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Le début de Paffection semble remonter à l’année 1901 : le sujet a présenté un ictus aphasique incomplet, qui dura vingtquatre heures.
L'année suivante, en décembre, survient un ictus apoplectique; le malade sort de son coma au bout de deux à trois jours; les mouvements des membres, impossibles dans les jours qui suivent, reviennent peu à peu, au bout de treize mois; il marche d’abord, avec des béquilles, puis avec deux cannes, et finalement, la démarche devient absolument libre.
L'impotence fonctionnelle résultuit de troubles à la fois paralytiques et ataxiques, et surtout stasobasophobiques : l'impossibilité de la marche contrastait en effet avec l'intégrité relative des mouvements dans la position couchée.
Le malade ne conserva aucun trouble paralytique, à part une maladresse relative de la main droite, qui ne se manifeste œuère que dans le jeu du piano. Pas de troubles de l’écriture. À la suite de cet ictus, qui s'était accompagné d’une aphasie transitoire, la parole aurait pris le caractère dysarthrique, qu’elle possède encore actuellement.
Depuis 1903, c'est-à-dire depuis la rétrocession complète des troubles locomoteurs, l’état du malade serait resté sensiblement stationnaire, jusqu’au mois d'octobre 1908, date de son entrée dans le service du D' Mosny.
Il entrait à l'hôpital, disait-il, pour qu’on le débarrassât de sa dysartbrie; et, en effet, il suffit de le faire parler, pour saisir chez lui les caractères classiques de la parole du paralytique général.
Les troubles somatiques, outre la dysarthrie, consistent en une inégalité pupillaire notable, avec réaction paresseuse des pupilles à la lumière et à l’accommodation.
Le signe de Romberg apparaît seulement après l’occlusion prolongée des paupières.
Les réflexes rotuliens, achilléens, olécraniens sont con-
servés; pas de signe de Babinski; la marche est normale, sans
hésitations, pas d’atrophie musculaire notable.
La ponction lombaire n’a pu être faite en raison de l’indocilité du malade.
Les troubles psychiques nous arrêteront plus longtemps.
Le sujet se plaint lui-même d’avoir perdu la mémoire, et ce déficit est particulièrement sensible dans l’ordre musical.
Le souvenir des événements de sa vie passée semble assez bien conservé. Le malade raconte sa vie, avec assez de suite et de vraisemblance; à part une confiance, un peu exagérée, dans son talent, qui déforme peut-être certains épisodes, la
mémoire semble assez fidèle. En lui faisant raconter, à plusieurs jours de distance, les mêmes événements, les récits sont assez concordants.
Il est encore capable de calcul et effectue correctement des mulliplications et des divisions, même assez compliquées.
Sa mémoire musicale offre des lacunes plus sensibles. Depuis plus de vingt ans, il est musicien d'orchestre, pouvant tenir indifféremment la partie de piano, d'orgue, de hautbois, et même de contrebasse. Il assistait aux répétitions des chanteurs, faisait travailler et accompagnait au piano les solistes, remplissait même à l’occasion les fonctions de chef des chœurs. 11 connaissait donc parfaitement son répertoire; or, depuis quelques années, il a complètement oublié les paroles des opéras classiques.
Les morceaux dont il se souvient, et qu'il peut chanter spontanément, non sans quelques altérations, appartiennent aux partitions qu'il a le plus souvent jouées et accompagnées, aux œuvres musicales qui l’ont particulièrement frappé, par exemple Lakmé, Faust, Sigurd, Tannhæuser.
Mais le souvenir des autres partitions n’est pas complètement effacé: lorsqu'on joue devant lui quelques thèmes des opéras de Wagner, de Massenet, de Saint-Saëns, quelques phrases des cantates de Bach, des symphonies de Beethoven, la mémoire lui revient après les premières mesures; il se rappelle avoir entendu, et même exécuté ces œuvres, et se met à chantonner spontanément les quelques mesures qui suivent.
Le malade constate lui-même son amnésie, mais, comme un paralytique général, il ne s’en émeut nullement.
