HUGO WOLF
La biographie d'Hugo Wolf (1860-1903) a été exposée récemment dans un excellent article que lui a consacré Romain Rolland. Ce remarquable travail nous révèle l’'évolution, chez l'artiste, d'une psychose intermittente à forme alterne, compliquée secondairement de paralysie générale.
Hugo Wolf, jusqu'à l’âge de vingt-sept ans, ne publie rien. Il apprend la technique de son art dans les conditions matérielles les plus précaires. D'une nature ardente,
enthousiaste, il se passionne pour la cause wagnérienne, et soutient en sa faveur une polémique ardente contre les parlisans de Brahms.
. En 1887, à l’âge de vinmgt-sept ans, à la suite de la mort de son père, il ressent une vive émotion et ce choc moral semble donner l'essor à son inspiration. Sa puissance créatrice se révèle et, en moins d'un an, deux cents Lieder jaillissent fougueusement de son esprit exalté. Il compose dans une véritable fièvre d’allégresse. « Il est maintenant sept heures du soir et je suis heureux, aussi heureux que le plus heureux des rois. Encore un nouveau Lied, mon cœur, si tu l'entendais!... le diable t'emporte de plaisir! »
« Ce que j'écris maintenant, je l’écris pour l'avenir. Depuis Schubert et Schumann, il n'y a rien eu de semblable. » Mais, en 1888, subitement, au milieu de sa suite italienne, la source de son inspiration se tarit et, jusqu'en 1890, Wolf, à son grand désespoir, reste incapable de la moindre production artistique.
« De composer dit-il, je n'ai plus la moindre idée. Dieu sait comment cela finira! Priez pour ma pauvre âme! Depuis quatre mois, je souffre d'un marasme d'esprit qui me donne très sérieusement la pensée de quitter ce monde pour toujours... Je suis désespéré! Pour la composition, c'est fini : je ne peux plus me figurer ce que c’est qu'une harmonie et une mélodie, el je commence presque à douter que les compositions qui portent mon nom soient vraiment de moi. »
En novembre 1891, nouvelle phase d'inspiration, qui ne dure qu'un mois, et durant laquelle Hugo Wolf écrit quinze Lieder de suite. Puis, c’est le silence pour cinq ans. « C'est effroyable, dit-il, ce que je souffre de cette oisiveté, je ne puis le décrire. Je voudrais me pendre. »
En 1896, le génie réapparaît. Wolf se met joyeusement au travail et termine ses chants italiens, met en musique les poésies de Michel-Ange et ébauche un opéra. Il com-
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pose avec acharnement, sans repos, « à la façon d'une machine à vapeur », comme il le dit lui-même. Mais, en septembre 1897, une crise plus violente le surprend au mileu de son travail : l'artiste reste jusqu’en janvier 1898 dans une maison de santé. Une période de dépression survient, durant laquelle il ne peut écrire une note; toute musique lui élait devenue odieuse. Il sort de celte crise avec les apparences de la guérison; mais, de son propre aveu, l’homme enthousiaste d'antan avait fait place à un homme tranquille, posé, silencieux, de plus en plus avide de solitude. Il ne composait plus, mais revoyait et publiait
ses œuvres antérieures.
Un nouvel accès d'excitation survient en 1898, à l’occasion duquel Hugo Wolf entre à l’Asile, pour ne plus en sortir. Le diagnostic posé fut celui de paralysie générale progressive. Dès 1900, la parole était devenue incompréhensible, la paralysie immobilisait les membres; et, le 16 février 1903, Hugo Wolf succombe dans le marasme au dernier stade de la maladie, emporté par des complications pulmonaires.