‹ Le langage populaire; grammaire, syntaxe et dictionnaire du français tel qu'on le parle dans le peuple avec tous les termes d'argot usuelChapitre 4 sur 79 · VOYELLES · texte numérisé non relu

VOYELLES

a y en fr., se prononce de trois façons principales.

10 — ouvert et bref. Ex. : datte, patte, la (article).

2° — fermé et long. Ex. : câble, mâle, las.

30 — moyen, c'est-à-dire fermé et bref, eu fermé et de longueur moyenne. Ex. : chat, là.

Mais, en LP., a peut être à la fois ouvert et long dans les pénultièmes, dans le langage de certaines personnes qui le prononcent fortement et en traînant (accent voyou) : emballer, fader, aplatir, sapin, etc..

En général, le LP. et le fr. parisiens se tiennent à

égale distance des exagérations de certaines provinces qui, comme au Midi (et aussi en Flandre), disent patte et pâté pour <c pâte » et a. pâté »; et de certaines autres qui mettent des accents circontlexes où il n*en faut point. Mais le LP. marque une forte tendance à transformer en ù ou ê ses a ouverts, surtout quand ils sont suivis de certaines consonnes, r principalement. C'est ainsi qu'on dit errière, Montpernassej^our « arrière », « Montparnasse ». Cette tendance est générale pour les a ouverts. Si, dans les deux exemples précédents a ouvert est devenu franchement è^ dans la plupart des mots a ouvert et a moyen donnent un son qultient le milieu entre a et è. Les oreilles parisiennes l'entendent par habitude a, mais un étranger entendra, et d'autant plus nettement que la personne qui parle est située plus bas sur Féchelle sociale : la Glècière, hèhit, la Mèrie^ pour « la Glacière », « habit », « la Marie » (dans les mots disyllabiques et polysyllabiques).

oi

En fr. se prononce (ou)à, (ou)a et (ou)d^ suivant les cas. Ainsi : « moi » = mfoujà^ a mois » = m(ou)à ; « moire » donne m(ou)ar; « loi » se prononce l(ou)ày l(ou)a et l(ou)â selon les individus. « Ois », d'une façon générale, se prononce plutôt (ou)ciet « oi » (oujà.

En LP., tendance très forte à devenir (ou)è et (ou Je}. Actuellement le son de « oi » dans le mot « quoi » (et il en est ainsi dans presque tous les mots contenant « oi ») est intermédiaire entre k{ou)à^ et k(ou)é. Plus la classe sociale est basse, plus le son « a » dans « oi » se rapproche de e.

oie

oie par rapport à oi comme ée par rappoi't à ê. (Voir plus loin.)

36 LE LANGAGE ï>Ot>ULAlRE

Remarque : « oie » dans le corps d'un mot se prononce habituellement (ou)ày ou (ov)dif. « Aboiement» se prononce abouàyman. « Ils croient » donne en LP. il crouaijy ce qui distingue « ils croient » de « il croit », prononcé en LP. comme en fr,.

e> en, ea

e (e muet ; e comme dans : « premier »)

e se prononce de même en LP. et enfr.. Mais enLP. il s'élide beaucoup plus fréquemment qu'en français : dans l'article /e, dans les pronoms je, te, me, etc., (voir pronom) et dans le corps des mots. Il serait donc généralement moins marqué en LP.

Cependant dans certains cas, il est prononcé avec plus de force en LP. qu'en fr. :

1'' Dans certaines expressions toutes faites, clichés. E^. : f frais bien une courte prière,.. (Remarquer l'élision de Ve dans je et dans ferais, tandis que Ve de une demeure accentué et que Ve de courte est très mar- (jué; au moins autant que I'oh de courte, \epri et le èr de prière.)

2° Lorsqu'on lit à haute voix un document manuscrit ou imprimé. Alors se prononcent des e qui seraient muets dans le langage ordinaire parlé. Ils se prononcent plus fortement qu'en fr. et plus souvent, et d'autant plus que la personne qui lit le fait avec plus de difficulté et qu'elle est moins instruite. Pour la même raison, lorsqu'on cite un texte écrit ou parlé, lorsqu'on emploie des mots nobles entendus dans la bouche de personnes instruites, on marquera les e.

3° Dans l'accent voyou, Là, l'e^ comme toute autre ' voyelle, sera accentué et traîné fortement s'il se trouve dans le mot ou dans la phrase, à la place qui appelle cet accent. Ex. : vendredi (accent tonique sur dre).

C'est comme que fie dis (ticcent tonique de plirase sur le)\.

eii (ouvert) ne s'écrit pas avec un accent grave mais « eu », sans accent. L'accent grave est ici pour le distinguer de «iBu » fermé. ^

Se prononce comme en français, c'est-à-dire à peu près comme « e » dans « le», « te », « de », mais un peu plus long.

Dans « heureux », en fr. et en LP., le premier «eu » est un « eu » ouvert, le second un « eu » fermé.

eu (fermé) se prononce en LP. comme en fr. (comme le second « eu » de « heureux »). Mais il y a en LP. tendance à ouvrir les eu fermés. Ainsi on cKsait autrefois dégueuler, on dit plutôt maintenant c/ei/ue/iZer.

