FORMATION DÉS MOTS
Les mots se sont formes et se forment en LP. de la même manière qu'ils se sont formés et se forment en fr.. Les origines, les causes et les facteurs sont ilc même nature ; les mêmes phénomènes phonétiques apparaissent dans la formation des mots des deux hranciies principales de la langue française actuelle.
Dérivation, adjonction de préfixes et de suffixes, de terminaisons diminutives, augmentatives et péjoratives : gueule, dégueuler, dégueii lasse, déghteulbi ; iole, entxh- 1er, enloleur, eiise ; godillots, godasses \ <Ji téton », iétasse; moche, amocher, s'amochir ; « bourgeois », bourg eoiserie.
Composition : manchaballe, moule-à-gaufres, badaf, firaucul, basducul.
Principe du moindre efl'ort, affaiblissement : mécredi (« mercredi ») ; avé, (« avec ») ; congession^ (« congestion ») ; exa, (« exact ») ; laize, (« hisse ») ; ar lisse, (« artiste »).
Interversion : aréoplane, hynoplisme, dussèche. Permutation de certaines consonnes : caneçon, pane-, loi, cintième.
Abréviation : joerme^ couverte, pôle, Montparno, cipal. Renforcement: «entrer», rentrer; « payer», repayer; « cesser », décesser.
Confusion par analogie : « armistice », amnistie ; «précepteur », percepteur; « allocation », location;
a laudanum », eaa d'anum'^ « carbonate de soude », carbonade.
Comparaison imagée : fouetter^ taper, cogner ^ remuer, (puer); en écraser (« dormir ») ; (oto (toutou, « pou »).
Dissimilation : colidor (« corridor ») ; kioste (« kiosque » ; éfant (« enfant »).
Assimilation : robre (« robe ») * .
* Déformation : cocodrille, sornambule.
Déformation volontaire argotique : linvé, louchébem^. .
Retour à l'ancienne prononciation, à l'ancien mot : berbis, berouette, sercher (anc. « cercher », actuellement « chercher »).
Emprunt aux dialectes et idiomes provinciaux et étrangers et aux argots de toutes sortes : bourrin, (fiasse, mor lingue.
Influence de l'imprimerie : donippteur, dompeùleur, dompeùter, (« dompteur », « dompter»); les mœurss (fr. et LP.) pour'« les mœurs », anciennement prononcé ce meùr » au pi. et meurz avec a liaison. (LP. signification spéciale « les agents des mœurs ». On dit aussi un mœurs^ prononcez: un meiirss.) V Noms propres devenus noms communs : godillot^ /7a-
midieUy eus tache.
1. GcUe classi tient ion ne peut èlre absolue. 11 est dinicile de dire si nrcHmantation est une dissimilation (« mata » — matan) ou une assimilation (mai};— « tion »), Sercher est la dissimilation moderne d'une assimilation ancienne. CocodriUe pourrait ctre consMéré comme une assimilation : coco pour « croco » ; une dissimilation : ro pour « cro » à cause du « dri » suivant, si on admet la forme miQrmùcW'àïre crorodrille, ou encore un phénomène d'affaiblissement, de moindre efîort. Et ainsi de suite.
"}. Argot des bouchers : la consonne initiale est mise à la fin et remplacée par un l ; on ajoute une terminaison qcq.. Ainsi « vingt » prononcé « \in », donne: / in rè, Un ré (pièce de vingt sous); « boucher » : / ouché b em, louchébern.
GRAMMMRE ET SYNTAXE 60
Enfin un grand nombre de mots, correspondant à des idées ou à des nuances d'idée que le français ne peut exprimer avec un seul terme, ont des origines diverses et souvent inconnues : moche, barder, etc..
Dérivation par préfixe. — En LP. comme enfr.. Cependant le LP. montre parfois une certaine répugnance à employer le préfixe « in » dans le sens négatifs II dit malcommode pour « incommode » ; malpoli pour « impoli y) ; pas-croyable pour « incroyable ».
Les préfixes dé et re, ajoutés inutilement, comme dans décesser, rentrer (pour « entrer ») sont mis là pour renforcer le mot, Tidée, l'expression. (Voir renforcement.)
Dérivation par suffixe. Péjoratifs et diminutifs. — La dérivation par suffixe est une des richesses des langues néo-latines, en particulier du français. Tandis que l'anglais et l'allemand donnent « apple-tree » et ce Apfelbaum » (pomme-arbre), le français donne « pommier ». Le nombre des suffixes de dérivation est très grand en fr. ; ces suffixes se retrouvent en LP.. Mais le LP. affectionne particulièrement certains suffixes, comme ard, asse, ot, en rejette d'autres et, de plus, en possède qui lui sont propres, comme : bi, boche, ingae, mar, mâche, oche, ouille , etc.. Ils sont \ presque toujours péjoratifs. Souvent, dans ce cas, péjoratif et diminutif ne font qu'un, l'idée diminutive intervenant ici pour marquer la diminution de valeur, de qualité — la basse qualité. *
Exemples ;
dégnenlbi, de dégueulasse, (Même sens, parfois plus faible, parfois plus fort, suivant le cas et celui qui parle. Souvent, un peu comique.)