Les opérations psychiques sont ralenties : il comprend, mais avec une certaine lenteur, les questions qu'on lui pose.
Il répond assez bien, et, grâce à la conservation relative de sa mémoire, il peut faire illusion à son entourage. Mais, ses réactions psychiques sont puériles, il s'inquiète peu de son état; enjoué, même affable, sauf quelques rares mouvements de colère faciles à apaiser, il aime à ce que l’on s'occupe de lui; crédule, suggestible, content de lui, il se montre satisfait des compliments qu’on lui adresse. Il est particulièrement fier de quelques soit-disant poésies dont une citation permettra d'apprécier le caractère :
Hommage respectueux à M. Mesureur.
Monsieur Mesureur, vous êtes le grand bienfaiteur, De ceux qui vous aime tant, vous vous donner de tout cœur.
Vous qui protéger tous les déshérités, Et ceux qui souffrent et font tant pleurer.
Les vieillards, vous tendent une main secourable, Aux sans asil’s, vous donnez, un secours charitable : Vous distribuez avec profusions, Les aides et les bonnes consolations!
Des parents indignes, le petit être abandonné, Dans sa détress’ il voit en vous un père bien aimé. C’est l'orphelin, dans son deuil et sa douleur, Qui est consolé, par vous, cher protecteur.
Vous rendez le courage et un rayon de bonheur, A ceux qui vont quitter la vie, vous en êt’s le sauveur. Ils trouvent en vous un cœur tendre et généreux, Car ici bas, vous en faites des heureux.
Les malad’s des hôpitaux, vous sont bien reconnaissant Vous bénissent des bienfaits, que vous donner tendrement, Nous sommes bien soigné pour nôtre santé Par d’habill's médecins remplis de bonté; Ils sont secondés par des aimables surveillantes Et les bonnes infirmières sont bienveillantes, etc.
Les œuvres musicales méritent une étude plus complète. Le malade aurait écrit autrefois, en 1885, une barcarolle et une polka-marche; ces morceaux n'ont pas été édités et B... les a reconstitués de mémoire. Cette reconstitution semble à peu près exacte, au moins pour la barcarolle; car cette pièce est nettement supérieure à celles qui ont été composées dans la suite. Cette barcarolle était écrite pour hautbois solo; et, comme notre musicien tenait cet emploi dans une musique militaire, il est probable que de fréquentes exécutions ont fixé définitivement cette œuvre dans sa mémoire. La polkamarche est plus sujette à caution, surtout dans ses détails; car si l’allure générale, quoique très médiocre, est très supérieure à celle de ses compositions actuelles, le texte renferme des fautes assez grossières de style et d'harmonie. La barcarolle sera donc notre seul terme de comparaison entre le passé et le présent.
Le sujet, composé en sol majeur, est d’un rythme pesant; l'accompagnement consiste dans l'accord parfait, l'accord de 7: dominante et les renversements : après une marche ascendante, qui se termine sur la tonique, la phrase passe péniblement en si bémol majeur pour revenir à la tonalité primitive. La modulation en ré majeur, n’est pas plus heureuse, de même que le retour au ton initial. L’inspiration est
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pauvre, faite de lieux communs; les fins de phrases, d’une uniformité et d’une monotonie désespérantes, se terminent par une marche ou un arpège qui remonte à la tonique. Cette dernière note est tenue par un point d'orgue et suivie d’un silence prolongé.
Malgré ses faiblesses, l’œuvre est relativement correcte dans sa mélodie et dans son accompagnement. Or, il n’en est plus ainsi des morceaux que le malade a composés depuis son séjour à l'hôpital.
Le menuet a été écrit en novembre 1908. La première phrase est à peu près correcte, tandis que la seconde est absolument incompréhensible dans :sa ligne mélodique, sa coupe, sa mesure el ses intervalles musicaux.
