‹ Le langage populaire; grammaire, syntaxe et dictionnaire du français tel qu'on le parle dans le peuple avec tous les termes d'argot usuelChapitre 73 sur 79 · LOCUTIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

LOCUTIONS DIVERSES

Dans chaque langage, il existe un certain nombre de locutions, plus ou moins explétives, qui, assez inutilement, émaillent la phrase (surtout quand la personne qui parle éprouve une certaine difficulté à s'exprimer). Les Belges affectionnent la locution : savez-vous. En anglais : y ou know, I say, y ou see, look hère, is il? etc., sont de cette sorte. En fr. : vous savez, n'esUce pas ? eh ! bien, mon Dieu ! voyons, par exemple, abondent dans le langage de certaines personnes.

Il en est de même en LP.. On peut citer parmi les locutions de ce genre les plus fréquentes : qu'il dii, qu'il a dit, qu'elle dit, etc. ; qu'il me dit, qu'il me fait,., que je dis, que je fais... qu'il lui dit, qu'elle lui fait, etc., etc.. (Prononcez suivant les règles : « il» devient i, « me » m'). Ces locutions sont employées lorsqu'on relate une conversation.

Ex. : Alors, qui m'dit, vous avez ti causé à la concierge? — Oui^ que j' dis, que j' l'ai vue, çle femme! — Alors, qu*i m'dit, quoi qu'elle a dit ? — Quoi qu'elle a dit ? que j'iui fais! Eh ! ben, elle a dit que l'gérant i va s' fâcher, qu'elle a dit, ya pas d'erreur ! qu'vous décessez jamais d'fair' vot' raffut au cintième dans les colidors et les ouatères, qu'elV dit, et l'gérant i s'ra pour sûr un homme à vous fair' foule à la porte, qu'elle dit, n'ayez crainte !

LE LANGAGE POPULAIRE isïii parmi les locutions les plus fréquentes : ferrear ! (s siirement ! » « certainement 1 ») crainte ! (« sûrement ! a « vous pouvez y

« vous n'y échapperez pas o, etc.) ie juste !{<• naturellement», «évidemment») vas ? (S'pas ?) josiiion...

Ul (« en fait », aftiimalion de sens vague).

î faire (sens vague).

m dit (afTaiblissemenl de la phrase, réserve). ;a (de même que pour comme on dit : / m'a

ça qa'il allait venir).

: locutions populaires correspondent régu- 9 bligatoi rement à certaines situations ou h hrases. Ainsi, lorsqu'on montre a <iqn. une ntité de choses quelconques (livres, meubles,

par CAempIe), la personne à qui on montre loit dire : Y a li'i/uoi faire ! Lorsqu'une perostique dès événements fàcheu;!, on lui dit :

d'malheur ' Lorsqu'une personne (un infé- I égal) se distrait en s'occupant à de petites < intérêt ; tambouriner rie ses doigts sur les liqueter des allumettes, tortiller un bout de lui dit : les enfanta s'amusent (ss-ent. : les mronl da bon temps). Quand une personne ^oùt marqué pour telle chose, telle personne : «graphe, le gigot, le tabac, son chien, etc., loi et Ion cinéma! toi et ton gigot ! toi et

etc., (ou vous et vos cartes, etc.).

<s ! »ODï parlez ! se dit quand on est de l'avis

ine qui parle, alin de marquer son approba-

ntun peu ironique, si la personne à qui on

<i a dit quelque chose d'évident.

j ! Pensez-vous ! se dit dans le cas contraire,

î désapprobation.

GRAMMAIRE ET SYNTAXE lOi

Vous pensez ! est une locution admirative.

Et. comment ! signifie « bien sûr I » « évidemment ! »

T comprends I (même sens).

Ne pas être fixé. Cette expression n'a pas de signification précise. On pourrait croire que vous n'êtes pas /ia:e signifie « vous êtes éclectique », « vous n'avez pas dMdées préconçues ». Mais, en fait, on dit cela à propos de rien et de tout. Le rire doit accompagner cette locution. Qqf. signifie « ne pas avoir de goût». Se dira, par exemple, d'une femme qui mettra un chapeau n'allant pas avec sa robe, qui portera des couleurs mal assorties.

