‹ Le langage populaire; grammaire, syntaxe et dictionnaire du français tel qu'on le parle dans le peuple avec tous les termes d'argot usuelChapitre 3 sur 79 · PRONONCIATION · texte numérisé non relu

PRONONCIATION

La grammaire, la syntaxe et le dictionnaire du langage populaire sont établis comme s'il s'agissait d'une langue étrangère, avec cette réserve, toutefois : les étudiants sont supposés posséder déjà une connaissance complète du français tel que l'enseignent les grammaires françaises. Mais il n'existe pas de grammaire française donnant la prononciation exacte et réelle du français tel qu'il est généralement parlé à Paris, par toutes les classes sociales, dans la conversation courante. 11 est donc nécessaire d'étudier ici dans le détail la prononciation actuelle /lu français. Car, avant de s'essayer à parler le français populaire en se servant de ses mots particuliers et de sa grammaire, il importe de posséder à fond sa prononciation réelle qui est, avec quelques diff'érences importantes, la prononciation générale. Cette matière pourrait faire l'objet d'un ouvrage dont le titre serait : Lt: Français, langue écrite et langue PARLÉE. En eiïet, si le français existait tel qu'il existe aujourd'hui, sans que l'écriture fut connue, et si on voulait le fixer actuellement par l'écriture, il différerait considérablement du français écrit tel que l'imprimerie nous le donne. Ainsi, dans le français parlé (par toutes les classes de la société), on dit un chfaly di chfau,

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vingl-quaC chevau (pour « un cheval, dix chevaux, \ingt-quatre chevaux »); elle se décolle (pour « elle se décollette») ; ch^sai pas, f chai pas, fh^ai pus , ch'ch'ai pas, etc.,' (pour « je ne sais pas ») ; et ainsi de suite.

On devra donc étudier d'abord tout spécialement la prononciation de la langue parlée, et plus particulièrement la prononciation du langage populaire (LP.), qui diffère, dans certains cas, de celle du langage correct (ftr.) et de celle du langage familier (fam.).

Prononciation figurée

La prononciation est jfîgurée dans cet ouvrage le plus simplement et le plus nettement possible, sans employer de notations extraordinaires et compliquées ni de lettres étrangères'.

Dans cette prononciation figurée :

àj dj M, représentent les sons ouverts et généralement brefs de « a », « o », « u », comme dans « chat», « botte », « butte ». Pour différencier la prononciation (fr. et LP.) de « moi » et de « mois » on écrirait donc mouà pour « moi » et mouâ pour « mois ».

eu représente le son ouvert, tantôt bref, tantôt long, de « eu » (le premier « eu » de « heureux »).

eu (sans accent) représente le son fermé de <c eu » (le second « eu » de « heureux »).

1. Gel ouvrage s'adrcssant non seulement, au point de vue scientilique, aux linguistes et aux étudiants, mais .encore, au point do vue pratique, au public, touristes, étrangers, provinciaux, et aussi aux écrivains, auteurs dramatiques et romanciers qui mettent en scène dans leurs œuvres les gens du peuple, et à tous ceux, enfin, (jui par pi-ofession ou par goût désirent connaître exactement le français populaire tel qu'il est parlé réellement à Paris, j'ai, autant (jue possible, évité d'employer certains termes techniques de linguistique et de grammaire, qui ne feraient, à m(m avis, qu'en compliquer inulilement l'étude.

Là prononciation figurée de « gueule » sera donc gaeùle; de « gueuler », gneùler ou gueuler, suivant les personnes ; de dégueulasse (fam.) : dégueulàsse, et de dégueulasse (LP.) : dégueùlâsse.

Cette notation eu (qu'il faut alors prononcer en voyelle brève) marque aussi que,!' « e » de tel mot ou de telle expression doit se prononcer. Ex. : digu endigue : digueùdigue. Je ferais bien une courte prière : uneii courieù prière.

i remplace y dans les formes populaires mterrogatives et exclamatives : cest i toi? cesi i beau ! (Le trait d'union n'est pas utile).

y est réservé au son « mouillé ». C'est une consonne. E\. : miyon (mi-yon « million »), escayer (es-ca-yé^ « escalier »).

c devient ç dans la prononciation figurée, lorsqu'il en prend le son par déformation du mot. Ex. : çle (« ce », « cet », « cette »).

h est ajouté pour marquer que la liaison ne doit pas se faire. Ex. : des canons hespécials.

k est employé dans certains cas pour simplifier l'orthographe phonétique. Ex. : qu'est qu'cest qu\a ? devient kékséksa ? •

's devient ss dans la prononciation figurée lorsqu'il s'agit de marquer qu'un « s » qui ne se prononce pas en fr. se prononce en LP.. Ex. : (fr.) « ananas » (anana) donne en LP. ananass.

z remplace 1' « s » dans la liaison. Ex. : iz, alz (« ils, elles »), peu z à peu^.

u ou (u) représente 1' « u » consonne comme dans « lui », « muet ».

ou ou (pu) représente 1' « ou » consonne comme dans « ouate », a oui ».

La consonne est doublée dans certains cas pour marquer qu'elle se prononce. Ex. : quatC (« quatre »).

L'apostrophe marque, lorsqu'il est nécessaire de le

marquer, la suppression d'une ou de plusieurs lettres. Ex. : y sais pas, un verre d'vin, entre quatfz yeux.

D'une façon générale, la prononciation populaire étant donnée ici une fois pour toutes, la prononciation figurée n'est pas marquée dans les exemples. Ainsi la phrase : elle est bien trop vieux pour se marier, sera écrite comme elle Test ici. Si on voulait noter la prononciation figurée, il faudrait écrire : elle est ben trop vieux pou' s' marier. Mais l'étudiant peut établir de luimême cette prononciation d'après les règles. D'autre part, on serait embarrassé s'il fallait préciser la prononciation exacte de cette phrase. En effet, certaines personnes disent: elle est. ben tropvieux pou' s'marier, d'autres : pour s'mariér ; la plupart prononcent elle é ben trop vieux ; certaines, très nombreuses, disent al é ben trop vieux. Enfin, pour bien noter l'orthographe phonétique, il faudrait écrire bin^ ou mieux bain. Il est donc plus simple, en général, d'écrire les exemples suivant les règles habituelles du français. Et on se reportera aux règles de prononciation.

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