Une chanson, écrite en décembre 1908, est aussi confuse et aussi incohérente dans son texte musical que dans son texte poétique : c’est une véritable salade de notes. Si la phrase mélodique est absolument inextricable, l'harmonie est relativement mieux conservée : la basse renferme des accords faux, mais en assez petit nombre; et les fautes harmoniques sont surtout caractérisées par la pauvreté et la « platitude » des accords. Le malade, absolument inconscient de sa déchéance, recopie et corrige ses brouillons, demande sans cesse des conseils et prie le lecteur de bien vouloir lui signaler les fautes qui auraient pu se glisser dans le texte musical. Sans se lasser, sans se rebuter, il envoie ses chansons aux journaux musicaux; et, dans les fins de non recevoir, il ne voit que les compliments polis dont les éditeurs accompagnent leurs refus.
Voici, à titre de comparaison, l'observation d’un dément organique, musicien professionnel, qui a été présenté par le D' René Charpentier et l’un de nous à la Société de Psychiatrie. |
Le malade P.…., chef d'orchestre, aujourd'hui âgé de cinquante et un ans, a été interné à l’Asile clinique, pour la première fois, le 19 février 1908.
Dans ses antécédents héréditaires, nous ne relevons qu'une sœur de quarante-cinq ans, alcoolique chronique et démente.
À quinze ans, chancre syphilitique, soigné pendant trois mois; à trente-cinq ans, érysipèle de la face, et à quarantecinq ans, congestion pulmonaire. Grand buveur, le malade consomme toute sa vie, de l'alcool sous toutes ses formes, et
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en abondance. D'abord musicien d'orchestre dans les casinos de province, il fut ensuite chef d'orchestre dans un musichall de Paris et s’alcoolisa de plus en plus.
Marié à quarante-quatre ans, il eut trois enfants, dont deux sont actuellement vivants. Le second est mort à neuf mois, de convulsions. Une quatrième grossesse se termina par un avortement.
C’est en juillet 1906, à Londres, qu'il présenta, pour la première fois, un ictus épileptiforme avec perte incomplète de connaissance et convulsions généralisées. En mars 1907, un nouvel ictus épileptiforme, qui survint la nuit, s'accompagna de perte complète de connaissance, de convulsions toniques et cloniques généralisées et de morsure de la langue. Depuis l'été de 1907, sa femme remarqua que le malade perdait la mémoire, ne se rappelait pas les gens qu'il rencontrait. Son caractère changeait; il devenait jaloux, irritable, coléreux et manifestait même de vagues idées de persécution. Cependant, aucune faute professionnelle; le malade continua à diriger son orchestre.
Le 15 janvier 1908, un ictus apoplectiforme lui laissa une hémiplégie gauche et fut bientôt suivi d'une aggravation notable des troubles mentaux, qui fit interner P... Conduit à l’Infirmerie spéciale de la Préfecture de Police, il fut examiné par le Dr Dupré, qui l’envoya à l’Asile clinique avec le certificat suivant :
« Alcoolisme chronique. Syphilis ancienne. Hémiplégie gauche organique. Affaiblissement psychique.
« Troubles du caractère, devenu irritable et coléreux. Nécessité d’une surveillance continuelle. Indifférence, apathie, etc. Accès épileptiques antérieurs, de nature toxique, survenus dans des périodes d’alcoolisme subaigu. Pituites matinales. Tremblement des mains. Réflexes tendineux exaltés. Pupilles normales. »
Le malade, à ce moment confus et désorienté, s’améliora bientôt, au point de vue des accidents subaigus. Deux jours après, la confusion avait à peu près complètement disparu et le malade apparaissait comme un affaibli intellectuel, conscient de sa diminution psychique.
L'hémiplégie gauche, flasque, persista, prédominant au membre supérieur, et s’accompagnant d’une légère parésie faciale droite avec déviation de la langue à droite. Les réflexes tendineux étaient forts, surtout à gauche; il existait de l'hyperesthésie généralisée qui rendait impossible la recherche du signe de Babinski. La ponction lombaire montra une lym-
phocytose discrète du liquide céphalo-rachidien (cinq à six éléments par champ). Subictère des conjonctives, tremblement des mains, crampes, fourmillements.
L'état mental du malade s’améliora peu à peu. La confusion disparut, l’irritabilité s’atténua et, en dépit de l’affaiblissement intellectuel, la femme demanda et obtint la sortie du malade le 4 avril 1908.
