Jules Soury, Système nerveux central, t. IT, p
TROUBLES PSYCHONÉVROPATHIQUES 111
est le domaine des processus émotifs et affectifs, dans lequel toute sensation éveille sa résonance affective particulière et acquiert sa tonalité sentimentale. Toute sensation en effet comporte un élément affectif inséparable d'ellemême. Cet élément affectif, constant dans son existence, est, suivant les sujets, variable dans son intensité et dans ses caractères. C’est surtout par leurs qualités affectives que les sensations s’éveillent les unes les autres, et s’associent entre elles. Les images affectives jouent ainsi, dans la vie mentale, suivant l'heureuse comparaison de Bos, un rôle de ciment, de liquide inter-représentatif. « Ces images affectives ne restent pas inertes dans le subconscient, mais leurs racines contractent des anastomoses, de telle sorte que l'image affective provoquée par l'idée À et que nous n'avons point perçue, pourra rejaillir dans l'esprit sous la forme de l'idée B : la transition affective étant demeurée souterraine. »
Dans l'audition colorée il y a, suivant l'expression du même auteur, transposition, traduction spontanée du représentatif en émotif ; ou, plus exactement, d'une perception effectuée par le mode émotif en une image plus nettement encore émotive; ce qui présuppose que les sujets susceptibles d'audition colorée, sont des visuels, des coloristes, en tout cas des tempéraments qu'affecte surtout la couleur.
Ces deux hypothèses, anatomique et psychologique, qu'on peut invoquer pour expliquer l'audition colorée, ne sont d’ailleurs nullement contradictoires; l’une n'exclut pas l’autre. On peut admettre que la connexion psychique entre les deux domaines s’exercera d'autant plus facilement, que les centres sensoriels seront reliés par des voies commissurales capables de déterminer chez certains sujets l'unisson vibratoire des excitations visuelles et audilives.
On peut se demander, quelle que soit lhypothèse
adopiée, pourquoi l'audition colorée est bien plus fréquente:
que la vision sonore; pourquoi les pholismes d’origine auditive sont communs, tandis que les phonismes d’origine visuelle sont tout à fait exceptionnels. Il faut se rappeler à ce propos que, de tous les nerfs sensoriels, c’est lacoustique qui, d’après Flechsig, est le dernier à se myéliniser: la fonction auditive est la dernière apparue dans la phylogénie des vertébrés.
Il semble naturel que ce soient plutôt les images visuelles plus anciennes, plus nombreuses, plus précises, mieux fixées dans l'écorce, qui s'éveillent sous linfluence des excitations auditives, celles-ci étant les plus récentes et les moins nombreuses. On peut donner comme preuve de cette antériorité, de cette supériorité du monde visuel sur le monde auditif, cette loi du langage en vertu de laquelle Les qualficatifs généraux, les épithètes descriptives sont empruntées aux images visuelles bien plus qu'aux images auditives; c'est ainsi qu’on parle d’une voix claire, d’une voix blanche, d’un style musical coloré, etc. La littérature musicale utilise beaucoup ces expressions d'ordre visuel, et le critique serait dans le plus grand embarras, si on lui interdisait, dans l'appréciation des œuvres musicales, les comparaisons tirées du monde des couleurs.