FORMULES DE POLITESSE
« Monsieur ». Prononciation meùcieu (comme en fr.), meucieu (le premier eu ayant le son fermé), msieu et qqf. (dans Femphase, la colère, Tironie) meh-sieu, avec Veh très allongé et très appuyé.
« Madame ». Prononciation madame (comme en fr.), mà'àme, màme ou mâme. (Ce dernier mot suivi du nom. Voir plus loin.)
« Mademoiselle ». Prononciation mac/moizè/e (comme en fr.), mamoizèl (fréquent), et ma msè/ (plutôt rare).
Autrefois, il était considéré comme de mauvais ton (chez les gens bien élevés) de faire suivre « Monsieur », « Madame », <c Mademoiselle » du nom de famille quand on s'adressait à qqn.. Ex. : Bonjour, Monsieur Bonnet, Comment allez-vous, Madame Ancelin ? Mademoiselle Mouillot, videz donc votre verre.^ Cette façon de s'exprimer, générale dans le LP., se répand de plus en plus dans les classes supérieures. On peut la considérer comme d'origine commerciale ' . C'est d'ailleurs une habitude commode et qui n'a rien de vulgaire en soi. C'est la coutume générale des gens bien élevés
1. On entend parfois dire Monsieur, sans le nom, la dernière syllabe très allongée, puis coupée brusquement. On s'exprime ainsi dans le cas où, ne sachant, ou bien ne se rappelant pas le nom de son interlocuteur, on veut lui donner Tillusion qu'on le connaît parfaitement. Cette façon de parler est fréquente chez les commerçants (a petits commerçants », « boutiquiers »),
en Angleterre et en Amérique : « How do you do, Mr Smith? » « Please sit down, Mrs Miller. » « Look hère, Miss Dixon ».
Madame j suivi du nom (ou du titre) se contracte souvent en Màme. Ex. : Marne Béchu, Maine Durand^ Màme la Marquise. Parfois on entend Ma-ame, au lieu de Màme.
Messieurs-dames. C'est la formule générale, obligatoire, de salutation à l'arrivée et ^u départ, à l'entrée et à la sortie. On dit Messieurs-dames^ tout court, sans nulle addition. Cela signifie « bonjour », « bonsoir », « je vous salue », u salut », « adieu », « au revoir », etc.. En principe, évidemment, cette expression ne devrait s'employer que lorsqu'on s'adresse à la fois à des hommes et à des femmes ; mais dans le peuple on dit souvent Messieurs-dames ^ lorsqu'il y a en scène seuleaieht des hommes ou seulement des femmes, ou même encore lorsqu'il n'y a qu'un seul homme ou une seule femme.
Monsieur-madame est une formule d'ordre un peu plus relevé. On l'entend dire par des fournisseurs, des boutiquiers qui savent que Messieurs-dames est vulgaire et qui veulent ainsi se poser au-dessus du vulgaire.
Monsieur, sans le nom, ne se dit guère en LP. entre égaux que dans la- colère ou par ironie.
Ma chère, ma chère dame, ma bonne chère madame, fixa bonne chère dame, ma pauv' madame, ma pauv' chère madame, ma pauv* chère dame, ma petite dame, s'entendent souvent dans le LP..
Quand on s'adresse à un petit garçon, a un jeune garçon, à un adolescent, la coutume est de dire : jeune homme. •
. La mention du titre, du grade de la personne à qui on s'adresse est habituelle en LP.. Ce n'est point que le peuple ait naturellement l'âme servile, mais les gens haut placés dont il dépend (les gros) aiment, par vanité,
à se faire donner leurs titres et leurs grades : Monsieur le Directeur, Madame la Comtesse, Monsieur le Pharmacien. Madame V Infirmière- Major , etc..
Le pronom possessif de la première personne est en fr. une marque de respect ou une formule de politesse. Ainsi : « mon-sieur », « ma-dame », « mon~seigneur », « mon capitaine », etc.. Comme formes spécialement populaires, on doit noter les expressions : mon commissaire (de police), m.on officier, mon président.
