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LE LANGAGE INTENTIONNEL

Si l'on s'élève dans l'échelle des êtres, les situations biologiques, au milieu desquelles évolue l’animal, deviennent de plus en plus complexes; elles commandent des réactions de plus en plus compliquées, et; parallèlement, se développent dans tous leurs modes les éléments fondamentaux du langage. |

Ces acquisitions réflexes se fixent dans la suite par

l'hérédité. L'animal, en naissant, apportera des aptitudes de plus en plus marquées à l'expression et à la compréhension de ce langage primitif; et, ainsi fixé par l'hérédité suivant les nécessités de la conservation de l'espèce, ce langage finit par devenir instinctif.

Beaucoup plus tard, la conscience et la volonté font leur apparition, s'emparent de ces données réflexes et instinctives et les adaptent à l'expression des échanges psychiques. Ces matériaux réflexes sont alors utilisés consciemment et intentionnellement et c’est ainsi que, de réflexe et instinclif, le langage devient volontaire et intellectuel. Ce symbolisme volontaire s'exécute au moyen de mouvements soit du larynx, soit de la musculature générale. Les premiers constituent le langage vocal; les seconds, le langage mimique. Nous ne nous occuperons ici que du langage vocal.

Le langage vocal.

a) INTONATION ET ARTICULATION. — Ce langage, lé à l'existence d'organes spécialisés pour la production de la Voix, a eu sa première ébauche dans l'émission du son propre à chaque espèce, c’est-à-dire dans le cri. Les progrès évolutifs de l'organe phonateur ont mis à la disposition du langage moteur des sons de plus en plus nombreux, de plus en plus différenciés, dont les qualités varient avec les espèces animales. Parmi toutes ces qualités, une seule peut être considérée comme fondamentale et comme spécifique : c’est le timbre ; les différentes espèces animales se reconnaissent en effet à cette qualité primordiale et essentielle du son qu'elles émettent, au timbre de la voix. Les enseignements de la phylogénie sont d'accord avec ceux de l'observation clinique et psychologique, car Pintonation représente, dans la voix de chaque individu, la qualité spécifique et fondamentale, qui échappe à toute définition pour qui ne l’a pas entendue.

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k © LE LANGAGE MUSICAL

Parmi les progrès anatomo-physiologiques qui multiplient les différentes ressources vocales fournies à l'animal, un élément nouveau ne tarde pas à apparaître : l’articulation. Celle-ci est produite par un appareil complexe (cordes vocales, langue, lèvres, dents, fosses nasales) qui découpe et modifie les vibrations laryngées.

Dés lors, deux éléments fondamentaux constituent le langage vocal : lintonation et l'articulation.

Dans une progression parallèle et continue, ces deux éléments ont acquis des ressources de plus en plus étendues; et, par une pénétration réciproque de plus en plus intime, ils se sont, dans le langage humain, fondus, au profit de chacun d'eux, en un complexus indissoluble dans lequel l’articulalion a multiplié et précisé les modalités du timbre, et a ainsi apporté au langage des moyens d'expression beaucoup plus nombreux, plus variés et plus explicites.

b) INTERPRÉTATION ET IMITATION DES BRUITS DE LA NATURE. — Le développement de l'appareil auditif rend l'animal de

plus en plus sensible non seulement aux bruits émis par ses”

congénères, mais encore à tous les sons de la nature. Ces sons exercent, sur les animaux de même espèce, une action similaire, et par conséquent éveillent chez chacun d’eux des états nerveux analogues. Par leur répétition, 1ls finissent par provoquer chez des animaux d’une même espèce des réactions psychiques semblables; et par acquérir à la longue une signification identique. Ainsi, se crée peu à peu et se développe un symbolisme automatique des sons de la nature. L'’essence de ce symbolisme a tout d’abord été, conformément aux lois biologiques, de nature utilitaire; les animaux recueillaient, dans ce monde objectif

des sons, des éléments utiles à la conservation de l'espèce

ou de l'individu; ils ont finit par comprendre la signification ulile, non seulement des sons émis par leurs congénères, mais encore de tous les bruits de la nature.

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Par l'extension progressive de ses applications naturelles, ce symbolisme s'est peu à peu enrichi; et les animaux sont arrivés à l'interprétation de plus en plus fine et de

plus en plus précise de ce langage universel des sons,

dont les images sont fixées dans les centres cérébraux avec leur sens général et la série des réactions organiques, agréables ou pénibles, Hées à leur excitation.

