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l'Opéra. Il perd connaissance; on le ramène à son domicile, où il doit prendre le lit; la cuisse droite était sérieusement froissée ; et, de plus, quatre-vingts ans d'âge compliquaient la situation. Bientôt la jambe s’ankylose ; et peu à peu les fonctions se ralentissent; l’ébranlement causé par la chute a exercé sa répercussion sur tout l'organisme; et, quand la vessie commence à refuser son service, 1l faut bien se rendre à l’évidence et envisager la fatalité du dénouement. Le malade, au surplus, ne doutait pas de son état; et, quand j’essayais de lui rendre confiance, il me répondait avec résignation qu'il savait à quoi s’en tenir et que tout était fini. Il m'avait chargé de quelques commissions, et notamment du soin de publier quelques-unes de ses œuvres. Je m’avisai donc de l’interroger sur ces œuvres, et, moins pour lui demander conseil que pour le détourner de ses funèbres pensées, je fis transporter un piano dans sa chambre.
Là, chaque matin, je lui jouai des pièces instrumentales,
des mélodies, toutes de sa composition, quelques-unes propres à évoquer dans sa mémoire de lointains et chers
souvenirs. Son attention, d'abord incertaine, finit par se fixer. Tantôt il approuvait, tantôt il critiquait : il se jugeait avec impartialité. Il me priait de lui lire non seulement le titre des morceaux, mais certaines indications tracées sur Le manuscrit, comme le nom du poète qui avait inspiré la musique, celui de la personne à qui elle était dédiée, ou du lieu où elle avait été composée. Chacun de ces détails suggérait une image à son esprit. [1 revoyait tel chanteur qui avait une belle Voix, mais ne savait pas chanter; telle chanteuse qui disait avec intelligence, mais qui était bien laide; tel librettiste avec lequel il avait eu maille à partir; tel
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château où il passait de si bonnes vacances! Cependant l’état physique s’améliorait, les forces revenaient, les fonctions reprenaient leur cours; la mort qui avait semblé proche, s’éloignait de plus en plus; et, pendant deux mois, je m'imposai le petit sacrifice d’administrer moi-même, chaque matinée, une heure de cette mélothérapie. Un jour vint où le malade put se lever de son lit, s'étendre sur une chaise longue, puis marcher avec des béquilles, et finalement retourner près des siens, dans sa ville natale d'Alsace, où il a vécu de longs mois encore.
Le docteur, qui assistait à cette résurrection imprévue, n'en pouvait croire ses yeux : il ne comprenait rien au succès d'une bataille qu’il avait jugée perdue. Mais, lorsqu'il eut connaissance de mes visites musicales, il voulut bien m’avouer : « C’est vous, le vrai guérisseur; vous avez fait un miracle... comme à Lourdes. »
Il est certain qu’en ce cas si remarquable et si curieux, car il s'agissait d’un vieillard, chez lequel naturelle ment le système nerveux semblait offrir moins de prise à l'action thérapeutique d’un tel moyen, la musique avait opéré comme tonique et réconfortant. Elle avait stimulé l'organisme, en lui permettant de réagir contre les progrès de la dépression. La musique (mais je dois ajouter sa musique) avait reconquis le moribond, au point de lui faire reprendre goût à la vie : la force morale avait secouru victorieusement la faiblesse physique.
De tout cela, que conclure? Sinon que la musique n'est pas seulement, comme l'écrivait avec ironie Th. Gautier, le plus cher de tous les bruits; elle en est aussi le plus précieux. La musique est une amie; elle console presque toujours et peut guérir quelquefois. Aussile livre,
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où il est parlé de son langage, doit-il bénéficier des sympathies qu'elle-même a coutume de faire naïître. Cet ouvrage n'aura pas que les seuls médecins pour lecteurs. Malgré son appareil scientifique, il ne manquera pas de plaire même aux profanes : tant le sujet est traité avec précision et clarté, l'enquête judicieusement conduite, l’ensemble bien coordonné, l'intérêt, si je puis dire, ménagé comme il convient, et soutenu jusqu’au bout.
En sortant du théâtre, après avoir passé une bonne soirée, le spectateur remercie tout bas l’auteur du plaisir qu'il lui a procuré. De même, en fermant ce livre, je remercie tout haut les deux savants de l’utile et agréable leçon qu'ils m'ont donnée. Instruire sans ennuyer, c’est avoir l'attention d'enlever d'abord ses épines à la rose qu’on vous offre : la fleur paraît ainsi plus belle encore, et Le parfum plus doux.
CHARLES MALHERBE, Bibliothécaire de l'Opéra.
Paris, 19 décembre 1910.
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On désigne sous le nom de langage un système de symboles, employé par les êtres vivants pour échanger entre eux la notion de leurs états psychiques.
Ces signaux sont exécutés au moyen d'organes moteurs, principalement la musculature de la face, des membres et du larynx; ils sont perçus par des organes sensoriels, surtout l'œil et l'oreille.
Donc, tout langage suppose l’existence de deux éléments : un élément moteur, actif, ou d'expression, et un élément sensoriel, passif,ou de perception.