IL DIT
nous dîmes
vous DÎTES
ils dirent
Et cela prête à confusion.
On trouve encore en LP. le passé défini dans le récit, la relation plus ou moins officielle d!un fait, d'un événement, d'une aventure, d'une anecdote. Les phrases où figure le passé défini sont presque toujours la reproduction, exacte ou non, de phrases récemment lues ou entendues. Ex. . A la première attaque 7wus fûmes décimés, à la deuxième attaque nous fûmes anéantis (phrase dite par un ouvrier parisien qui certainement n'avait jamais employé le mot
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« fûmes » avant de Tavoir entendu de son adjudant, qui lui-même, sans doute, le tenait du capitaine).
Lorsque, par exception, le peuple de Paris emploie le passé défini, il ne le manie pas avec sûreté. Les formes qui suivent sont rares, pour ce que le passé défini est rare lui-même, mais elles semblent être les formes populaires régulières actuelles: il s'enfuya (« il s'enfuit », au passé), ils s'enfuyèreni ; il envahissa, ils envahissèrent.
(J'ai même entendu quelquefois il finissa et, une fois, il disa).
Temps composés. — Les temps composés sont formés à Taide de Tun des auxiliaires « être » et « avoir ». Mais, alors qu'en fr. on dit « j'ai été », en LP. on dit plus souvent je suis été (avec ou sans la liaison : je sui été, je sui z été),.
Par contre, les verbes neutres ou pronominaux dans lesquels le fr. emploie Tauxiliaire « être » prennent souvent en LP. l'auxiliaire avoir,
Ex. : « je suis venu », « je suis monté », « je me suis fait mal », « je suis tombé », « je suis sorti », etc.. LP. : j'ai venu, j'ai monté, je m'ai fait mal, j'ai tombé, j'ai sorti, etc.. De même : je m'ai acheté un costume.
Cette règle, assez générale, n'est pas absolue, la langue populaire n'étant pas encore fixée. Les exceptions sont nombreuses et variables. Il serait impossible d'établir des sous-règles ou des listes d'exceptions. En cette matière, comme toujours, l'usage indiquera la meilleure façon de parler, qui varie d'un lieu à l'autre, d'une heure à l'autre, d'une personne à l'autre, suivant L'euphonie, le hasard et la fantaisie. Ainsi on dit toujours je m'ai fait mal, mais on dit plus rarement : vous vous avez fait mal. On dira plutôt comme en fr. : « vous
GRAMMAIRE ET SYNTAXE iîl
VOUS êtes fait mai ». Dans l'interrogation, on reviendrait à l'auxiliaire avoir : vous vous avez ii fait mal ? semble plus fréquent que vous vous êtes ii fait mal ? On dit toujours j'm'ai foutu la gueule en bas. On dit plus souvent : nous nous avons foutu la gueule en bas, que nous nous sommes foutus la gueule en bas.
Remarque. — Foutre lé camp, fiche le camp, prennent toujours en LP. l'auxiliaire être. Alors que le fr. familier dit : « il a foutu le camp », « ils ont foutu le camp » le LP. dit : il est foutu le camp, ils sont foutus le camp.
Passé indéfini, plus-que-parfait. — Le passé indéfini a pris la place du passé défini en LP. et en fr. fam.. Il est possible que le plus-que-parfait remplace un jour Timparfait. Dès maintenant, il commence à se substituer à l'imparfait,, d'abord lorsqu'on hésite sur la forme à donner à l'imparfait et aussi quelquefois sans qu'on puisse trouver d'autre raison que la tendance analytique de la langue à remplacer une forme verbale constituée d'un seul mot à flexion indiquant le mode, le temps, la personne, par une autre forme comprenant deux mots, dont l'un, le participe, est invariable (à l'audition, tout au moins).
(C'est là aussi une cause de la substitution du passé indéfini au passé défini).
Parfait antérieur. — Le parfait antérieur : « j'eus aimé », « tu eus aimé », « il eut aimé », etc., n'est pas connu en LP..
Futur. — Le futur traverse une crise en LP.. Mais les Français cultivés eux-mêmes, exception faite des écrivains, grammairiens, orateurs de métier, hésitent
[^i LE LANGAr.K POPULAIRE
parfois à le former. Ainsi, bien des gens, même instruitl^ hésiteront un instant avant de prononcer « j 'in j muerai », « je suppléerai ^), « je crierai », « les demandes afflueront », dc il expropriera ». Il est vrai que ces formes sonnent de façon bizarre à Toreille.
Les \erbes de la première conjugaison en « a}er », donnent phonétiquement en fr. au futur <( èyré » et « ère ». Ex. : « je payerai » ou « je paierai » (fr. « pèyré » ou « pêré », LP. toujours/?èi/ré). « J'effrayerai » ou « j'effraierai ». (fr. « éfrêré », LP. éfrêyré).
Les verbes en « oyer » donnent phonétiquement en fr. au futur « ouàré ». « Je noierai » («je nouàré »). En LP., on prononce toujours ouàyré. Ex. : « je noierai », « il aboiera », « nous nettoierons » ; LP. : je nouàyré (transcription habituelle noyerai), il abouàyray nous nélouàyron.
Dans les verbes réguliers de la i^* conjugaison, où la terminaison « er » est précédée d'une seule consonne, r« e » qui précède r« r » dans le futur ne se j)rononce ni en LP. ni en fr. ; ce qui tend à confondre pour le futïir les différentes conjugaisons. On dit ainsi ; « j'èmré » (« aimerai »), « tu gagnra » (« gagneras »), « il mouyra » (« mouillera »), « nous rprochron » (« reprocherons »), « vous najré » (« nagerez »), « ils simulron » (« simuleront »).
Exception : « trouver » fait trouverai, trouveras , etc., au futur en LP..
Dans les verbes de la première conjugaison où la terminaison ce er » est précédée de deux consonnes différentes et dures à prononcer, !'« e » du futur demeure : « je sifleùré » («. sifflerai ») ; « tu coffreras », « il encadrera », « vous tremblerez » (« cofreùra », « ancadreùra », « trambleùré »).
Exception. — Lorsque 1' « r » est la première des deux consonnes, V « e » disparait généralement : c^ je eharjré »
(ce chargerai »), « tu cliarmra » (« charmeras »), « il purjra » (« purgera >)), « nous réformron » (« réformerons ».
Pour la deuxième conjugaison, le IjP. a tendance à marquer deux « r ». au futur. Ex. : je finirrai (« je finirai ») bien par le retrouver.
Le futur constitué selon la formation rouïane, adjonction du présent du verbe avoir à l'infinitif : j*aimer-ai, je finir-ai, je recev(oi)r-ai, je rompr(e)-ai, semble reculer en LP. devant le futur de forme germanique, c'est-à-dire formé avec un auxiliaire : « je veux partir », « je vais partir » sont plus fréquents en LP. que « je partirai ».
Aller et vouloir se confondent : le train va partir ^ le train veut partir.
Futur antérieur. — Comme en fr.. Plus fréquent, semble-t-il ; aurait tendance à s'employer en place du futur simple.
Pour certains verbes, emploi inverse de celui du fr. des auxiliaires être et avoir. Ex. : « je serai tombé », j'aurai tombé ; « j'aurai été », je serai été.