En vertu des lois fondamentales de limitation, la per-

ception d'un bruit provoque d’une façon réflexe la série

des mouvements tendant à le reproduire. Automatiquement, lorsque nous écoutons avec attention, nos organes

vocaux ébauchent les mouvements nécessaires à la répétition des sons entendus : ce point a été bien établi par les

observations des physiologistes et des psychologues. C'est

par ce même mécanisme qu'involontarrement, automati-

quement, les animaux ont été amenés à imiter certains

bruits de la nature. Cette imitation, réflexe à l'origine, n’a

pas tardé à être employée par eux dans un but utilitaire,

afin d'échapper à leurs ennemis; c’est là une des formes du

mimétisme animal, bien connu des naturalistes. Ainsi se

sont créés, dans les. centres acoustiques primitifs, des

dépôts d'images auditives qui ont constitué les premiers matériaux du langage des sons ; ces images, ces symboles auditifs élaient, ane les centres nerveux, intimement liés à leur adaptation utilitaire.

Dans la suite de l’évolution, chez les animaux supérieurs,

ces modes de perception et d'expression se sont adaptés à

des fins de plus en plus variées, de plus en plus complexes.

À ce moment, se trouve créé, dans son principe et dans

ses moyens, le langage des sons. L'origine lointaine et

universelle de ce langage explique son étroite adaptation à

chaque espèce et enfin son rôle majeur dans l'expression spontanée ou volontaire des émotions fondamentales des êtres vivants.

Le langage des sons, dont nous avons esquissé sommairement le développement phylogénique, est donc l'expression, par les sons, des états psychiques fondamentaux des être vivants. Les plus importants de ces états sont Îles émotions de tout ordre (douleur, peur, colère, joie, amour).

Le langage des sons, primitivement simple, se complique et s'enrichit progressivement. On peut, à un certain degré d'évolution, distinguer en lui deux ordres de moyens expressifs : l'articulation et l'intonation. Le premier conslitue la parole, ou langage articulé ; le second constitue la musique de la voix, ou langage d’intonation.

Ces deux langages sont toujours intimement confondus dans la réalité. Mais l'analyse permet, par la dissociation de leurs éléments, de distinguer leur composition respecuve. Le langage articulé comprend trois éléments : l'intonation, limitation des bruits, l'articulation. Le langage d'intonation, antérieur au langage articulé et qui peut en êlre indépendant, ne comprend que deux éléments : l’intonalion spontanée et l’imitation réflexe des bruits naturels; ces deux éléments expressifs y prennent toute leur extension et y déploient toutes leurs ressources.

On peut donc proposer du langage musical la définition suivante :

Le langage musical exprime, par les sons vocaux et instrumentaux, soit les états émotifs de l'être vivant, évoqués surtout par les intonalions passionnelles, soit les représentalions objectives, évoquées surtout par les imitations des bruits naturels. Cette expression intentionnelle éveille, par l'intermédiaire des centres auditifs supérieurs, dans les centres émotifs et intellectuels, des états psychiques en rapport avec les caractères des sons perçus.

Le langage musical, qui nous apparaît ainsi comme lié

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à l'intonation, est donc, phylogéniquement et ontogéniquement, bien antérieur au langage articulé. Il suffit, pour s’en convaincre, d'étudier l’évolution du langage chez l'enfant.

En effet, ce que l'enfant perçoit tout d’abord, c'est l’intonation. C'est par une adaptation spontanée à cette loi, que les parents, s'adressant à leurs enfants, remplacent les mots du langage courant par des vocables plus sonores et redoublés (papa, maman, dodo, lolo, pipi, ete.), et des onomatopées (oua-oua, pan-pan). Ces caractères du langage infantile se retrouvent chez les peuples primiüfs : le Malais, le Malgache, etc., abondent en onomatopées et en redoublements.

Dans le développement du langage d'expression, cette même loi se vérifie : bien avant de parler, l'enfant se fait comprendre au moyen d'inflexions vocales encore inarti-

culées et, dans les premiers essais de son langage, il recourt fréquemment à l’onomatopée : il désignera par

exemple un animal en imitant son cri. Si le langage articulé disparaît, comme dans la paralysie labio-glossolaryngée, dans certaines aphasies motrices, l'intonalion remplacera encore la parole, et le langage devient alors, suivant l'heureuse expression de Brissaud, une véritable « romance sans paroles ».

Le langage des sons, qui dans sa forme la plus élémentaire a précédé la parole, s’est développé lui-même à son tour, au cours de l'évolution psychique de l'humanité : 1l est ainsi devenu une mine de symboles de plus en plus riches et de plus en plus variés, dont l’ensemble constitue le langage musical, et dont les manifestations supérieures, accessibles seulement à une élite, représentent la musique au sens artistique du mot.

Comme tout langage, le langage musical comprend deux ordres de processus : les processus moteurs el les processus sensoriels. Les premiers sont les processus actifs, d’expression ; les seconds sont les processus passifs, de perception.

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