dit des débuts manifestement allitérants du langage martien.
Sd
consonnes prothétiques issues d’allitération ‘ou de fausse euphonie, et en fin de compte J'ai dû abandonner cette idée. En lisant une phrase telle que mis méch med müirivé « un crayon pour tracer » FI. 17, qui ne croirait à une succession allitérante à dessein ? Il n’en est rien pourtant : de tous ces mots, méch est le seul dont la genèse puisse, si l’on veut, mais non pas nécessairement doive s'expliquer par une allitération avec ns. Mirivé, qui a tout l’air d’une altération de fr. écrivez par une prothèse allitérante de m, est bien issu d’allitération, il est vrai, mais non pas dans cette phrase; car 1l est apparu trois mois et demi plus tôt, dans le texte F1. 12 et la succession machir mirivé iche manir. Enfin, med « pour », qui est né ce jourlà, ne semble pas cependant être né par la vertu de Pallitération; car, sept mois auparavant (F1. 8), Me Smith avait dit méta « pourtant », qui ne semble pas pouvoir en être séparé, cf. n° 282.
Mais, si l'hypothèse allitérative est sujette à caution dans l’explication du langage martien, l’assonance, poussée même jusqu’à la rime, et jusqu'à la rime riche, en constitue un des procédés les plus constants et spontanés. Il semble qu'une finale donnée en appelle à sa suite, au bout de quelques mots, une autre toute pareille. Ainsi, la finale -éné est fort rare en martien; mais, dans le texte F1.8, on la lit deux fois, à une ligne d'intervalle : c’est que Mie Smith, ayant dit »tsaimé © fleurs », a été naturellement amenée à dire aussi inaimé « senteurs ». Parfois le rapport d’assonance st double, et le balancement antithétique de la propo-