P... vécut ensuite au dehors, soigné par sa femme et sans pouvoir reprendre aucune occupation. Les progrès de l’affaiblissement intellectuel nécessitèrent de nouveau l’internement du malade, le 30 décembre 1908.
A son entrée, P... se présente avec une hémiplégie gauche avec contracture.
L’affaiblissement intellectuel a progressé. Les renseignements donnés par le malade sont vagues et erronés. Il est désorienté dans le temps et dans l’espace, se trompe sur le nombre des ictus et des internements antérieurs. Indifférent, apathique, il est incapable d'activité. Cependant, il fait assez bien des opérations de calcul mental élémentaire. Possédant une certaine conscience de son état morbide et de sa déchéance intellectuelle, il dit qu'il est un « fou d'hier » et peut-être un « fou de demain ». Son caractère est irritable. Habituellement satisfait et euphorique, 1l présente, par instants, de l’émotivité morbide, de la sensiblerie. Pas de troubles psycho-sensoriels, pas d'idées délirantes, pas de phénomènes d’excitation ou de dépression.
P... se présente donc comme un dément organique, par lésions artérielles circonscrites, dont la pathogénie peut être attribuée à la syphilis et à l'alcoolisme chronique.
Il était intéressant d'examiner, au point de vue musical, cet ancien chef d'orchestre, jadis musicien assez instruit, et de chercher, tant au point de vue de la composition que de l’exécution musicales, les effets de cet affaiblissement intellectuel avec conservation partielle de la conscience et de la critique. Le cas est particulièrement favorable à cette étude, car il nous a été possible de lire les différentes œuvres musicales que le malade a composées.
L'examen du langage musical de P..., pratiqué à plusieurs reprises, et à plusieurs jours d'intervalle, a montré une amnésie presque totale des morceaux entendus ou joués autrefois par lui. Dans le répertoire classique, le répertoire de concert, le répertoire d'opéra ou même d’opérette, notre musicien n'a reconnu que quelques morceaux, tirés des opéras italiens qu'il avait autrefois souvent accompagnés.
Lorsque P.. reconnaissait le morceau joué devant lui, il fredonnait les mesures suivantes; mais, la mémoire faisant rapidement défaut, ce chant spontané dépassait à peine deux ou trois mesures.
On constate d’autres troubles que l’amnésie précise du morceau joué devant lui. Un musicien de carrière, comme P.…., sans reconnaître le morceau, pourrait encore déterminer la manière, le style de tel ou tel maître; or il n’en était rien, et notre musicien attribuait facilement à l’école italienne ou romantique des fragments typiques des maîtres allemands de l’époque classique. Lorsque nous rectifiions l’erreur, lorsque nous lui disions le titre du morceau, P... se souvenait fort bien de l'avoir joué un grand nombre de fois dans sa carrière musicale et se lamentait des lacunes de sa mémoire.
Toutefois P... fait encore preuve d’un certain goût musical; il écoute avec plaisir, se prête de bonne grâce à l’interrogatoire musical et apprécie assez bien la valeur des morceaux.
Notre examen a dû être pratiqué, par petites séances, avec des temps d’arrêt fréquents, car l’attention de notre musicien se fatigue rapidement.
Si notre étude s'adresse, à présent, aux éléments mêmes du langage musical, si on le prie de nommer, le dos tourné, une note, un accord joué sur le piano, P... se trompe assez souvent.
L'étude du jeu instrumental est rendue impossible par l'hémiplégie.
La lecture musicale est pénible, et le malade commet des fautes assez fréquentes.
En revanche, la science harmonique est bien conservée, le malade connaît bien ses tons, il connaît les lois de l’accompagnement, et se souvient encore relativement bien des successions et des intervalles autorisés par les techniciens de lharmonie.
La composition offre, chez lui, un intérêt tout particulier.