Tais-toi donc ! taisez-vous ! taisez-vous donc ! ne sont pas des invitations au silence. Ces locutions sont employées dans un sens assez voisin de penses-tu ! pensez-vous ! (contradiction). Mais fort souvent elles prennent place dans la phrase, soit comme explétif, soit comme renforcement, pour appuyer sur tel mot, pour marquer plus spécialement telle ou telle idée, tel événement relaté, soit dans le sens de « bien plus ! »

Ex. : (Question) — « Alors, le chien vous a suivie jusqu'à l'hôtel? » (Réponse) — Taisez-vous donc, il a monté en tramway avec moi.

Voici une liste de quelques locutions populaires usuelles :

Sans blague (I ou ?) (« c'est vrai ! » « vraiment ? »).

A vos souhaits ! (se dit à qqn. qui éterniie)

Dieu vous bénisse î (même cas)

J'vais vous dire une bonne' chose ! (préparation oratoire)

Tu t'en ferais mourir ! (« ce n'est pas pour toi I » « c'est trop bon pour toi I »)

Eh ! la coterie. . . (« ohé ! les amis î ») Vous me faites rire ! (« ce que vous dites est stupide »)

162 LE LAJÏGAGE POPULAIRE

Camarade syndiqué (formule d'amitié employée par les ouvriers).

Vous comprenez ce que je vous parle ? (expression un peu méprisante, nuancée d'irritation)

C'est bien le cas de le dire ! (affaiblissement) Comme qui dirait,», (affaiblissement) Faites chauffer la colle ! (se dit quand qqch. a été cassé par qqn.)

Je dirais bien une courte prière pour que... (je voudrais bien que...)

Ça n'a rien à faire ! (dénégation, refus) Ça n'existe pas ! (dénégation, refus, mépris) C'est à se les mordre ! (« c'est très comique ») Va dire à ta mère qu'elle te refasse ! (« tu es laid, mal bâti ») Faites I (formule de politesse. Réponse à «pardon ») Non I mais, des fois .'.. (dénégation méprisante) Tu ne voudrais pas !' Vous ne voudriez pas ! (dénégation méprisante)

On mangerait par terre (« c'est très propre, très bien entretenu ». Quand il s'agit d'une chambre, de l'intérieur d'un logis).

Sans vous commander.,, (formule de politesse envers un supérieur)

N'en jetez plus ! N'en jetez plus, la cour est pleine ! (« assez I »)

Pardon-excuse ! Excusez ! (« pardon I » « excusezmoi ! »)

Ya pas d'offense !

Cette locution s'emploie dans trois sens différents : I. — « Qe n'est pas déshonorant » (pour vous); « ce n'est pas de votre faute » ; « vous n'en êtes pas responsable » ; II. — « vous ne m'avez pas offensé ; IIL — « sans avoir l'intention de vous offenser ».

GRAMMAIRE ET SYNTAXE l6â

Ex. : (I) « Mon frère est en prison » — Yapas d'offense,

(II) ce Oh î je vous demande bien pardon I — Ya pas d'offense.

(III) Y a pas d'offense^ bien sûr! mais vous croyez pas que çte pièce elle est fausse !

Toutes les expressions qui précèdent sont courantes dans la conversation populaire et font partie de la bonne éducation populaire.

Celles qui suivent sont moins importantes et moins habituelles. Mais il est utile de les connaître.

Ça fait la rue Michel (« ça va bien comme ça ; ça fait le compte »).

Elle a la croix de sa mère (sans signification ; se dit d'une jeune fille sage^ d'»me petite fille qui fait sa première communion et qui porte une croix sur sa poitrine. L'origine de cette locution doit être quelque mélodrame où la mère retrouve sa fille, grâce à la croix qu'elle lui attacha jadis au col).

T'as ioriy Toior, Tu t'eniêies et Vas iorl^ Tolor,

A la tienne y Etienne.

Tu parles y Charles,

Un peu, mon neveu.

