‹ Le Laos, et le protectorat françaisChapitre 14 sur 46 · Lettres du capitaine Rivière · texte numérisé non relu

Lettres du capitaine Rivière

centigrades en mai 1897 ; la plus basse, de 17° lO en décembre i8g6.

Si, laissant de côté les obscurités des temps anciens, on interroge l'époque moderne, on reconnaît que le royaume de Vien Glian, autrement nommé royaume de Lan Sang-, a été, pendant plusieurs siècles, le centre le plus puissant du Laos. Il semble qu'il ait atteint son apogée vers la fin du quinzième siècle, sous un roi habile et turbulent, qui soumit tous ses voisins à son autorité. Son pouvoir s'étendait de la cataracte de Khone à une autre cataracte célèbre située à quelques journées au-dessus de Luang Prabang, et il touchait aux portes d'Ajuthia, la capitale du Siam. D'après les chroniques, ce royaume aurait eu 892 lieues de longueur et 19G de largeur. Le roi fut chassé par ses sujets en l'an 1^28 de l'ère chrétienne, correspondant à l'année 789 de l'ère laotienne, et la puissance qu'il avait fondée s'affaiblit peu à peu sous ses successeurs. Les principautés éloignées, qui avaient été assujetties par la force, en profitèrent pour s'affranchir.

Vers le milieu du siècle dernier, îe royaume de Siam, s'étant trouvé délivré des attaques des Birmans, chercha à s'étendre vers l'est, aux dépens du Cambodge et des provinces de Vien Chan. Mais le peuple du Siam n'a pas la force d'extension que possède l'Annamite; il n'a jamais occupé les nouvelles possessions usurpées par ses souverains.

Il y a une centaine d'années, c'est-à-dire à l'époque la plus reculée sur laquelle on puisse obtenir des renseignements assez précis, dans ces pays

où la nuit des temps est toute proche, tous les territoires qui forment actuellement la province de Cam Mon faisaient partie du royaume de Vien Chan, qui s'était reconnu, pour échapper aux Siamois, tributaire de l'Annam. Les muongs ou principautés de Mahasay et de Cam Keut étaient provinces de ce royaume. Le Cam Mon n'existait pas encore, il était compris dans le Cam Keut, et nous verrons comment il en fut détaché. Le muong- de Lakhone, qui s'étendait sur les deux rives du Mékong-, comprenant les deux muong-s actuels de Pak Hin Boun et de Tha Khek, était également province de Vien Chan. Les cantons indépendants de Ban Tong, Phon Savan, et Ban Na Thot, situés au fond du muong de Mahasay, relevaient directement de l'Annam.

« En 1828, les Siamois envahissent le royaume de Vien (^han, détruisent la capitale, massacrent une partie des habitants, et emmènent le plus grand nombre d'entre eux sur la rive droite du lleuve.Les Annamites, sollicités par leurs vassaux, passent la montagne pour venir à leur secours. Leurs deux rencontres avec les Siamois ne furent pas, si nous en croyons l'histoire racontée de tous €Ôtés, très heureuses. Ces combats eurent lieu à Knong Ma, point où nous avons eu récemment, pendant quelques mois, un poste de mihce transporté depuis à Na Huong, et à Ka Deng, sur la route de Na Kaià Qui Hop. Le résultat fut indécis. Les Annamites n'insistèrent pas d'ailleurs; ils ne tenaient pas énormément à ces pays que, dans leur

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orgueil de race, ils jugeaient habiles par des sauvages. La plus grande partie de la population fut donc obligée de suivre les Siamois sur la rive droite du Mékong, et le pays resta, pour ainsi dire, inhabité pendant quelque temps i. »

Le roi de Vien Chan, qui s'était réfugié en Annam, fut livré aux Siamois sur la demande de leur gouvernement. Notre ChauMuong actuel de Mahasay est le petit-fils de ce souverain, qui mourut dans les prisons de Bangkok.

Au bout de plusieurs années, le pays se repeupla peu à peu, les déportés et les fuyards, regagnant, quand ils le pouvaient sans danger, la, rive gauche du fleuve. C'est alors que se produisit le premiermélange entre ces populations,qui, dans leur hâte de se créer une installation, ne retournaient pas toutes exacteniLMit dansleur pays d'origine, maiss'établissaient aux points où elles pensaient trouver de bons terrains de culture, etconséquemment la vie facile.

Cinquante ans après la chute de Vien Chan, en 1878, une nouvelle invasion, qui ne s'étendit pas jusqu'à la province de Cam Mon^ mais qui eut cependant de l'influence sur sa destinée, vint désoler le TranXinh et le Phu Thuong. « Des Hos"(le mot Ho signifie Chinois dans la langue thay), bandits venus des provinces du sud-ouest de la Chine, à la suite des révoltes des Tai Pings, envahirent les vallées du Song Ca et du Song Ma, et firent de Muong Het le centre de leur domination ^. » Cette

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