‹ Le langage martien; étude analytique de la genèse d'une langue dans un cas de glossolalie somnambuliqueChapitre 49 sur 58 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Les contaminations !

(241) I. FRANCO-ALLEMAND ET RÉCIPROQUEMENT. — 19 Aliné « oublie », mot un peu douteux, en ce qu'il n'apparaît qu'une fois, et sous la forme non décomposée saliné «y'oublie», cf. n° 82, 1°. Cependant la quasihomophonie avec ilinée « reconnue » (n° 159) conduirait à penser que aliné est issu de tliné et qu’il en est en quelque façon la négation : s’il en était ainsi, l’ainitial serait un a- privatif, dont il n’est pas besoin d’avoir appris le grec pour avoir pleine conscience par nombre de mots français, soit acotylédone, apétale, — toutes les jeunes filles apprennent un peu de botanique, — anormal, athée, etc. Tout cela pourtant demeure fort indécis, soit à cause de la disparition de l’i initial, soit surtout parce que tlinée n’est apparu que postérieurement à saliné. Peu important.

(242) 2° Améré «réunir », une fois. Ici la préfixation française est beaucoup plus claire : le mot a été tiré de l’al. mehrere « plusieurs », dont il conserve intacts le vocalisme et Jusqu'à la quantité, par le même

1. Il s’agit ici des contaminations polyglottes, telles qu'on les a définies et expliquées au n° 25.

ape

procédé qui a formé en français a-moncel-er de monceau, et tant d’autres.

(243) 3° Béliné « regarder » et « [je] regarde », et bétinié « regarde » , chacun une fois. Le fr. (regarder » se dit aussi dans la langue courante «fixer» , et d’autre part « fixer » , surtout dans le sens commercial de «convenir [d’un prix, etc.]» , — qui est précisément celui que Mie Smith, à raison de sa profession, a été le mieux en mesure d'apprendre, — se dit en al. bedingen. Le rapport parle assez de lui-même.

(244) 4 Dastrée « paisible », une fois. Soit une locution fr. («de repos » , analogue à la locution « de pouvoir » employée un Jour au sens de « puissant » (n° 23, 1°) ,et pouvant parfaitement signifier (paisible » : contaminée d’al., elle devient *de r'ast, dont la métathèse exacte est *dastre, puis avec une suffixation mt. dastrée. Le procédé est curieux et me paraît sûr.

(245)5° Éréduté «solitaire » , une fois : cf. la formation d'Esenale, n° 27. Dans le mot fr. soli-taire, isolons d’abord la seconde moitié, soit éerr'e, qui se traduit en al. erde. Voilà, avec une légère métathèse ou une petite insertion vocalique, de quoi fournir la première moitié du mot martien. Reste après cela sol, c’est-à-dire le nom d’une note de musique, plus une voyelle, qu’on remplacera par le nom d’une autre note de musique, plus une voyelle de même timbre (cf. n°12, 20). La formule est mathématique : so/+i+taire=éréd ut+6. Ce dernier peut aussi être un suffixe martien. :

(246) 6° Firézi « certainement », une fois. Le fr.

vrai n'aurait pas pu donner aisément /ré-, -st étant une suffixation martienne : d’abord, il est peu probable que Mie Smith change un v en /; puis, l'insertion vocalique reste inexpliquée; enfin, le sens ne concorde pas tout à fait. Cependant je crois que vrai se retrouve ici tout au moins dans la voyelle médiale du mot : Jiré-st serait une imitation de wr'ai-ment. D'autre part, le sens concorde mieux avec l’al. /retlich « certainement », et l’al. /ürwahr € vraiment » expliquerait, s’il en était besoin, l'insertion vocalique. L’anglais verily est sans doute hors de cause.

(247) 7 Furimir « aimera », une fois. Le verbe «aimer » évoque le radical am- de am-our', am-t, etc., et celui-ci, la syllabe initiale de l’al. am-eise «fourmi » : de /ourmtià furimir, la distance est courte. Je ne doute pas de l’étymologie ; mais elle est sans importance, le mot ne faisant partie d'aucun contexte suivi (FI. 24).

(248) 8 Nazère «[je] trompe », une fois. Le verbe tromper évoque le substantif trompe, qui suggère l’idée de « nez », al. nase. Reste la finale -er, qui fournit la syllabe -ère. Me paraît sûr.

(249) 9 Pélésse « chagrin » et péliché « souci », une fois chacun : il est difficile d'échapper à la pensée que ces deux mots n’en font qu'un ; mais l'explication en serait plus aisée si le second n'était apparu le premier. De la traduction « souci », en effet, on ne saurait rien tirer, tandis que la traduction « chagrin » suggère le jeu de mots « sorte de peau préparée », puis

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