En fr. et I^P:, e, après « oi », « é », « ai », « aï », « i », « ou », « u », tantôt allonge la voyelle précédente, tantôt nç se prononce pas. Il se prononce dans le chant, où il se traîne désagréablement.

L La pratique pourra seule enseigner quand on doit prononcer el marquer les e. Les règles ne sont pas générjales. Et ce sont seulement des règles de fréquence. Tout cela varie suivant le degré d'instruction et d'éducation de l'individu, suivant sa classe sociale, ses fréquentations, son métier, etc.. De plus, comme ces phén«>mènes sont fondés à la fois sur les lois de la phonétique natui*clh' et sur les eff&ls artificiels de la langue imprimée, sur la tendance reconnue de toute langue à faciliter sa prononciation, à s'amollir, et, en même temps, sur l'atlectation, le snobisme particulier qui consiste soit à prononcer de certaine façon les mots que l'on croil nobles, soit à déformer d'autres mots, il est bien difficile dans Télat actuel du langage populaire d'en donner des lois formelles et i^vnérales, les causes étant trop diverses et souvent opposées (|ui contribuent aujourd'hui à en faire ce qu'il est.

(LemoLt'««ûfr<?(i/, dans l'accent voyou, a donc la deuxième syllabe très marquée. Il faut remarquer qu'il n*en serait pas de menu» pour « samedi ». Ni le fr., ni le LP. ne prononceront l' « e » dans la syllabe « me » de « samedi ». Et, même en vers, il n'est pas possible de le marquer sans faire sourire, car prononcer cet « e » serait méridional.)

é {é fermé)

En LP. comme en fr.. Son existant dfins toutes les langues du Nord. (Marqu^uivant les cas* par T « a » long anglais, le « ee » flamand, le « eh » et le « a » allemands, etc.)

ce

ée comme é fermé, long. Un peu comme deux « é » fondus en un seul, le second moins accentué que le premier. « Armée » se pi^ononcera « armé(é) », « allée » : « alé(é) » (LP. et fr.). En LP., Yée des participes passés féminins se confond avec Yé masculin. Dans: « La fleur que je t'ai donnée », on prononcera donné. En effet, on écrirait aussi donné. Une femme parlant d*elle-même et disant « je suis allée » marquera peut-être un peu Ye atone par un léger allongement de Y « é », mais la nuance est subtile. Il semble bien que « ée » ne soit sensible que dans les substantifs, comme « armée ». Il semble aussi que « ée » attire fortement l'accent tonique sur la dernière syllabe. On dira : « il a doté l'arMÉE d'un nouveau fusil », et : « je suis ARmé d'un nouveau fusil ». (Toutes ces nuances existent dans le langage populaire, tantôt plus faibles, tantôt plus fortes que dans le français parisien correct. Rien n'est absolument fixe.)

c (avec le son de a è » : « heWe ») : è, ê

Se prononcent comme en fr..

La différence entre è et ê existe en fr. et en LP.. Mais elle est flottante. S'il v a deux sons bien distincts pour ces deux lettres, on n'en tient pas toujours compte.

Il faut surtout éviter de prononcer trop bref. Ainsi, bien qu'on doive dire « sètt » et « bête » (« sept » et « bête »), il vaudra mieux dire sête que bette. Sêle passera inaperçu ; bette ne serait pas compris ou ferait rire.

e, avec le son de « è », se change parfois en a. Ainsi le pronom « elle », « elles » devient al, a^ alz, az.

Dans certains mots, e en fr. correct prend le son de « è » et, en LP. et fr. fam. parisien, le son de é. Ex. : « les », « des », « tes », etc. ; fr. : « le », « de », « tè » ; LP. et fr. fam. parisien : lé, dé, té.

ai, ais ; ei, eai, eais

En fr. ai se prononce tantôt « é », tantôt « è ». Ex. : aimer (èmé), aise (èz), aiguille (èg(u)iy ou ég(u)iy), j'aurai (joré), il sait (se), etc.. Mais le son « è » est plus fréquent que le son « é ».

En fr. « ai » marquant le futur (« j'aimerai ») se prononce « é » ; « ais » marquant le conditionnel se prononce « è ». Le LP. confond ces sons et ces orthographes comme il confond les sens du futur et du conditionnel. Aujourd'hui — dans ce cas — ai et ais ont un même son intermédiaire entre è et é.

En dehors de ce cas particulier, le LP. et le fr. de Paris coïncident : (fr. et LP.) un geai (je) ; j'ai (je) : mauvais (movè ou movê); j'aimais (jèmè ou jèmê) ; un cheval bai (bè).

ei, toujours ouvert.

eai, eais, comme ai^ eais.

aie, aie, par rapport à ai, aï comme ée par rapport à e. (Allongement ou sans modification. Voir e et ée).

i, i En fr. et en LP. il n'y a pas de différence très marr

40 LE LANCtAGE populaire

quée entre « i » bref et « i » Jong, « i » ouvert et « i » fermé. En principe ^ « gîte », « cîrtfe » se prononcent autrement que « site », « lentille », « signer » ; mais la différence est peu sensible. De même que pour « è » et « ê », dans le doute il vaut mieux prononcer long que bref. Mais, en somme, V « i » français actuel est moyen. Malgré les nuances ci-dessus indiquées, il reste dans une zone médiane qui ne s'étend jamais jusqu'aux « ee » anglais (green, stecl) ni jusqu'aux « i » brefs de ta même langue (pin, fit).