Les airs composés par P.., antérieurement à ses troubles psychiques, consistent en chansons, airs à danser, d’allure plutôt banale, mais corrects dans leur développement et dans leur écriture. Le sujet est exposé clairement, il revient à sa place, les motifs se répondent et se suivent avec logique : de sorte que la lecture de ces morceaux est facile et que rien ne choque à l’audition. Quelques-uns d’entre eux sont orchestrés : dans les parties d'orchestre nous ne relevons aucune erreur grave.
Dans une partition, consacrée à la musique de scène d’une
pantomime dramatique, l’œuvre s'adapte au livret; elle est correcte, traduit, au moment voulu, la crainte ou l'espoir, la joie ou la douleur, le mouvement ou le repos; mais, dans son ensemble, elle représente un véritable tissu de lieux communs.
En un mot, toute l’œuvre est banale mais correcte, et P... semble reconnaître et excuser à la fois le caractère modeste de ses compositions, en disant qu'il écrivait pour la vente.
Actuellement, ses facultés de composition sont presque complètement annihilées. Nous l’avons prié de développer et de fuguer un thème de Bach, lui laissant le soin de trouver le contre-sujet. Le malade n’a fait que répéter, fragments par fragments, le texte proposé; son accompagnement placé à la main droite se réduisait au trémolo de l'accord parfait ou de ses renversements.
La dictée du thème avait déjà été très laborieuse; il avait fallu aussitôt rectifier des erreurs et rejouer plusieurs fois, devant P...,la phrase qui devait servir de sujet au contrepoint.
Plus tard, nous avons prié P... d'écrire quelques phrases de marche; la mélodie était heurtée, et P... n’a pu en compléter l’accompagnement.
Cet examen, on le voit, révèle, chez P.…., un déficit énorme du langage musical, dans tous ses modes, avec conservation des connaissances harmoniques. P... est, du reste, conscient de sa déchéance et, par l'intégrité relative -de l’autocritique, il se distingue du paralytique général précédent.
Un point commun est à relever chez ces deux musiciens : c'est la conservation relative de la science harmonique. Le paralytique général, surtout dans ses dernières compositions, nous offre un contraste frappant entre la.pauvreté et l'incorrection de la mélodie, véritable salade de notes, et la correction relative des accompagnements, dont les fautes se bornent, presque exclusivement, à des platitudes harmoniques. Il semble que, dans le domaine du langage musical, on puisse, chez des musiciens de carrière, comparer la conservation relative des formules de l'harmonie à la persistance des clichés du langage courant; la pratique
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de l'harmonie, devenue chez eux automatique, ne disparait qu'après les facultés d'improvisation et de mémoire proprement dites.
États d’excitation.
Pendant les périodes d'excitation, les idiots, les débiles, les paralytiques généraux, les déments, les aliénés atteints de psychoses périodiques, les délirants polymorphes manifestent, au cours de leur agitation, des tendances au chant et à la mélodie. Les airs sont souvent incohérents, les malades passent de l’un à l’autre sans souci du ton ni du rythme; certains aliénés reprennent à l’envi la même phrase, le même air avec des intonations de plus en plus éclatantes; le chant alterne avec le cri, dont il est parfois difficile de le distinguer.
Un paralytique général, observé par nous dans le service du D' Séglas, chantait dans ses crises d'excitation la romance de Mignon : « Elle ne savait pas, etc. » Le début était dit avec une amabilité et une grâce affectées; arrivé au refrain (Pour rendre à la fleur épuisée), le malade enflait la voix, en se frappant la poitrine avec désespoir.
Voici d'autres observations :
R..., vingt-six ans, institutrice, est atteinte, d’après le certificat du D' Deny, de dégénérescence mentale, avec hallucinations de l’ouïe, confusion dans les idées, lacunes de Ia mémoire, idées vagues de grandeur et de persécution, préoccupations hypocondriaques.
Pendant ses périodes d’excitation, la malade chante à haute voix, avec force gesticulations, les chansons des rues ; en notre présence elle a, dans une dispute avec sa voisine, composé un récitatif qu’elle a débité avec des intonations théâtrales.
D... Certificat : Débilité mentale avec idées vagues de persécution et de grandeur, alternatives d'excitation et de dépression. Refus de nourriture.
Pendant ses périodes d’excitation, la malade va s'asseoir