‹ Le langage martien; étude analytique de la genèse d'une langue dans un cas de glossolalie somnambuliqueChapitre 48 sur 58 · ALES · texte numérisé non relu

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Me Smith connait ou peut être censée connaître le terme oriental qu'on croit retrouver en martien.

(236) 1° À {tanû « monde », une fois, et « mondes », une fois : 2 novembre et 5 décembre 1898. M! Smith

‘ connaît le mot pseudo-sanscrit attamana, qu'elle a

prononcé en cycle hindou le 1°" mars 1898 (F1. p. 299): c’est le sanscrit démd,ou plutôt son accusatif dmänam, auquel elle paraît donner le sens de « âme » ; mais ce dernier ne se dégage pas assez nettement de sa phrase, pour qu'on n’y puisse substituer celui de « vie, être, existence », etc., dont la signification du sk. démä s’accommoderait également bien. En somme, tout porte à croire que, dans sa pensée, c’est un mot à sens vague et élastique, comme par exemple le sk. védique bhtvanam, qui signifie à la fois « être » et «monde»; et au surplus l’acception plus abstraite «( être » réapparaîtra, si Je ne me trompe, dans le composé atèv, n° 270: 1l ne paraît donc guère douteux que le mt. attanä ne soit une syncope du sanscritoide at{amana.

(237) 2° Darié « cœurs », une fois, et ( cœur », une fois. Ce mot nous servira à interpréter un mot sanscritoide autrement inintelligible, et en même temps il s’expliquera par lui. Dans une de ses effusions hindoues (F1. p. 295), M'!° Smith a dit radisivou, que Léopold traduit tant bien que mal par quelque chose comme « bien-aimé Sivrouka ». Or, si sivou est une abréviation caressante du nom de Sivrouka, radi-sivou peut en effet avoir le sens esquissé par Léopold, mais plus exactement celui de « Sivrouka de [mon] cœur»: en tant que, d'une part, le mt. darié, qui signifie

« cœur », est la métathèse exacte de radi-, plus une suffixation martienne; en tant que, d'autre part, r'adiest la reproduction approximative de hrdi ou la métathèse de hrdà (usuellement prononcé Aridä), respecti- , vement locatif et instrumental du mot sk. hd cœur». Il n'y manque que l’aspirée initiale, assez difficile à prononcer dans cette position, et généralement omise. par les sanscritistes français. On sait d’ailleurs que Mie Smith, fidèle aux usages de la prononciation

française, laisse volontiers tomber les aspirées: n°160, 176, etc. |

(238) 3° Mird « adieu », 12 fois. Ce mot, répété à satiété, ne ressemble à rien de connu. En désespoir de cause, j'ai pensé au malgache miarahaba « salue », qui expliquerait même la longue finale constante par la contraction des deux «a séparés par l’. A l’époque des séances de M1 Smith, les affaires de Madagascar. battaient leur plein, les Journaux fourmillaient d’anecdotes malgaches, et il n'y aurait rien d’impossible à ce que l’un d’eux lui eût mis accidentellement . sous les yeux le texte d’une salutation telle que :zaho miarahaba anao « je vous salue ». Mais il va de soi que cette hypothèse demeure en l'air.

(239) 4° Misaimé « fleur » et « fleurs », chacun une. fois. Je transcris ici textuellement un passage de M. Flournoy (p. 300). « Les spécimens [de sanscrit] les plus remarquables sont les deux mots swmanas et smayamana, qui ont particulièrement frappé M. de Saussure. Le premier est la reproduction graphiquement irréprochable du sk. sumanas « bienveillant »,

cité un peu dans toutes les grammaires et servant même çà et là de paradigme de déclinaison: il faut toutefois noter que, pour toutes les grammaires également, ce mot se prononce soumanas, tandis qu'Hélène l'a nettement articulé sumanas et qu’il paraissait désigner une plante dans sa phrase : C’étaient les plus belles sumanas de notre jardin. » Ce qui semble avoir échappé à M. de Saussure, c'est que le sk. sumanas signifie aussi € fleur » : il est évident, dès lors, qu'elle ne le connaît que comme tel. Il est entendu, de plus, qu'elle le prononce avec un « français, en sorte que, si en martien elle appelait les « fleurs » *nusaimé, personne n’hésiterait guère à reconnaitre dans ce dernier mot une métathèse des deux premières syllabes de sumanas, accessoirement affublée d’une suffixation martienne: cf. n° 17, 4. La différence de timbre de l’w et de l’: est-elle suffisante pour infirmer une conjecture en elle-même aussi plausible ? C'est ce que Je laisserai de bon cœur à l'appréciation du lecteur.

(240) 5° Pondé « savant », une fois, vers la fin. Mi: Smith ne connaît sûrement pas le sk. panditäs «savant »; mais, si elle a, comme tout l'indique, jeté les yeux sur quelque roman de mœurs orientales, elle ne peut pas manquer d'y avoir rencontré le mot pandit, qui en est la francisation. Beaucoup de personnes le connaissent, qui ne sont pas orientalistes, et qui naturellement le prononcent sans faire sonner le €. Ce rapprochement, irréprochable quant aux consonnes, me paraît donc presque sûr, quoique les

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deux mutations vocaliques se soient effectuées en sens précisément inverse des tendances phonétiques relevées en martien, Cf. n° 12, 1°; mais c’est un mot de date tardive.

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