HÆNDEL
Hændel (1685-1759) a été considéré par Lombroso comme un dément alcoolique et épileptique, et Fétis s'exprime
sur son compte dans les termes suivants : « Deux grands défauts ternissaient l'éclat qui rejaillissait sur lui des productions de son génie. Le premier était une violence de caractère qui ne connaissait point de bornes; le second était une intempérance qui le faisait s'abandonner aux excès les plus condamnables. Dans les emportements de sa colère, 1l était capable de se porter aux dernières extrémités. C’est ainsi que dans un mouvement de fureur contre la cantatrice Cuzzoni, qui refusait de chanter l’air « Falsa imagine » de son opéra d'Ofhon, Hændel la prit dans ses bras et la menaça de la jeter par la fenêtre. » Il est difficile d'établir l'authenticité de cet épisode; cependant il ne faut pas oublier ce qu'étaient les acteurs de cette époque et le mépris qui s’attachait à leur personne; une violence sur un acteur était peccadille sans conséquence. De plus Hændel vécut très longtemps à la Cour de son protecteur, le Prince de Burlington, ce qui tend à faire supposer que notre musicien était capable de se dominer et de se conduire en habile et galant homme.
Au demeurant, suivant la remarque de Regnard, la vie de Hændel fut des plus régulières et aucun biographe n’y retrouve d'extravagances ni d'anomalies. La richesse de son inspiration, la pureté et la correction de son style, la fécondité de sa production musicale {plus de cent opéras ou oratorios) autorisent à éliminer l'hypothèse de l'influence, sur une telle œuvre, de la folie ou de l'alcoolisme.
En 1737, à l’âge de cinquante-deux ans, il fut pris d'une attaque d'hémiplégie qui ne compromit en rien ses facultés mentales, puisque beaucoup de ses opéras les plus célèbres (le Messie, Saül, Judas Macchabée, A cis et Galathée) sont postérieurs à celte date. De même la cataracte qui le rendit complètement aveugle à l’âge de soixante-six ans (1751) ne provoqua chez lui aucun trouble psychique. Il s’'éteignit en 1759, à l’âge de soixante-quatorze ans.
En résumé, nous ne trouvons dans les biographies de
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Hændel aucun symptôme d'épilepsie, de folie ni d'alcoolisme. Il est possible que l'artiste ait été intempérant, mais nous n'en avons aucune preuve et on peut affirmer au contraire que l'alcoolisme chronique n'existait pas chez un homme qui donna, jusqu'à un âge aussi avancé, et même après une hémiplégie, qui l’atteignit à cinquantedeux ans, de telles marques d'activité artistique et de fécondité géniale. La seule conclusion qu'on soit autorisé à tirer de certains détails de sa biographie, c'est que l'artiste avait probablement mauvais caractère et qu'il était sujet aux accès de colère.