‹ Le langage populaire; grammaire, syntaxe et dictionnaire du français tel qu'on le parle dans le peuple avec tous les termes d'argot usuelChapitre 42 sur 79 · PRONOMS PERSONNELS · texte numérisé non relu

PRONOMS PERSONNELS

« Je »

/ Le de je disparaît souvent en LP. de^^vaiit une con ^ sonne, comme d'ailleurs en fr., mais bien plus fréquemment qu'en fr.. Ainsi, le LP. dit presque toujours j^ viens, pour « je viens », que le fr. emploie de préférence. Ve de je se comporte à peu près comme celui de le (article), sans qu'on puisse donner d'autres règles générales qu'une suppression très fréquente. Ex. : J'I'ai vu. J'suis d'Pantruche. Viens ici, que jHe dis.

Le / devant une consonne sourde devient ch\ ChHe dis. Ch^sais pas. Mais lorsqu'il prend son point d'appui sur une voyelle précédente, il demeure sonore. Viens donc que j'te dis. Car ici le j se lie à ïe de que et non au / de te. Prononciation figurée : keùj teu dî.

Dans la transcription littéraire du LP. en fr., on écrit souvent ej pour je. En effet, on peut entendre parfois ej viens (eùj), ej tiens, etc.. Mais en réalité, la forme ej résulte de la chute de Ve de je, de la liaison de / avec un e précédent, naturel ou ajouté. Ex. : « c'est ce que je te dis », ce skeùj teù di ; « quand je suis venu », kanleùj sui venu, kanltkeùj sui vnu.

GRAMMAIRE ET SÏNTAX.E i09

(( Moi »

En LP., comme en fr. (voir Prononciation). Mais on dit plus souvent, moi je en LP. qu'en fr.. Ex. : « J'aime le vin », moi f aime le vin,^ « Je n'aime pas le riz », moi f aime pas le riz, « Alors je prends le verre et je ' lui dis : je ne trinquerai avec toi que si tu es du pays ». Alors y moi f prends r verre et fui dis : moi /'trinque avec toi qn' si l'es du pays.

Remarque. — Moi explétif. En fr. fam. moi est placé sans utilité ni signification après certains verbes dans certaines phrases : « Regarde ça » et regarde-moi ca (fr. fam.) ont le même sens. 11 en est de même en LP. Ex. : Regarde-moi voir çf idiot 'là. Prends-moi çte brique et fous-lui zi sur la gueide.

(( Me )), (( m' »

Comme en /r. M' plus fréquent en LP. qu'en fr. devant une consonne.

« No

us »

Souvent suivi de autres (nous autres, nous auC) ; de on (nous y on), de autres et on à la fois {nous autres^ on).

Ex. : Nous autres femmes, « nous les femmes ». A^ou* on aime pas ça! « nous n'aimons pas ça ». Nous auV on s'en fout ! « nous nous en foutons ».

Remarque. — En fr., on dit par politesse « lui et m^oi », « elles et nous », etc.. En LP., la première personne se place en premier : Moi et vous, moi et elle (souvent moi z et lut, etc.), nous et eux, etc..

112 ' LE LANGAGE POt>ULAmE

« Celle qui Tainie » se dit en LP. : celle qui Waime, tandis que « celle qu'il aime » se prononce en LP. comme en fr.. Cette distinction est fort commode et le fr. aurait intérêt à Tadopter pour la plus grande clarté du discours.

Re3iarques. — On entend souvent des phrases comme ie IVai faite venir, ce qui distingue le complément féminin d'un complément masculin. « Celui qui l'a fait venir » signifie en fr. « celui qui a fait venir lui ». Le LP. dira celui qui IV a fait venir (ce qui différencie à l'ouïe cette phrase de la phrase « celui qu'il a fait venir » : « celui que lui a fait venir »). « Celui qui l'a fait venir » signifie aussi en fr. « celui qui a fait venir elle ». Le LP. dira alors celui qui IVa faite venir.

En fr. « le », « la », « les » se placent avant les pronoms personnels « moi », « toi », « lui », « nous », « vous », « leur », dans les phrases comme : « donne-le moi ». En LP. on dit au contraire donne-moi le, donne-moi la, ôtc-lui la, prends-moi les, rends-lui le, etc..

En fr. et en LP. on dit « il me le donne », il te le donne », etc., etc.. Mais « elle le lui donne » sera traduit en LP. par elle lui zi donne ; « il le lui a donné » par il lui ziy à donné ; « il le leur donnera » par il leur zi donnera.

En général, lui entraine en LP. y, zi, ou ziy à la place de « le », « la », « les ». C'est ainsi que les formes rends lui zi, ôtc-lui zi, etc., sont plus fréquentes en LP. que les formes : Rends-lui le, ôte-lui la. On ne -dit pas rends-leur le, mais rends-leur zi. Toujours y, zi ou ziy après leur dans ce cas.

A noter la locution refais-le-îfie-le « refais-le moi » a fais-le moi encore une fois ».

(( Leur ))

Leur^ leurz, learzi, leurziy^ i, iy, zi, ziy. Ex. : Je leur causCy tu leurz a dit, nous leurz i donnons, vous leurziy avez dit, donne zi leur argent ; j'i dis, fiy ai dit, jiziy ai dit à tous de s'en aller.

« Eux ))

Sauvent suivi de autres (eux autres) euz auC). Se prononce qqf. eus s.

Remarque. — Les figurations habituelles de ces prononciations quand on met en scène des gens du peuple sont :

y y ai dit, j' lui y ai donné, vous leur-z-y avez causé.

Même sens en LP. qu'en fr., dans les cas où le fr. remploie. En LP., remplace certains pronoms « lui », « eux », a leur », etc.. (Voir plus haut.)

REMARQUE. — Certains pronoms s'emploient fréquemment dans les locutions populaires de façon elliptique. En être (« faife partie d'un ensemble », des pédérastes, par exemple) ; s'en foutre (« se foutre de tout ») ; s'en faire, ne pas s'en faire (n se faire, ne pas se faire de souci », t/e bile) etc.. De môme, pour les pronoms le, la, les. Le mettre à qqn. (sens ûguré : « avoir le dessus », « obliger qqn. à faire qqch. malgré lui ») ; on la perd(yi on perd la tête ») ; les mettre (les voiles, les bouts de bois), « se sauver », « s'éclipser » ; Vavoir (« la vérole », « son pucelage ») ; la perdre (« la tête ») ; Vavoir perdu ( « son pucelage »). Etc..

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