Voir celte couveulion aux notes
attentats de Tong Xieng- Kham, et de Cam Mon, seront jug-és par les autorités siamoises; un représentant de la France assistera au jng^ement, et veillera à l'exécution des peines prononcées. Le gouvernement français se réserve le droit d'apprécier si les condamnations sont suffisantes, et, le cas échéant, de réclamer un nouveau jugement devant un tribunal mixte dont il fixera la composition.
C'est cette dernière solution que, devant la mauvaise volonté flagrante du gouvernement siamois, nous dûmes adopter. Le tribunal mixte se réunit à Bangkok, dans les premiers jours de juin i8g4; il était composé de MM. Mondot, président, Camatte et Faynel, juges français, Phya Maha Amatia, et Krasen Lubba Kari, juges siamois. La cour dut suspendre ses audiences le 9 juin, sur le refus du gouvernement siamois de remettre le mandarin Plira Yot entre les mains des autorités compétentes. Phra Yot ne fut, en effet, livré à notre consulat que le 12 juin.
Le i3 juin, la cour rentrait en séance, au consulat de France bondé de monde. Tous les représentants des différentes puissances étaient présents. Les questions posées au tribunal étaient les suivantes :
Phra Yot a-t-il commis un homicide volontaire à Keng Kiet, le 5 juin 189.3, sur la personne de M. Grosgurin, officier français, et inspecteur des milices de Vin h ?
L'accusé a-t-il agi avec préméditation ?
Des homicides volontaires ont-ils été commis en
même temps, et clans le même endroit, sur les personnes de i5 miliciens annamites ?
Y a-t-il des circonstances atténuantes en faveur de l'accusé ?
A ces quatre questions, le tribunal répondit oui, à la majorité. En conséquence, Phra Yot fut condamné à vingt ans de travaux forcés, et aux dépens. L'exécution de la sentence fut placée sous la surveillance du ministre résident de France à Bangkok. Les deux juges siamois refusèrent de signer le procès-verbal de la séance. Ce refus, en opposition avec les stipulations de la convention annexée au traité de paix, légitime et consacre notre droit d'occupation de Ghantaboun, droit cependant que les Anglais, avec leur bonne foi habituelle, n'ont cessé de nous contester.
Certaine presse a rapporté qu'au mois de juillet 1893, après l'action de nos canonnières devant Bangkok, les ministres de la Grande-Bretagne, affolés par la crainte de nous voir prendre au Siam la place prépondérante qu'ils révent partout pour leur nation, auraient été bien près de nous déclarer la guerre. Ainsi s'expliquerait notre modération envers le Siam. Mais ce sont là secrets de la diplomatie, qui sont restés, jusqu'à présent, voilés pour le public, et qu'on ne pourra, probablement, connaître que plus tard, lorsque les événements qui agitent l'époque actuelle seront entrés dans le domaine de l'histoire.
Nous devons dire un mol, pour que le lecteur soit mis complètement au courant des conditions
dans lesquelles notre domination est installée au Laos, aux portes du royaume de Siam, de la convention passée le i5 janvier 1896 entre les g'ouvernements français et anglais. Cette convention ' défend à chacune des deux puissances contractantes de faire pénétrer, dans aucun cas, et sous aucun prétexte, leurs forces armées dans la région comprenant les bassins des rivières Petchabourv, Mékone;^, Ménam, et Banc Pa Koni^.
On a bien souvent parlé des contestations soulevées entre le Siam et nous, soit au sujet de la zone réservée de vingt-cinq kilomètres accordée par le traité de 1898 sur la rive droite du Mékong", soit à propos du protectorat des Cambodg-iens, ou des Laotiens originaires de la rive gauche, résidant dans le Siam, et on s'étonne parfois que la France n'ait pas employé, pour résoudre ces contestations, les moyens d'action dont peut disposer une nation puissante envers un pays beaucoup plus faible, qui s'oppose au juste exercice de ses droits. On le voit maintenant, nous avons les mains liées par la convention passée avec l'Ang-leterre, convention qui peut avoir cependant un côté avantageux, c'est d'empêcher le Siam, à un moment de crise ou de complication européenne, de se jeter dans les bras de notre rivale en Extrême-Orient, en demandant le protectorat ang-lais. Mais de quel poids seraient, en cas de g-uerre, tous ces traités, et toutes ces conventions !