Le mot docteur qui, autrefois, ne s'employait en parlant à un médecin que dans la petite bourgeoisie et le peuple, est en chemin d'être adopté dans cet emploi par les classes supérieures.
Dans la petite bourgeoisie, certaines vieilles femmes emploient . encore en parlant. aux petites gens les formules : mon brave, mon ami, formules que Thomme du peuple considère, avec raison, comme insultantes.
Mon bon monsieur, ma bonne dame, sont des expressions employées par des mendiants. Cependant : « ma bonne dame », en français, peut être une forme un peu méprisante.
En parlant d'un homme, on dit en LP. (comme en fr.), suivant les cas : un homme ou un monsieur.
On dit en LP. une dame dans tous les cas où le fr. dirait tantôt « une dame », tantôt « une femme ». Une femme serait insultant en LP. .
Une demoiselle est une expression particulière au LP.. En fr. on dirait « une jeune fille ».
En pelant d'une fille jeune et non mariée, appartenant à la classe populaire, le LP. dit plus souvent une petite jeune fille que « une jeune fille » ; peut-être afin de distinguer la personne en question de la jeune fille du monde (angl. « young lady »).
En LP., petit jeune homme signifie « jeune homme très jeune », «c adolescent », tandis qu'en fr. cela veut dire «jeune homme sans importance ».
Bonjour, bonsoir ont en LP. comme enfr. une signification assez vague. Nous n'avons en fr. rien de tel comme précision que : « good morning », « good day ». « good aftemoon », « good evening ». Bonjour signifie, à toute heure de la journée ou de la nuit : « Je vous salue ». On l'emploie même dans des circonstances tristes, où il est étrange de souhaiter une bonne journée, par exemple aux enterrements, quand on va voir un ami en prison, etc.. Bonsoir se différencie peu de bonjour. Parfois, cependant, on l'emploie avec son sens réel. Certaines personnes ont l'habitude de dire bonjour en arrivant et bonsoir en prenant congé. « Bonne nuit», en LP. comme en fr..
S*il vous platt (qui se prononce s'il vous plaît, si vous plait, si-ou'plailf syouplaii), s'emploie comme en fr., mais plus fréquemment. On remarquera que certaines personnes dans le peuple ignorent le « s'il te plaît» du fr.. On entend souvent à l'atelier des phrases comme celle-ci ; passe-moi le marteau, si vous plaît. On dit souvent en LP. S. V. P. pour « s'il vous plaît ». (Prononcer èssvèpé.)
Lorsqu'on vous dit : « pardon » en vous dérangeant de votre place, en passant devant vous, etc., vous devez répondre en LP. : Faites ! (qqf. : faites donc !). Mais faites ! est mieux. Si on dit à quelqu'un « pardon » après l'avoir heurté, lui avoir marché sur le pied, la personne bousculée ou gênée, répondrait en fr. « de rien !» ou « ca ne fait rien », ou bien encore ferait un vague salut signifiant « je pense bien que vous ne l'avez pas fait exprès». Mais en LP. l'habitude de àn^ faites! est si forte qu'on répond encore faites ! comme pour engager à recommencer.
Il est convenable de dire avant les repas bon appétit ! (comparer l'allemand Mahlzeit). On doit répondre vous pareillement. L'autre dit alors merci. Et c'est fini. . Comment allez'vous? exige la réponse Et vous-même?
Lorsqu'une personne éternue, on doit lui dire A vos souhaits ! ou (moins fréquent) Dieu vous bénisse !
Salutj (je vous) salue bieriy salut Messieurs-dames et la compagnie y bien le bonjour, vous lui souhaiterez bien le bonjour, bien le bonjour à... sont des formules de politesse assez fréquentes en LP. .
Sans vous commander, une supposition, y a pas d'offense, sont aussi des sortes de formules de politesse.
Le tutoiement est plus fréquent dans le peuple que dans les classes élevées. Ainsi un ouvrier prenant un fiacre, un taxi-auto, tutoie le cocher, le chauffeur. L'homme du peuple tutoie tous ceux quil considère comme ses inférieurs ou ses égaux. La femme du peuple, au tîontraire, emploie couramment la seconde perr sonne du pluriel, comme dans les classes supérieures.