épicemar, de « épicier ». (Terme de mépris pour les épicici's. Quehjuçfois employé sans mépris ; c'est alors,
peut-on dire, le langage familier du LP., terme comique bon enfant, sans idée particulière.)
officemar^ de « officier ». (Terme de mépris pourjies officiers. Ici, toujours péjoratif.)
rigolboche, de rigolo (même sens, plutôt renforcé).
albochey d'où boche, de « allemand » (expression de mépris).
Ménilmuchey de « Ménilmontant ».
Les péjoratifs les plus employés en LP. existent en fr.. Ce sont ard et asse. Ex. : galonnard, grognasse, ' La terminaison eux est souvent péjorative en LP.. Ex. : râleuxy pour râleur (même sens, encore plus défavorable), roy aïeux, journaleux (« royaliste », (( journaliste »).
Le diminutif fr. « illon ». devient en LP. illol : un négrillot (« négrillon »).
Le diminutif fr. « ot » est très employé en LP. : chérot y connot, etc..
Une terminaison quelconque, remplaçant la terminaison naturelle, ainsi Préfectancey « Préfecture » (de Police), devient péjorative. Souvent, aussi, n'est qu'une façon comique de s'exprimer.
D'une façon générale, les terminaisons diminutives ont tendance à se confondre dans l'expression d'un mépris assez bienveillant, ou tout au moins indulgent et avec une nuance de comique.
Composition. — La langue française est relativement pauvre en mots composés, pauvreté compensée par la richesse de la dérivation. Pour le LP., il en est de même. On remarquera que les mots composés du LP. sont souvent apocopes, c'est-à-dire affectés d'abréviation. Ex. : mêlécasse, badaf. .
Principe du moindre effort, affaiblissement.
- C'est là une loi générale de l'évolution des langues.
En particulier, le fr. et le LP. ont tendance à supprimer et à adoucir certaines consonnes surtout dans les terminaisons. LP. : aimabe, artisse, exa, etc.. Dans le corps des mots : congessioriy mécredij Iranzvormer^ etc.
Interversion, — Le phénomène d'interversion peut être rattaché en principe au moindre effort. Hynopiisme, Maltide sont probablement plus faciles à prononcer que a hypnotisme », « Mathilde ».
Permutation. — Dans tous les idiomes et dans tous leç temps, certaines consonnes ont une tendance à se transformer en d'autres consonnes. Comme aujourd'hui, dans presque toute TAUemagne, « b » et « d » se transforment en « p » et « t » ; comme, autrefois, en fr. , « r » fut souvent changé en « s » (« chaire » , « chaise »), 17 en LP. devient souvent un n. Ex. : panelol, nenlille, inadi (« il a dit »). De même le son k, (c dur, qu) devient souvent t : cintième, kioste.
Abréviation. — L'abréviation est en LP. une source \ importante de formation de mots nouveaux. L'abrévia- / tion porta d'abord sur un grand n^bre de mots techniques, mots savants à tournure latine ou grecque q«e la science et l'industrie ont introduits dans la langue, et * qui sont le plus souvent assez longs. Pour gagner du temps, on a écourté ces mots. Par analogie, un grand nombre de mots bien français ont été abrégés. La même cause d'ailleurs est également intervenue ici à la base de ce phénomène : gagner du temps, surtout s'il s'agit d'un de ces mots qui reviennent à tout instant dans le métier, l'emploi, l'état. Ainsi le mot perme pour « permission ». Beaucoup de ces abréviations sont passées dans le langage correct fr.. Un grand nombre aussi ont été créés directement en fr. : « métro », « auto », etc..
On remarquera que le LP. termine souvent ses ahré-
viations sur la lettre o, et, aussi, ajoute un o pour terminer l'abréviation, même s'il n'y a pas d'o dans le mot : {avaroy Montparno), cela par analogie avec les mots techniques très nombreux dont les abreviations.se terminent par un « » (« métro », « auto », « photo », etc.).
Certaines abréviations sont terminées par une désinence particulière au LP., suffixe souvent péjoratif (a épicier », épicemar). On peut considérer ces sortes d'abréviations comme des dérivations, genre : godillots^ godasses.
Les abréviations se forment habituellement en supprimant ou modifiant la dernière ou les dernières syllabes du mot. Plus rares sont celles qui suppriment le commencement du mot (cipal, « garde municipal »). Plus rares encore celles qui font disparaître une ou plusieurs syllabes dans le corps du mot : « bataillon d'Afrique » devient hadaf, et « bataillon » bàion.
Liste de quelques abréviations relevant de ces diverses catégories :
l (LP.)
Arbi Arbico, Arbicot (krahe)
barbe (adi.) barbant
colon. colonel
couverte couverture
dégueule (aid].). . . . dégueulasse
perme permission
poisse. ...... poisson (souteneur) ,
Il (fr. et LP.)
auto automobile
Métro Chemin de fer Métropolitain photo. photographie
m (LP.)
Le Sébasto le boulevard Sébastopol
vélo vélocipède (bicyclette)
/ GRAMMAIRE ET SYNTAXE 6ï)