‹ Le langage martien; étude analytique de la genèse d'une langue dans un cas de glossolalie somnambuliqueChapitre 26 sur 58 · DÉRIVATION · texte numérisé non relu

DÉRIVATION

(17) La dérivation martienne s'effectue exclusives ment par voie de suflixation; du moins, lorsqu'il S produit une préfixation analysable, ne trahit-elle mani festement qu'un simple décalque du français; cf n°5 241-242. Mais la suffixation proprement martienne» est d’une indigence et d’une monotonie qui n@ s'expliquent que trop bien si l’on prend la peine de réflé= chir qu’elle a beaucoup moins pour objet de former des. mots nouveaux que de déformer des mots déjà tout faits. En bref, elle relève de deux principes antagow nistes, tous deux étrangers à la morphologie des idiomes réels et normaux : celui de la déformation jar gonnante ou argotique (n° 11) tendrait à imposer aux mots transportés en martien les finales les plus variées; les plus-bizarres, comme étant les mieux propres à les déguiser; tandis qu’au contraire le procédé de l’asso= nance (n° 16) tend à assimiler les finales entre elles et à ne les laisser évoluer que dans un cercle restreint. La suflixation martienne est le résultat de l’équilibre ins= table entre ces deux tendances : tout n’y est qu’arbis traire et confusion, et c’est à peine si l’on y peu, relever quelques repères fixes. |

1° Au début de l'apparition du martien, l’imagina®

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tion du sujet paraît entiérement envahie par une finale -$, qui rappelle irrésistiblement les suflixes argotiques si communs, -wche, -anche, -oche', dont la connaissance a été plus ou moins propagée dans le grand publie par les romans d'E. Süe et les Misérables de V. Hugo. La première éjaculation se compose de quatre mots isolés, tous terminés par -$ (n°93, 99, 102 et 104), qui ne sont visiblement que de grossières et très arbitraires déformations du français. 2 Mais, de ces quatre mots, trois ne reparaitront jamais plus, un seul (métiche) est appelé à une haute fortune. La prédilection pour ‘la finale -$ s’accuse encore, mais beaucoup plus discrètement, par exemple par la transformation du français vu en véche au texte FI. 2. Elle ne va pas tarder à s’évanouir. Dès le texte FI. 4, et définitivement à partir de FI. 5, — mais il faut bien remarquer qu'il s’est produit entre FI. 1 et El. 5 un travail d'élaboration subconsciente qui a duré plus de dix mois, — le système des finales martiennes est fixé tel qu'il se développera dans la suite : prédo- | minance des voyelles, et surtout des voyelles -é ou -r, Soit qu'on les ajoute au mot emprunté pour le compléter (fr. Espagne > mt. Espénié), soit qu’on les y découvre en laissant tomber la consonne finale qui les recouvrait (al. Autter ou anglais mother > mt. modé). 3° Ce n’est pas à dire que la finale -$ disparaisse sans retour. Mais on ne là rencontre ouère employée avec une préférence marquée que dans les adverbes ou mots accessoires du même genre: #iche « bientôt »,

LAN Guieysse et Schwob, in Mém. Soc. Ling., VIT, p. 40 sq.

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étéche et itèch « toujours », vétiche « cependant ». On n’en saurait conclure, d’ailleurs, que Me Smith ait établi aueun lien entre ce suffixe apparent et sa fonc" tion adverbiale: car on verra qu’ils’explique assez biens dans la plupart de ces mots, par des raisons d'emprunt: 4° En dehors de ces cas, et de quelques autres où. le mot emprunté ne subit ni addition ni apocope finale | (mache, atèv, palir, etc.), la suffixation que nous appe* lons martienne, c’est-à-dire essentiellement dépourvue | de signification précise, indifférente même en principe entre le substantif, l'adjectif et le verbe, est constituée par une voyelle : le plus communément -é, -{, où -1éx parfois -& ou -d, qui ea toujours s explique mieux par des raisons d'emprunt; jamais -0 ni -# Lorsqu'elle est plus compliquée, c’est-à-dire disyllas bique, c’est généralement une nasale qui en constitue la consonne : -imé, très rare; -iné, -int, -inté, très 4

‘quents; -uné, -unié, -0né, etc.; subsidiairement, -izt, assez communs. Pour plus amples for 0 on consultera les vocabulaires. :

5° La seule finale suffixale significative du martien n'apparaît qu’à la fin, F1. 40: c’est un suffixe -nd, cor” respondant au fr. -ment dans les adverbes, 2 fois, mais dans une seule et même phrase, et dès lors sans intérêt, car il n’a naturellement jamais été répété, et là même on ne peut savoir s’il ne relève pas de tout autre chose que d’un procédé suffixal; cf. les n° 69 et 154.

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