L' « i >> n'est pas une lettre très forte en français. Sur les finales en « ir » (verbes), il est plus marqué. Mais on dira aussi bien Mourir que moulin. Dans l'accent voyou i peiîl devenir fortement accentué lorsqu'il est pénultième du mot ou de la phrase. (Il en est, d'ailleurs, de même pour toutes les voyelles.)

le, par rapport à / comme ée par rapport à é. (Voir e et ée.)

Se prononce comme i. C'est une des irrégularités de l'orthographe française. Ex. :il y a (il i ya); lion(lyon); Lyon (lyon); crier (criyer); j'y vais(jivè).

o, 0, 0, an, eau

ô (l'accent grave n'existant pas dans récriture, est mis ici pour marquer le son ouvert) est très ouvert dans certains mots comme : « hotte ». Il n'est pas aussi bref que dans les mots anglais « hot », « pot ».

dans « homme » est moins ouvert et moins bref.

ô ou au est très fermé. (Ce son n'existe pas dans la France du Midi.) Ex. : taule, « pôle », « chevaux », « chaud ». Il^st assez long, en général, m.ais est loin d'atteindre la longueur de l'anglais « fall », « bowl », de rallemand « Sohn ».

A Paris, il y a un grand nombre de façons de prononcer la voyelle o. C'est tine difficulté pour l'étranger, car les nuances, bien que fixes, .ne reposent sur aucune règle. Ainsi Vo de alors semble un peu plus bref et plus ouvert que celui de or. L'usage indiquera ces nuances.

Dans quelques mots au est ouvert et bref. Ex. : « mauvais » (prononcer « ,movè »). De même « rôti » se dit « rôti » (à peu près le même son que dans homme.) \

eau, comme au.

ou

ou, en fr., est bref, un peu sourd, ouvert, et se rapproche beaucoup plus par le son de « o » que de << u ». C'est donc à côté de « o » et comme dépendant de « o » qu'il faut le placer phonétiquement dans -la liste des voyelles. Le son de « ou » est intermédiaire entre le son anglais « oo » (longueur et degré d'ouverture à égale distance de « foot » et « boon ») et le son français de « o » dans « homjne ».

Les divers sons de « ou » peuvent être notés ainsi : bref, « douce » ; moyen, « doux » ; long, u douze ». Ces nuances ne sont pas très sensibles.

Actuellement, en LP., ou marque une forte tendance à revenir à l'o. Exemple : ovréier (« ouvrier >^)^jornal («journal »), borgeois (^d bourgeois »), toto (<c pou » : étymologie probable toutou, petit chien, petite bête qui couM).

oue par rapport à ou comme eepar rapport ké. (Voir c et ée.)

u, u. Il ù (accent ayant un autre sens dans l'écriture, mais

42 ' LE LANGAGE POPULAIRt:

mis ici pour marquer le son ouvert). Bref et court dans « butte », moyen dans « poilu », « mur », « sur », long et fermé dans « mûr », « siir ». Ces différences ne sont pas très grandes. « u » est en français un son assez voisin de « i », et, comme « i », moyen et peu différencié. Parfois, en LP., tendance à devenir eu. Ainsi dans un (devant une voyelle) et une, u prend [exactement le son de eli (surtout parmi les basses classes)- Ex. : eùn homme, eùn femme (non nasalisé).

ue par rapport à u comme ée par rapport à é. (Voir e et ée,)

VOYEF^LES NASALISÉKS

an, en, uh (un, ein, on, un

Eu LP. comme en fr., sauf quelques rares exceptions particulières.

Exception générale : un (nasal) se prononce toujours m en LP. Ainsi « lundi » se prononce lindiK

i. Pour. prononcer les voyelles nasalisées.

Emeltre un son nasal quelconque, c'cst-à-tlirc faire vibroi* les j)arois intérieures des narines, produire le bruit du chant à hourhc fermée (bourdonnement) et, ex même temps, émettre :

un n (à, a, â) ; ce qui donne les divers sons nu, en.

un e (eu) ; ce qui donne un (son n'existant |)as en LP.).

un è (ou V, ou e); ce qui donne les différents sons in, cin, (lin, en (Iranscription pour la prononciation : tn).

un ((5, 0, d) ; ce qiii donne les divers sons do on.

Des grammaires et des traités de phonéUque enseignent qu'il n'y a pas de différence dans les prononciations de ain et de in. C'est inexact. Ni en fr. de Paris, ni en LP., pin ei pain ne .se prononcent de façon exactement semblable. Il n'y a qu'à faire dire à un Parisien « une forêt de pins » et « un morceau de pain ». « Pain » est plus sourd et plus profond que « pin ». Et les lèvres s'ouvrent plus pour dire « pain » que pour dire « pin ».

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