Tu l'as dur, Arthur,

Comme de juste, Auguste,

Aucune de ces locutions n'a de signification précise. Ce sont simplement des allitérations.

Vas-y Léon I (sans signification)

Poil... (suivi de l'expression d'une partie du corps mise là pour rimer avec la fin d'une phrase de l'interlocuteur. Ex. : « Je n'en ai pas trouvé !» — Poil au nez ! « Alors je n'ai plus voulu ». — Poil au cul !)

Avoir la peau trop courte (« être fatigué », « ne pas vouloir »).

Etre réglé comme du verre pilé (comparaison incompréhensible).

U)ï LE LANGAGE POPULAIRE

Engueuler comme du poisson pourri (« tancer vertement »).

Elle est comme la poupée d^Jeanneton^ elle n'a ni cul, ni fesses y ni tétons {</: elle est plate comme une planche »).

Travailler comme un mercenaire (« travailler durement et péniblement »).

Et ta sœur? (« je ne te demande pas ton avis », <c silence ! », « ce que tu me dis est stupide »)

Je suis comme Thomas, je suis incrédule. {Thomas pour « Saint Thomas ». On entend qql'. : je suis comme Jules, je suis incrédule. Évidemment, il y a ime confusion entre Thomas et Jules, De plus, Jules rime avec incrédule.) —

Ça vous tombe dessus comme la misère sur le pauvre monde (image de fréquence ou de soudaineté).

// auront la graisse^ mais ils n'auront pas la peau I (« on nous fera souffrir, non mourir »)

Certaines locutions populaires sont faites de comparaisons, d'images particulières. Les unes sont justes, d'autres le sont moins.

D'un homme ivre, on dit qu'il saoul comme un cochon, comme une bourrique, comme une vache.

Plein comme un cochon.

Sale comme un cochon.

Sale comme un peigne.

Mauvais comme une gale.

Plate comme une limande.

ISu comme un ver.

Malheureux comme les pierres.

Con comme la lune.

Etc., etc..

Remarquf. — Dans un grand nombre de locutions populaires, les mois sont joints les uns aux autres de façon particulière.

GRAMMAIRE ET SYNTAXE i6o

Ainsi :

A ce qui se parait (« à ce qu'il paraît »).

D'un côté comme de Vautre (« de côté et d'autre », « des deux côtés »).

... de vrai (« vrai », « véritable ». Ex, : de la dentelle de vrai).

Si je n'étais que toi... (« si j'étais toi », « si j'étais à ta place »).

Du pareil au même (« identique », « identiquement j»).

Pas un ie quiconque (« nul », « aucun », « personne »).

rr<Tti tS

LOCUTIONS EPHEMERES

A tout instant, des circonstances fortuites font naître des locutions populaires, généralement stupides, dont la vie assez courte ne dure que quelques années. Certaines d'entre elles n'apparaissent que pour disparaître aussitôt. D'autres, plus robustes, résistent mieux, et jettent quelque éclat avant de mourir. Leurs origines sont diverses :. métiers manuels, mécanique, musichall, roman-feuilleton, politique, guerre, etc.. .

Il se peut que quelques-unes d'entre elles demeurent dans la langue. Les trois premières citées ci-dessous en ont déjà presque complètement disparu. Les suivantes sont récentes et datent de la guerre.

En voulez-vous des z homards ? Ak ! les sales bêles., ils ont du poil aux pattes (dés.. Sans signification).

T'en as un œil ! (dés.. « Oh! quelle tête î » « quelle raine tu fais ! »),

Oh ! quel œuf! (dés.. « Oh ! quelle tète ! »)

T occupe pas du chapeau de la gamine ! (« laisse ça ! viens, ça ira tout de même »)

T'occupe pas du pot de chambre ! (« ce n'est pas ton afl'ajre »)

Pincer le marbre ; cisailler le barbelé; cherrer dans le.'s bégonias, dans le camembert ; bousculer le pot de fleurs ; égratigner la carrosserie ; etc.. (« exagérer », « se \anter », « hàbler », aller fort).

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