CHAPITRE XI
Le résidu
(287)11 n'est guère d'analyse linguistique, si patiemment conduite qu'on la suppose, qui ne laisse au fond de la cornue un caput mortuum irréductible. Celle du martien pouvait moins que toute autre échapper à cette infirmité. Il me reste donc àénumérer les quelques mots dont je renonce à trouver Texplication, et à souhaiter à mes lecteurs, s'ils m'ont suivi jusqu'ici, plus de pénétration. On tiendra compte, en outre, des petits mots dont la genèse demeure obscure, et des incertitudes dont je n'ai pas fait mystère au
cours de ma trop longue exposition.
1** Estotiné « ma dernière », FI. 15 : ce n'est pas la seule anomalie de ce texte ; mais c'est la seule dont il soit absolument impossible de venir à bout ; car, puisqu'on ne peut, dans ce prétendu composé, isoler un mot qui ait le sens de « ma » (cf. n*^ 32, 1^), à plus forte raison n'y reconnaît-on pas le mot « dernière », et à plus forte raison encore ne saurait-on le rapprocher de rien.
2? laniné a [il] enveloppe », FI. 14 et 28. LadiflBculté de ce mot étrange se complique de ce que, la première fois qu'il apparaît, c'est sous la forme
m-mniné, qui est censée signifier « t'enveloppe » et où pourtant Télément m- ne peut que par lapsus évident représenter le pronom « te ». Le mg. a un mot hiàny « lacune », d'où le composé hiànyjel « signe de lacune », qui désigne le petit symbole que nous appelons « apostrophe ». On sait, d'autre part, que l'apostrophe est souvent employée, dans certains ouvrages, comme le seraient les guillemets, et qu'enfin les guillemets <( enveloppent » une partie déterminée d'un texte. Toutes ces idées sont donc plus ou moins connexes, et il n'était pas difficile de passer de l'une à l'autre. Mais il n'est pas croyable que M"® Smith connaisse, même pour en fausser le sens, un terme grammatical aussi technique en langue magyare.
3** Lâmée « jusque » , une fois. Le fr. là même se suggère tout naturellement ; mais il faut se défier des explications trop faciles.
4° Pové « rester » , une fois : je ne trouve à citer que l'ai, bewohnen « habiter » , et vraiment il est trop éloigné à tous points de vue.
5® Ru;7^i (( milieu », FI. 24. On est frappé tout d'abord de l'homophonie avec bu^i « moyen » : le rapport aurait pu s'établir par l'intermédiaire de l'ai. mitteU qui signifie à la fois l'un et l'autre. Mais bu:si, qu'on a expliqué tant bien que mal au n^ 57, n'apparaît que tout à fait à la fin, FI. 40 : il est difficile, dès lors, de croire que ru:2n en soit issu • et, si l'on suppose que ce dernier, au contraire, est l'ancêtre, c'est bien pis encore, car il n'y en a pas d'étymologie visible. Rien non plus ne justifie le passage de 6 à r ou réciproquement.
Mieux vaut donc laisser rw^r^/ parmi les mots inexpliqués, et peut-être, parla même occasion, y reléguer bu^i avec lui. Mais avec ces deux derniers mots nous avons épuisé la totalité du vocabulaire martien.