PHOBIES MUSICALES
À la même famille psychopathique que les obsessions et les impulsions appartiennent les phobies musicales. Cellescl, qui n'apparaissent que sur le terrain de la dégénérescence mentale, obéissent aux lois générales du syndrome phobie. Apparition à la suite d’un choc émotif pémible, développement plus ou moins rapidement progressif, évolution irrégulière, paroxystique, entrecoupée de rémissions et d’aggravations, curabilité possible des accidents.
Voici, à titre d'exemple de phobie musicale, le résumé de quelques observations, empruntées à l'ouvrage d'Ingegneros.
OBSERVATION I. — Homme de quarante ans, d'hérédité vésanique chargée, sujet à des attaques d’hystérie de dix-huit à trente ans. Apparition à trente ans de la phobie du piano, à l’occasion des études de sa fillette. — Extension progressive de la phobie au son des autrés instruments, puis aux cloches, aux sifflets des sirènes, à tous les sons en général, dont l'audition provoquait chez le malade un état croissant d'angoisse. L'état anxieux allait jusqu'à provoquer, en certains cas, des évanouissements. — Traitement par l'isolement, le silence, et la campagne. Amélioration et guérison en quelques mois.
O8s. II. — Hystérique de vingt-sept ans, élève violoniste au Conservatoire de Montevideo. À la suite d’un échec au Conservatoire, attaques convulsives, puis développement de
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la phobie, du violon, dont le son détermine des attaques hystériques. Persistance, depuis plus de dix ans, de cette phobie, qui a compromis toute l'existence sociale et mondaine de la malade. |
O8s. IT. — Phobie des dissonances.
Musicien professionnel, névropathe, hystérique, timide et indécis, atteint d’une phobie chronique des dissonances. Tous les sons faux et dissonanls : grincement des roues sur les rails, sifflet des locomotives, fausses notes jouées ou même écriles, provoquaient l'angoisse avec le besoin de résoudre les dissonances conformément aux lois de lharmonie. Le malade portait sur lui de petits sifflets-diapasons destinés à l'émission des sons complémentaires résolutifs. Il évitait les auditions orchestrales par peur des dissonances; il s’enfermait dans sa chambre, parcourait des yeux ses partitions favorites et s’offrait ainsi la jouissance d'auditions visuelles, exemptes de toute appréhension.
Le malade est mort à soixante-neuf ans, sans atténuation de sa phobie.
Comme on le voit par ces quelques exemples, les phobies peuvent présenter tous les degrés d'intensité et les variétés les plus grandes dans leur évolution, leur terminaison, leurs associations morbides (hystérie et autres symptômes dégénératifs), et enfin leur contenu (le phobique ayant en effet la terreur de tel ou tel instrument ou de telle faute musicale). Par extension de la phobie, les sujets peuvent manifester de l'angoisse à l'audition des sons en général. L'étude des observations démontre que l'angoisse phobique peut provoquer chez les hystériques des réactions convulsives.